‹ Les origines de l'épiscopat [microform]Chapitre 52 sur 163 · Col, I. 15 à 20; ii. 14-15; Êphés., i. 21; m · texte numérisé non relu

Col, I. 15 à 20; ii. 14-15; Êphés., i. 21; m

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Ces considérations sommaires, dont l'examen plus approfondi nous éloignerait trop de notre sujet, suffisent à établir que le gnosticisme n'est pas un phénomène du second siècle, comme Baur et ses disciples l'ont pensé, mais un état d'esprit qui se manifeste dès les débuts de l'Église chrétienne, dès le dernier tiers du premier siècle et dont la genèse remonte jusqu'à saint Paul lui-même et jusqu'à la philosophie judéo-alexandrine. Le discours de Paul aux anciens d'Éphèse dans les Actes, les Epttres aux Ephésiens et aux Colossîens, les premiers chapitres de l'Apocalypse canonique, les Épîtres pastorales, toute la littérature de la seconde génération apostolique en témoigne. En réalité, le gnosticisme est la véritable atmosphère intellectuelle de la première spéculation chrétienne, aussi bien de celle qui reste attachée au judaïsme que de celle qui s'inspire de l'universalisme paulinien. Sans doute, la grande efïervescence gnostique ne date que du second siècle ; les systèmes complets des Basilidiens, des Valentiniens, desMarcionites, desOphites, etc., ne se sont formés qu'à cette époque ; mais ils ont été précédés d'une quantité de spéculations partielles, souvent informes, qui ne sont que des ébauches, mais qui n'en agitèrent pas moins vivement les petites communautés chrétiennes ^ .

1. M. Sabatier {L'Apôtre Paul, p. 196) dit : « Si l'on songe au riche » épanouissement de ce gnosticisme au commencement du second )) siècle, si l'on se rappelle qu'à ce moment il a été la philosophie domi- )) nante dans tout TOrient, on ne doutera guère qu'il ne remonte par ses » origines au milieu du premier. » M. Sabatier reconnaît aussi dans l'alexandrinisme de Philon un gnosticisme juif. Avec M. Reuss {Bist. de la théologie apostolique, ï, p. 366-377) il pense que ce qui rendait le gnosticisme dangereux surtout pour les communautés pauliniennes, (( c'était l'impuissance de beaucoup d'esprits à démêler la différence radicale des deux courants d'idées » (p. 198). L'explication de cette impuissance est aisée à découvrir; c'est que, au point de vue spéculatif (non religieux), la différence radicale alléguée par M. Sabatier n'existe pas. Paul, il est vrai , élève le Christ bien au-dessus de toutes les puissances, éons et trônes, qui lui disputaient l'honneur de la rédemp-

Où était, en effet, le point de repère qui permit aux membres de ces églises sans règle de foi, sans charte constitutive, sans tradition solidement établie, de se reconnaître au milieu de toutes ces doctrines parfois séduisantes? Chaque communauté était souveraine, appelée à juger toutes choses et à retenir ce qu'elle tiendrait pour bon. La plupart d'entre elles n'avaient-elles pas été fondées par celui qui traitait de folle la sagesse du monde? Les prophètes, c'est-à-dire les inspirés qui parlaient en état d'extase, n'étaient-ils pas considérés partout comme les organes par excellence de l'esprit divin?

Il importe de bien saisir cette éclosion précoce du gnosticisme dans l'Église chrétienne pour s'expliquer le développement, précoce aussi, de l'épiscopat. La relation de ces deux phénomènes est très étroite. Nous verrons que l'épiscopat s'est affirmé d'autant plus tôt que les dangers de l'individualisme gnostique étaient plus graves. Il est bien clair, en effet, comme nous l'avons déjà observé à plusieurs reprises, que la crise du gnosticisme ne sévit pas partout à la fois avec la même intensité et de la même façon. Par nature les manifestations de l'esprit gnostique étaient infiniment variées et les dispositions des églises â se passionner pour des controverses de ce genre étaient non moins inégales. Il est aisé de constater que ces spéculations hasardées se développèrent tout d'abord en Orient, d'une part en Palestine, d'autre part dans l' Asie-Mineure hellénisée. L'Occident, où d'ailleurs les chrétiens, en dehors de Rome, étaient extrêmement rares, ne fut envahi que beaucoup plus tard et l'esprit plus positif, plus sensé, des chrétiens occidentaux offrit toujours moins de prise à la débauche métaphysique des gnostiques. Toute l'histoire de la formation de l'épiscopat chrétien est dominée par cette différence entre les chrétiens orientaux

tîon (p. 199), mais c'est là une différence de système, non pas une différence de méthode ou de principe philosophique.

