Voir plus haut, p. 67, n
2. Un païen, non familiarisé avec l'Ancien Testament juif, n'aurait rien pu comprendre aux épitres de Paul ni à sa prédication. Même dans les Épîtres aux Corinthiens il n'y a pas moins de vingt-quatre citations de l'Ancien Testament, sans compter les allusions constantes à l'histoire sacrée des Juifs (par exemple, I Cor.,v. 7-8; xv. 22, etc.). Onne s'expliquerait pas l'influence exercée par les émissaires judaïsants sur la communauté corinthienne, si, même ici, les transfuges de la synagogue n'avaient pas formé le fond de l'association.
3. Dans les premières communautés pauliniennes il n'existe pas encore, à proprement parler, d'organisation du culte, et par conséquent, il n'y a pas lieu d'examiner si elle a été calquée sur des modèles païens ou juifs. Si l'eucharistie et les agapes peuvent offrir quelque analogie avec les sacrifices et les banquets des associations païennes, ces analogies sont vagues ou purement extérieures. Au contraire, la grande valeur accordée à l'enseignement (StSauxaXt'a), à la prédication, à la prière (/ Thess., V. 17), au chant des psaumes et, très vraisemblablement, à la lecture et à l'explication de l'Ancien Testament, les réunions très fréquentes, comme celles des Juifs, peut-être déjà avec un jour par
LES PREMIÈRES COMMLlNAtJTl'lS EN TEIRRË PAÏENNE 193
si nous constatons que les églises naissantes, même les plus hostiles au christianisme judaïsant, n'en ont pas moins hérité de la synagogue l'idée qu'elles sont les membres épars d'un même corps, tandis que les ér'anes et les thiases n'ont aucun lien entre eux et ne se sont jamais considérés que comme des sociétés locales, indépendantes les unes à l'égard des autres^ même lorsqu'elles sont consacrées au culte d'une même divinité^ ; si nous retrouvons enfin dans les communautés chrétiennes l'idée, bien juive, bien étrangère aux éranes et aux thiases, qu'elles constituent toutes ensemble une petite société élue, le peuple de Dieu, mis à part du reste de l'humanité, une société encore faible, mais destinée à se substituer à la vaste société gréco-romaine, non pas simplement une association privée vivant à côté de beaucoup d'autres dans la cité terrestre, mais la seule véritable cité de Dieu, nous sommes amenés à la conclusion qu'il est contraire aux faits connus autant qu'au bon sens de rattacher l'organisation primitive des églises pauliniennes à celle des associations religieuses païennes par opposition à celle de la synagogue. Les unes et les autres rentrent dans la même catégorie générale des thiases et des éranes, mais au sein même de cette catégorie les premières communautés chrétiennes en terre païenne ne copient aucun type déterminé des associations antérieures. Distinctes de la synagogue juive dont elles ont brisé le cadre national et particulariste, radicalement
semaine consacré tout spécialemenf, au culte, la liberté môme de la prédication, tout cela se' rapproche beaucoup plus de la synagogue que des thiases.
1. Voir, d'une part, plus haut, p. 113 et 114; d'autre part, Foucart, O. c, p. 26, où nous lisons : « L'organisation de ces sociétés dispersées dans des pays éloignés l'un de l'autre est loin d'être identique; car aucun lien ne les unissait, chacune oioait isolée. » — Cfr. G. Lafaye, O. c'., p. 153 : « Les collèges d'isiaques et de sérapiastes eux-mêmes, plus portés que d'autres à constituer une société à part dans la cité, n'ont pas de relations régulières et suivies les uns avec les autres. »
194 ORIGINES DE l'ÉPISCOPAT
différentes des associations païennes dont elles repoussent avec horreur l'idolâtrie, ce sont des organismes en voie de formation où des besoins nouveaux suscitent des fonctions nouvelles ou modifient profondément les fonctions héréditaires, de telle sorte que ces dernières mêmes changent de nature. Les épiscopes sont empruntés aux associations grecques, mais ils sont déjà autre chose que les épimélètes grecs. l^QS proïstamenoi et les presbytres sont-ils d'origine juive ou grecque? Grecs de nom dans les Épîtres, juifs de nom dans la plupart des autres documents primitifs, ils rappellent le gouvernement de la synagogue plus que celui des sociétés grecques, et néanmoins ils ne sont assimilables ni aux presbytres des communes juives palestiniennes, ni aux archontes des juiveries de la Dispersion. ILes didaskaloi sont de provenance juive, mais les prophètes, les diakonoi, ne sont spécialement juifs ni spécialement grecs.
De même que presque tous les éléments de l'Évangile se trouvent dans le judaïsme antérieur ou dans la sagesse grecque et que l'Évangile n'en est pas moins une création nouvelle, parce qu'il les a coulés dans un moule nouveau et qu'il a donné à cet alliage une puissance dévie incomparable, de même presque tous les éléments de l'organisation ecclésiastique primitive se trouvent dans les associations religieuses antérieures, grecques et surtout judéo-grecques, et néanmoins il y a là une création originale, qui n'est plus ni la synagogue ni le thiase traditionnel des Grecs, parce qu'un esprit nouveau y règne, donnant aux vieilles institutions elles-mêmes une vie et une valeur toutes nouvelles.