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LA CHRETIENTE DE JERUSALEM

La conception liiérosolymite de TÉglise, avec son sanhédrin et son grand prêtre chrétiens, que nous avons dégagée précédemment, reçut du fait de Ja destruction de Jérusalem un coup dont elle ne se releva pas. On ne conçoit guère, en effet, comment elle aurait pu se réaliser ailleurs que dans cette ville. Le frère de Jésus, Jacques ^ avait été mis à mort peu de temps avant le siège. C'était, aux yeux de ces chrétiens légitimistes, une profanation analogue à celle que les autorités juives avaient déjà commise en crucifiant Jésus. Aussi Hégésippe, qui est pour nous, par l'intermédiaire d'Eusèbe, le principal témoin de la tradition particulière à ces chrétiens de Palestine", ne manque-t-il pas de présenter

1. Nous ne nous attarderons pas à discuter toutes les chinoiseries qui ont été inventées pour transformer le a frère du Seigneur » en cousin ou parent de Jésus. Il faut un irrémédiable préjugé dogmatique pour dénaturer ainsi les témoignages formels d'Hégésippe, c'est-à-dire des chrétiens mêmes qui se réclamaient le plus de Jacques, ceux des évangiles synoptiques {Matth., xiii. 55; Marc, vi. 3; Luc, vin. 19), des Actes des Apôtres (i. 14), et surtout d'un contemporain qui a vu Jacques en personne, de l'apôtre Paul {Gai.., i. 19; I Cor., ix. 5).

2. Les Hypomnêtnata d'Hégésippe sont perdus. Nous n'en connaissons que les fragments cités par Eusèbe dans son Hist. Eccl. et empruntés, en général, au 5° ou dernier livre de ces Mémoires. Il est probable qu'Eusèbeles a utilisés encore dans d'autres passages de son Histoire, sans les citer expressément. Les Hypoiniièinata, qui mentionnent encore le nom de l'évêque de Rome, Éleuthère, mort en 189, mais ne connais-

la destruction de Jérusalem comme la punition légitime de cet abominable forfait \ Dans quel rapport l'exode des chrétiens de Jérusalem est-il avec la condamnation de Jacques ? C'est ce que nous ne pouvons pas déterminer avec précision. Il est probable que les deux événements se rattachent à la recrudescence du fanatisme des zélotes qui

sent pas son successeur, datent au plus tard de l'an 180. Ils seraient alors une œuvre de la vieillesse d'Hégésippe. Eusèbe qui les connaît bien, dit : « Hégésippe cite quelquefois l'Évangile des Hébreux et » l'Evangile syriaque, et particulièrement des passages traduits de » l'hébreu, montrant bien qu'il est un fidèle d'origine hébraïque. Il fait » aussi beaucoup d'emprunts à la tradition orale juive. » {H. E., IV. 22. 8.) — Eusèbe n'a-t-il pas forcé la note en parlant d'une origine juive? Les fragments que nous possédons dénotent plutôt une origine judéo-chrétienne. Le style en rappelle beaucoup celui de l'Évangile de Matthieu. Hégésippe n'est rien moins qu'un Ébionite schismatique. Il faut vraisemblablement attribuer à son caractère judéo-chrétien, incompris des écrivains ultérieurs, la négligence des Pères de l'Église à son égard. Son témoignage, apprécié du seul Eusèbe, est, au contraire, d'une très grande importance, parce qu'il nous révèle tout un côté de la tradition chrétienne primitive que nous ne connaîtrions presque pas sans lui. — Le meilleur travail en français sur Hégésippe est une thèse de la Faculté de théologie de Paris : Du témoignage d'Hégésippe sur l'Église chrétienne, par M. Henri Dannreuther (Nancy, Berger-Levrault, 1878)j où on trouvera la littérature du sujet.

1. 11 est impossible de reconstituer avec précision la suite de ces événements. Josèphe (Ant. JucL, XX. 9. 1) place la lapidation de Jacques, après condamnation par le Sanhédrin, en l'an 62, pendant l'interrègne entre les procurateurs Festus et Albinus. Malheureusement le passage n'est pas d'une intégrité à l'abri de tout soupçon. Eusèbe (H. E., II, 23) commence par présenter la condamnation de Jacques comme une revanche des Juifs, furieux de ce que Paul leur ait échappé. Ensuite, il reproduit une longue citation d'Hégésippe, c'est-àdire la tradition judéo-chrétienne de Palestine, qui se termine par ces mots : (( immédiatement après Vespasien les assiégea. » Enfin, Eusèbe reprend à son compte le récit de Josèphe. — Mais pour lui la relation entre la condamnation de Jacques et la destruction de Jérusalem n'est pas douteuse (iy. £"., III, 5. 1 et suiv. ; 11. 1). Au point de vue des chrétiens de Palestine cette idée s'imposait.

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se produisit pendant les années antérieures au siège \ Nous ne savons pas davantage combien de temps dura le séjour des exilés volontaires de Jérusalem dans la Décapole. Cependant il n'est pas douteux qu'un certain nombre au moins d'entre eiix retournèrent à Jérusalem avant le règne de Domitien (81-96) et qu'il se reconstitua^ auprès des ruines de cette ville, une communauté chrétienne de médiocre importance, , fort diminuée en nombre par le fait que beaucoup des exilés restèrent dans les tranquilles régions au delà du Jourdain, mais nullement diminuée en prétentions. Tout un ensemble de traditions, auxquelles on n'accorde en général pas assez de valeur, nous montre, en effet, que cette communauté^ — et probablement les cercles chrétiens du voisinage, — se groupa autour des parents de Jésus selon la chair, comme autour des chefs légitimes et seuls autorisés de l'Église, et constitua une sorte de chrétienté légitimiste dont nous retrouverons plus tard les traces jusqu'à Rome^

L'analyse du témoignage des Actes des Apôtres sur la première communauté apostolique de Jérusalem nous a déjà apporté l'écho de la tradition hiérosolymite où Jacques, le frère du Seigneur, se substitue aux apôtres comme chef de la communauté et devient, à la tête des presbytres chrétiens de Jérusalem, comme une sorte de grand prêtre entouré de son sanhédrin et constituant la plus haute autorité de la petite société chrétienne '.Cette conception, à peine ébauchée à l'époque dont s'occupent les Actes et peu goûtée évidem-

1. D'après Eusèbe, H. E., III. 5. 3, cet exode eut lieu après l'exécution de Jacques et peu de temps avant le siège, en vertu d'un oracle révélé aux notables. — Il est probable qu'il y eut des exodes successifs de chrétiens quittant Jérusalem , comme après la condamnation d'Etienne et, peut-être aussi, après le supplice de Jacques, flls de Zébédée {Actes, xii. 2, 17 et 25).

2. Cfr. E. Renan, Les Évangiles, p. 56 : « Le fait du retour n'est pas douteux. »

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