et occidentaux, que l'on peut constater également plusieurs siècles plus tard, lors des grandes controverses trinitaires et chrislologiques.

2. Les Documents. — De ce gnosticisme qui se cherche encore il ne nous est parvenu directement que les passages de la littérature canonique, notamment des E pitres aux Ép/iésiens et aux Colossiens, où il prend son premier essor dans rÉgiise chrétienne. Les autres formes qu'il revêtit ne sont connues que par des allusions ou des réfutations dans les écrits du Nouveau Testament. Tel est le cas surtout des spéculations à tendance ascétique et judaïsante qui, en Asie- Mineure spécialement, se substituèrent bientôt au judéochristianisme strictement légaliste et particulariste auquel les communautés d'origine païenne ou alexandrine n'offraient pas de terrain favorable. En d'autres termes nous avons des témoignages directs concernant les formes du gnosticisme qui prévalurent dans la théologie chrétienne primitive ; nous n'en avons pas sur celles qui furent écartées comme hérétiques. Il en est à peu près de même pour les grands systèmes gnostiques du second siècle.

L'étude des origines du gouvernement ecclésiastique ne perd probablement pas beaucoup à la disparition des documents gnostiques. Les esprits absorbés par les spéculations et voués aux hardies constructions de mythologie métaphysique ne se préoccupaient pas beaucoup des questions pratiques de l'organisation sociale. Ce furent bien plutôt leurs adversaires, soucieux d'arrêter l'anarchie doctrinale et morale engendrée par le conflit de ces innombrables systèmes, qui eurent à cœur de fortifier Finstitution ecclésiastique.

Pour des raisons analogues il n'y a guère de renseigne-

ments à glaner dans deux autres groupes d'écrits chrétiens appartenant également à la fin du premier siècle : la littérature johannique et la littérature apocalyptique. La première nous apporte la plus haute et la plus belle expression de l'alliance entre l'enseignement évangélique, essentiellement moral et religieux, et la philosophie alexandrine. L'auteur qui a conçu la grandiose notion du Logos incarné, régénérant les hommes susceptibles de relèvement en leur communiquant la lumière et la vie divines, avait autre chose à faire que des règlements ecclésiastiques.

Seules, les deux petites lettres que l'on appelle Deuxième et Troisième Épître de Jean, doivent nous arrêter un instant. Leur auteur s'intitule presbytre (ii. 1; m. 1), mais il ne nous renseigne pas sur ses attributions. Il parle de « ses enfants » qui marchent dans la vérité (m. 4), entendant évidemment ses enfants spirituels, ceux qu'il a instruits de la vérité chrétienne. Ce passage confirme ainsi ce que nous savons par ailleurs, c'est que les presbytres font œuvre de catéchistes, d'instructeurs en la foi. D'autre part, il prend vivement à partie un certain Diotrephès, parce que celui-ci aime à primer ((fiXoTrpwxs'jwv) et ne tient pas compte de ses lettres. Aussi notre presbytre promet-il de venir dire son fait à cet orgueilleux. Non seulement Diotrephès ne reçoit pas lui-même les frères étrangers qui voyagent pour la cause du Christ et qui ne veulent rien accepter des païens, mais encore il empêche les membres plus hospitaliers de les recevoir (rn. 9-10). Tout cela ouvre un aperçu bien fugitif, mais néanmoins curieux, sur l'état de quelque communauté de l' Asie-Mineure occidentale aux alentours de l'an 100. Il s'en faut que la paix règne dans ces petites églises en rapports incessants les unes avec les autres et l'on comprend, en lisant ce bout de lettre, l'opportunité des belles exhortations à l'amour mutuel, auxquelles les É pitres Joliatiniques doivent leur valeur permanente et en quelque sorte la justification de leur titre canonique.

