Voir plus haut, p
172 ORIGINES DE l'ÉPISCOPAT
Actes et nous verrons plus loin, en étudiant les Épîtres pastorales, jusqu'à quel point elle se justifie.
Pour ce qui concerne les premières églises fondées par l'apôtre des Gentils, le seul témoignage du livre des Actes sur lequel on puisse faire fond atteste l'existence de presbytres dans la communauté d'Éphèse. Il s'ensuit que nous n'avons plus le droit de repousser la tradition rapportée au chap. xiv, y. 23. S'il y avait des presbytres à Éphèse, il n'y a aucune raison de contester qu'il y en eût à Lystres, à Icône ou Antioche de Pisidie.
Voilà un résultat bien différent de celui que fournit l'étude des épîtres pauliniennes, et cette contradiction ne laisse pas que d'être embarrassante. Le seul moyen de la comprendre, c'est, d'une part, de ramener les choses au point en distinguant nettement l'esprit des documents historiques dont nous constatons le conflit, d'autre part, de se pénétrer une fois de plus de cette vérité élémentaire que l'organisation première des communautés chrétiennes a pu être différente suivant les localités, suivant les éléments dont elles se composaient et les circonstances dans lesquelles elles se sont constituées.
Que dans certaines églises pauliniennes d'Asie-Mineure il y ait eu des presbytres, il n'est pas permis de le nier, puisque des documents formels l'attestent. D'ailleurs, il faut bien que l'organisation presbytérale, généralement établie quelques dizaines d'années plus tard, ait eu des antécédents à l'époque où les communautés furent fondées. Mais, justement, de ce qu'il y a eu des presbytres dans ces premières églises il n'est pas permis de conclure qu'il y eût déjà une organisation régulière, un gouvernement presbytéral comme celui que révèlent les E pitres pastorales. Pour faire droit au témoignage des Actes il ne convient pas de négliger celui des lettres de Paul. Celles-ci ignorent non seulement l'organisation presbytérale, mais l'existence même de presbytres. Il est donc inadmissible que des presbytres aient pu
exercer une actioa gouvernementale ou une domination religieuse quelconque dans les communautés avec lesquelles l'apôtre est en correspondance. Tout ce que nous avons vu précédemment sur l'état de ces églises naissantes confirnae cette thèse. Inutile d'y revenir. Par conséquent, si dans d'autres associations chrétiennes de même origine il y a eu des personnages auxquels on accordait déjà le titre de presbyires, il y a tout lieu de penser qu'ils ne possédaient guère de pouvoir effectif. Quand l'auteur des Actes nous parle d'eux, il se les représente naturellement tels qu'ils étaient de son temps, comme une sorte de conseil directeur de la communauté. Le témoignage de Paul lui-même nous interdit d'en faire autant.
Mais, de même que les épîtres nous font voir comment, par la force même des choses, pour répondre aux besoins inéluctables de toute association vivante, certaines fonctions telles que celles des épiscopes et des diacres se concentrent aux mains de personnes déterminées, spécialement chargées par la communauté de les accomplir, de même il n'y a aucune raison valable de contester que, dans d'autres églises fondées en terre païenne, les membres les plus notables, les plus dévoués, les plus actifs, aient pu constituer une sorte de comité où les affaires de la communauté étaient examinées avec une sollicitude particulière et recevoir ce nom diepresbytres que les analogies des institutions grecques et de la synagogue juive suggéraient également^ Les épîtres de Paul lui-même fournissent ici un point de raccordement pour le témoignage des Actes. Ces proïstamenoi pour lesquels l'apôtre réclame la déférence de leurs coreligionnaires, parce qu'ils se consacrent avec un zèle tout particu -
1 . Voir ijlus haut, p. 60. — C'est un rôle analogue qui incombait aux Trpôêo'jXoi dans les oligarchies grecques et à la pouÀ-/] dans les démocraties (cfr. Gilbert, Handbuch d. gncch. Alierth., U, p. 315 (l''' éd.).
lier au service de la communauté, ces protsiamenot en qui nous avons reconnu les « moniteurs » des groupes de chrétiens qui se constituent dans les principales villes du monde hellénique % ne sont-ils pas le pendant des presbytres dont parlent les Actes f Ils n'ont pas encore d'autorité réglementaire ; ils ne doivent qu'à eux-mêmes l'ascendant qu'ils exercent sur leurs frères en la foi; mais ils sont moralement les conducteurs de la communauté, ou plutôt ils doivent l'être, de même que les prophètes en sont les inspirateurs et que les didaskaloi. en sont les instructeurs. Ce n'est pas l'âge, en effet, qui donne droit au titre d'ancien*; c'est le zèle persévérant, le dévouement, la notabilité. L' « ancien », dans des communautés qui se recrutent par des conversions d'adultes, ce n'est pas le vieillard^ mais celui qui est depuis longtemps membre de la communauté^ et spécialement celui qui depuis plus longtemps que d'autres s'est distingué par son zèle au service de la communauté. Entre les proïsiame/20ï de Thessalonique et les presbute?^oi d'Éphèse il n'y a qu'une simple différence de nom. Paul, ne voulant pas s'arrêter à Éphèse, ne pouvant pas faire venir à Milet tous les chrétiens éphésiens, convoque les plus notables, leurs conducteurs spirituels. On ne voit pas comment il aurait pu faire autrement.
Quant au mode de recrutement de ces presbytres, nous ne le connaissons pas. Et tant qu'ils ne constituèrent pas un corps fermé, un comité composé d'un nombre déterminé de membres, il ne pouvait pas y avoir à proprement parler de recrutement régulier. Les plus zélés se désignaient d'euxmêmes à la considération de leurs coreligionnaires. C'est ainsi que dans la plupart des sociétés privées un certain nombre de membres, prenant plus ardemment à cœur les affaires de la collectivité, concentrent bientôt en eux les