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On remarquera qu'il n'est pas question d' a évêque » dans ces documents. Le presbytre qui tient la plume insinue, il est vrai, d'une façon toute semblable à celle de l'auteur qui a écrit l'appendice du IV^ Évangile {imÉpître, vers. 12, cfr. Éd., XXI. 24), qu'il est un témoin direct du Christ, mais Une se donne nulle part ni pour apôtre ni pour évêque, pas plus qu'aucun des autres rédacteurs d'écrits johanniques\ même lorsqu'il se déclare prêt à intervenir dans les affaires d'une église qui n'est pas la sienne (iii^ Ép. , vers. 10). On voit par là ce que vaut la tradition postérieure d'après laquelle l'apôtre Jean aurait été évêque d'Éphèse. Rien non plus n'autorise à supposer que le Diotrephès autoritaire dont se plaint l'auteur ait été episkopos. Il est le membre le plus influent de la communauté et, comme tel, il a des ennemis, mais ce n'est que par une anticipation abusive sur un état ecclésiastique ultérieur que l'on peut se croire obligé d'assimiler cette position prépondérante à la dignité épiscopale. Il n'y a rien de pareil dans le texte.

Tous ces détails dénotent une situation ecclésiastique encore fl.ottante. Malheureusement il est presque impossible d'assigner une date même approximative à nos deux épîtres. Elles sont sorties de cette chrétienté johannique, si mal connue, en qui les ardentes espérances apocalyptiques héritées du judaïsme palestinien se marient étrangement avec les grandes pensées du judaïsme alexandrin sous les auspices du plus pur mysticisme évaugélique ^ et qui ne semble pas

] Seule l'Apocalypse porte en tête le nom de Jean^ « esclave » de Jésus-Christ, et non <' apôtre » (cfr. xxii. 8). Le IV° Évabgile en appelle au témoignage de l'apôtre que Jésus aimait, mais ne se donne nulle part pour une œuvre émanée de l'apôtre Jean. Voir dans la Remie da l'Histoire des religions, t. XVIII, p. 222 (année 1888), l'article que j'ai consacré au livre de M. J. Chastand, L'Apôtre Jean et lelV'Éoangile.

2. La perspective de la parousie prochaine est effacée dans le IV" Evangile, si nettement antijudaïque; mais elle reparaît de la façon la plus claire dans les Épîtres de Jean qui émanent évidemment du

s'être maintenue beaucoup au delà du commencement du second siècle \ Le léger reflet de vie ecclésiastique dont

même milieu que l'évangile (ofr. I Jean, ii. 18, 28; iv. 3; II Jean, 7). U Apocalypse canonique et le 1V° Évangile ne peuvent pas être du même auteur; cela s'impose au nom de la psychologie la plus élémentaire. Mais les Épîtres Johannir/ues servent en quelque sorte d'intermédiaire entre VApocalj/pse dont toutes les racines plongent dans le judaïsme palestinien, et le IV° Évangile du plus pur idéalisme alexandrin. Il faut se représenter la coexistence de ces courants intellectuels différents dans les petits cercles mystiques de l'Asie-Mineure grecque, de la môme façon que s'associent, dans certaines sociétés mystiques de la fin du moyen âge, le légalisme monastique et la plus large indépendance à l'égard de la théologie ecclésiastique officielle. Ulmitation de Jésus-Christ, d'auteur inconnu comme le IV" Évangile, est de toutes les œuvres de la littérature chrétienne celle qui se rapproche le plus des écrits johanniques, avec moins de puissance philosophique cependant que le IV° Évangile.

1. Nous ne pouvons pas accepter la date tardive assignée au IV'= Évangile par l'école de Tubingue. Cet évangile est trop alexandrin et pas assez gnostique pour appartenir à l'époque où le gnosticisme bat son plein. L'absence de références à l'évangile johannique dans la littérature primitive ne suffit pas à justifier son origine tardive. Il en est de même pour la plupart des écrits canoniques. Ils ne furent cités comme tels qu'à partir du moment où l'idée d''un « canon » se répandit parmi les chrétiens, c'est-à-dire dans la seconde moitié du second siècle. Le IV° Évangile a dû rester circonscrit dans de petits cercles mystiques pendant assez longtemps, avant de se répandre dans la chrétienté. — Les traditions relatives à Jean ou à des personnages qui auraient dans leur jeunesse recueilli le témoignage johannique supposent toutes qu'après les premières années du second siècle il disparut. Nous ne pouvons pas entamer ici la discussion de ces traditions, au sujet desquelles nous renvoyons le lecteur à l'excellent article de M. Holtzmann, dans le BibeUexicon de Schenkel (III, p. 328 à 342 : Johannes der Apostei), et aux p. 480 à 486 de Das apostolische Zeltalter der christlichen Kirche, par M. C. Weizsâcker (Fribourg, Mohr; 1886). Les confusions inextricables qu'elles renferment en rendent l'usage fort délicat. Mais qu'elles s'appliquent à Tapôtre, à quelques-uns de ses disciples ou à un certain presbytre Jean, ici il nous suffit de constater qu'à partir du commencement du second siècle il n'est plus question d'un groupe johannique en Asie-Mineure.

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elles sont éclairées évoque l'image des agitations au milieu desquelles l'épiscopat monarchique apparut comme le sauveur de Tordre et de la discipline, ainsi que nous le verrons plus loin en étudiant les Épîtres Pastorales et les Lettres d'Ignace.

La tradition rapporte à la même famille johannique de la chrétienté primitive l'œuvre la plus remarquable de la littérature apocalyptique chrétienne, V Apocalypse canonique, dite de saint Jean, Parmi les écrits de cet ordre elle est le seul, qui puisse apporter un témoignage à l'enquête sur les origines du gouvernement ecclésiastique. Encore est-il de valeur médiocre. On comprend aisément que, tout comme les spéculatifs, les apocalyptiques ne se soient guère tourmentés au sujet de l'organisation des églises. Tout pleins de leurs visions horribles ou grandioses concernant le jour prochain de la vengeance et de la justice, ils interrogent les signes des temps et mettent leur confiance dans la révolution surnaturelle d'où sortira par une divine métamorphose la société parfaite, bien plutôt que dans les institutions ecclésiastiques du monde provisoire où ils vivent encore pour quelques années. On n'insistera jamais assez auprès des chrétiens modernes devenus si complètement étrangers à ces espérances fondamentales des premiers chrétiens, sur l'influence prépondérante qu'elles ont exercée dans l'Église primitive à tous égards, mais spécialement en retardant l'œuvre de constitution ecclésiastique. Car, si tous n'avaient pas l'ardeur des visionnaires apocalyptiques proprement dits, la plupart croyaient fermement à la fin prochaine du monde ancien et ne songeaient pas à s'organiser pour durer. Ce fut un des services rendus par la spéculation alexandrine et gnostique^ de détourner les esprits les plus actifs de ces vaines attentes et de reporter dans le domaine purement spirituel l'œuvre de régénération et de rédemption que les imaginations plus matérielles des apocalyptiques concentraient dans une révolution terrestre.

U Apocalypse du Nouveau Testament atteste l'intensité de la foi en la prochaine et subite transformation du monde chez une partie des fidèles de l'Asie-Mineure occidentale, aux abords de l'an 80 probablement, en tous cas durant la dernière partie du premier siècle de notre ère, jusque dans le milieu johannique d'où est sorti plus tard Je IV*^ Évangile \ Les lettres aux sept églises qui sont en tout premier lieu les destinataires de la Révélation, dénotent bien l'existence de divisions intérieures et de doctrines gnostiques dans ces communautés, mais ne contiennent aucune indication sur leur organisation intérieure. On a voulu reconnaître, il est vraij l'évêque de chaque église dans F « ange » qui la personnifie et à qui le voyant adresse la lettre qui la concerne :

1. Les travaux modernes de MM. Weizsâcker, Viseher (soutenu par A. Harnack), Sabatier, Schœn, etc., semblent avoir établi la nature hétérogène de l'Apocalypse^ déjà discernée par Grotius et par Schleiermacher. Qu'elle soit, comme le veulent MM. Viseher et Harnack, l'édition chrétienne d'une apocalypse primitive juive, interpolée et pourvue d'une préface et d'une conclusion par un chrétien, ou qu'elle soit, comme le veut M. Sabatier avec plus de raison, nous semble-t-il, l'œuvre d'un chrétien qui a incorporé dans son livre des oracles juifs antérieurs, elle doit être considérée, sous sa forme déflnitive, comme un écrit datant du règne de Domitien. M. Sabatier, dit fort bien : « Nous » avons dit que les oracles que nous avons dégagés ne se comprennent » qu'aux environs de l'an 70; mais on peut et l'on doit dire avec la » même force que le reste de l'Apocalypse, l'apocalypse chrétienne, ne » se comprend absolument pas à cette date. Vous n'y trouverez rien » qui fasse allusion de près ou de loin à la guerre juive. La christologie, » l'influence très reconnaissable des idées et du langage de la théologie » johannique [ce qui pour nous n'implique pas l'antériorité de l'Évan- » gile], la longue vie de l'Église supposée, le nombi'e des martyrs, le » ton des sept lettres dans les premiers chapitres, le nom de lorjos » donné à Jésus-Christ, la théorie rédemptrice rattachée à l'image de » l'agneau immolé, tout décèle une origine postérieure et nous oblige à » descendre jusqu'aux dernières années du premier siècle et à donner » raison à Irénée et à la tradition officielle de l'Église. » {Les origines littéraires et la compositio/i de l' Apocalypse de saint Jean. p. 36-.37; Paris, Fischbacher, 1888.)

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« Écris à l'ange de l'église qui est à Éplièse ... à l'ange de l'église qui est à Smyrne, » etc. C'est méconnaître absolument la nature du style et les données de la théologie apocalyptique de considérer seulement comme possible une pareille interprétation. L'auteur lui-même a pris soin de prévenir toute erreur sur ce point. Après avoir dépeint l'Être semblable à un fils d'homme au nom duquel il écrit aux sept églises, l'Etre surnaturel entouré de sept candélabres d'or et tenant sept étoiles dans sa main droite, il ajoute en propres termes : « Les sept étoiles sont les anges des sept églises et les sept candélabres sont les sept églises » (i. 20). Quiconque est tant soit peu au courant des conceptions apocalyptiques, reconnaît immédiatement les anges qui sont préposés dans le ciel au gouvernement de ces églises, correspondant à ce que les Grecs appelaient les oaîfjiovsç et les Latins Génies protecteurs \ Il est, au contraire, très frappant que dans ces sept lettres destinées à réprimer de fausses doctrines et des pratiques dangereuses dans les principales églises d'Asie-Mineure, il ne soit pas fait la moindre mention de leur gouvernement ni d'une dignité ecclésiastique quelconque. A Pergame, il y a des prédicateurs des pernicieuses doctrines nicolaïtes; à Thyatire, une prophétesse accusée de répandre le dérèglement; mais il n'est pas question d'évêque ni de presbytres. L'autorité appartient encore aux docteurs qui enseignent, aux prophètes qui sont considérés comme les organes de l'esprit de Dieu, et les conflits de leurs doctrines divergentes jettent le trouble dans les communautés. UApocalypse atteste ainsi une situation ecclésiastique analogue à celle que les Épîtres johanniques nous ont fait entrevoir.

1. Cfr. Daniel, x. 13, 20, 21, les anges des pays; Apoc, vu. 1, les anges des vents; ix. 11, l'ange de l'abîme qui gouverne les puissances destructives représentées par les sauterelles; xvi. 5, l'ange des eaux ; Multli., xvni. 10; Actes, xii, 15. — Cfr. Haiirlcoiiimeiitar,iv, p. 281 (Holtzinannj.

Non moins significative est l'absence de tout appel à l'autorité apostolique. L'auteur connaît des gens qui se sont fait passer pour apôtres à Éphèse, et qui ne le sont pas, mais nulle part il ne se prévaut ni des enseignements de Jésus transmis directement par un de ses disciples immédiats, ni de la déférence que le témoignage apostolique pouvait réclamer dans les controverses pendantes. La révélation directe du Christ céleste et des anges, voilà son autorité. Le Jésus terrestre est pour lui tout à fait secondaire. Lui-même se qualifie de frère des prophètes (xxii. 9). Quant aux apôtres, ils sont devenus des figurants dans la Jérusalem céleste, avec les douze anges et les douze tribus d'Israël; leur réalité historique s'est dissoute dans le symbolisme apocalyptique; leurs noms servent à désigner les douze bases de la muraille qui entoure la ville sainte.

Il n'y a rien non plus à déduire des vingt-quatre anciens (TTpscrS'jTspot) vêtus de blanc et couronnés d'or qui siègent autour du trône divin (iv. 4). Ils sont les représentants du peuple fidèle, chargés de rendre hommage en son nom à l'Éternel, plutôt qu'ils ne forment un conseil céleste, puisque leur mission n'est pas de délibérer, mais d'adorer (iv. 10-11). Le voyant s'est inspiré ici delà synagogue juive, cela n'est pas douteux, mais librement, j)Liisque ni le vêtement, ni le nombre, ni les fonctions de ces anciens célestes ne correspondent exactement à ce que l'on voyait dans les communautés juives. Ils sont les notables du peuple de Dieu, comme les presby très des synagogues palestiniennes étaient les notables de la communauté juive, voilà tout.

Les écrits johanniques et V Apocalypse ne fournissant que très peu de données, indirectes ou plutôt négatives, sur la situation ecclésiastique à la fin du premier siècle, il a paru préférable d'épuiser tout de suite les témoignages Cju'il est

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possible d'en extraire, de manière à déblayer le terrain. Il en est autrement des documents qui se présentent maintenant. Ils exigent une étude spéciale et semblent devoir être distingués, non seulement à cause des tendances différentes de l'esprit qui les anime, mais encore à cause de leur provenance locale, de telle sorte qu'ils nous permettent, malgré leur insuffisance, de reconnaître les variétés qui se dessinaient dès l'origine dans l'organisation naissante des églises. Évidemment il y a une certaine part d'hypothèse dans l'assignation d'une patrie déterminée à chacun de ces écrits, quoique le champ des suppositions soit moins vaste qu'il ne semble au premier abord. De ce que les innombrables interprètes qui se sont occupés de ces documents leur ont attribué des origines multiples et variées, il ne résulte pas que la provenance ne puisse en être déterminée le plus souvent avec une approximation suffisante pour justifier l'usage que nous en ferons. D'ailleurs, en distribuant les textes de la période qui nous occupe, selon l'ordre géographique plutôt que selon l'ordre chronologique encore plus difficile à établir, nous les distinguerons soigneusement les uns des autres, de manière que l'analyse à laquelle nous les soumettrons conserve sa valeur indépendamment de la provenance locale que nous leur assignons.

Conformément à la division adoptée dans la section précédente de cette étude, il y a lieu de s'occuper tout d'abord des communautés judéo-chrétiennes de Jérusalem et de Palestine. Ensuite VÉpître de Jacques et la Dldachê nous parleront des chrétientés de la Décapole et de la Syrie, formant une sorte de transition entre le type palestinien et le type hellénistique des communautés primitives, et où se retrouve peut-être l'écho le plus pur du véritable évangile de Galilée. Avec le discours de Paul à Milet, dans les Actes des Apôtres, et avec les Épîtres Pastorales, nous passerons dans l'Asie-Mineure occidentale où les Épîtres johanrnques et V Apocalypse nous ont déjà fait entrer furtivement, et

LES ÉGLISES A LA FIN DU PREMIER SIÈCLE 2lS

d'une façon plus générale dans le monde grec proprement dit. La P^ Épttre de Pierre et VÉpître aux Hébreux nous transporteront en Occident, à Rome, ou tout au moins en Italie. Enfin la P Épttre de Clément Romain nous permettra d'essayer une comparaison de l'état ecclésiastique d'une communauté romaine et d'une communauté grecque aux confins du \^^ et du IP siècle.

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