‹ Les origines de l'épiscopat [microform]Chapitre 55 sur 163 · Eusèbe, H. E., II. 23. 11 à 18; IV · texte numérisé non relu

Eusèbe, H. E., II. 23. 11 à 18; IV

218 ORIGINES DE l'ÉPISCOPAT

apocryphe. Plus tard, Épiphane y ajoutera des détails encore plus précis et d'autant moins vrais qu'ils seront plus précis. Mais il y a là un très précieux témoignage du caractère que la personne de Jacques avait revêtu dans la tradition judéochrétienne de Palestine. L'imagination populaire brode aisément des dessins variés sur un canevas donné, le canevas lui-même doit lui être fourni par la vie réelle. Quand nous apprenons par l'auteur des Actes que Jacques recommande à Paul de prendre sa part dans les pratiques ascétiques du naziréat auquel quatre chrétiens de Jérusalem se sont engagés\ nous n'avons pas de raison de mettre en doute que luimême ait accompli des actes analogues et laissé la réputation d'un scrupuleux nazir. Et quand nous voyons, dans les épîtres de Paul comme dans le récit des Actes des Apôtres, les notables de Jérusalem,. dont Jacques est le chef , afficher la prétention de légiférer pour toute la chrétienté, à l'instar du sanhédrin juif présidé par le grand prêtre^ nous reconnaissons aisément l'élément historique primitif d'où est sorti, dans la tradition judéo-chrétienne conservée par Hégésippe, le portrait légendaire de ce Jacques qui n'est pas réellement grand prêtre, mais qui l'est spirituellement, si l'on peut encore s'exprimer ainsi, c'est-à-dire à un point de vue supérieur à celui de la réalité matérielle '.

1. Actes, XXI. 23 et suiv. Quelle que soit la valeur historique accordée à ce récit, il atteste du moins d'une façon formelle que, d'après la tradition recueillie par l'auteur des Actes, Jacques et les chrétiens de Jérusalem faisaient des vœux de naziréat.

2. Il y aurait une curieuse comparaison à faire entre cette conception « typologique » du grand prêtre Jacques chez les judéo-chrétiens de Palestine et la théorie du grand prêtre céleste développée dans VÉpitre aux Hébreux par des chrétiens d'origine judéo-alexandrine. — M. Sabatier {L'Apôtre Paul, p. 4, note 1) conteste la valeur historique du témoignage d'Hégésippe. « Les éléments, dit-il, en sont pris direc- » tement, non dans une tradition populaire, mais dans l'Ancien » Testament. » Nous pensons, avec M. Dannreuther (O. c, p. 30), qu'Hégésippe n'a pas décrit de fantaisie le personnage de Jacques, mais

Cette dignité suprême, Jacques la devait, de môme que sa sainteté, à sa qualité de « frère du Seigneur ». Il est le plus proche parent du Messie, l'héritier légitime ou, comme nous avons dit plus haut, « le régent désigné par des liens sacrés » pour gouverner la société messianique jusqu'au jour où )) l'Envoyé de Dieu lui-même reparaîtrait pour faire valoir )) ses droits divins sur le monde entier ». La preuve en est qu'après sa mort on choisit pour le remplacer son cousin germain, Syméon, fils de Clopas, qui fui préféré par tous en qualité de cousin du Seigneur^ Hégésippe, écrivant en pleine période d'épiscopalisme, dans la deuxième moitié du second siècle, dit que Syméon fut nommé « évêque » à la

qu'il a reproduit une tradition dont les germes historiques se retrouvent déjà dans les Actes. Ce qui importe ici, ce n'est pas de savoir ce que Jacques a été en réalité, mais ce qu'il avait la prétention d'être et l'idée que ses amis se faisaient de sa mission.

1. Easèbe, IV. 22. 4 (témoignage d'Hégésippe) : ov -mpoiOev-co Trâv-ceç ovxa àv£(|/tôv xou Kuo(ou Ss'j-cspov.. — Cfr. III. 11 : « Après le martyre de » Jacques et la prise de la ville qui s'ensuivit immédiatement, la tra- » dition veut que ceux des apôtres et des disciples du Seigneur qui )) étaient encore en vie, soient venus rfe toutes parts (TravTa;(ô6îv) pour » se rencontrer avec les parents du Seigneur selon la chair (car plu- » sieurs de ceux-ci étaient encore en vie) et qu'ils aient tenu conseil » tous ensemble pour décider qui devait être jugé digne de prendre la » succession de Jacques, et que, d'un avis unanime, tous estimèrent » digne du siège de cette église Syméon, fils de Clopas, celui qui est » mentionné dans les évangiles « (où il est nommé parmi les frères de Jésus). Cette tradition qu'Eusèbe n'emprunte pas expressément à Hégésippe, mais qui émane évidemment du même milieu où celui-ci a puisé des renseignements, nous montre bien qu'il ne s'agit pas seulement de choisir un préposé à l'Église de Jérusalem, mais un véritable chef spirituel de la chrétienté. Les apôtres et les disciples directs du Seigneur sont censés venir de toutes parts pour .s'associer au vote. Ce n'est pas là de l'histoire, c'est clair, mais c'est un écho bien curieux des prétentions des judéo-chrétiens de Jérusalem. — Cfr. III. 32. 6, où Hégésippe parlant de Juda, un autre frère du Seigneur, et de ses flls s'exprime ainsi : 'Ep^ovuat oùv xal TrpoviYO'Jvxat « irâffïjç h/:/Ski\a[oi^ » wç pàptupeç xal à-KO Y^vouç toù Kupiou.

place de Jacques. Il est incontestable que les chrétiens de Jérusalem sont déterminés ici par le sentiment que la parenté avec Jésus assure des droits au gouvernement de l'Église. C'est le principe oriental de la succession légitime qui s'affirme. Est-ce avant le siège ou, plus vraisemblablementj après la destruction de la ville, lors du retour d'une partie des exilés? Il importe peu. Et cette tradition se tient fort bien dans tous ses détails. Les judéo-chrétiens de Jérusalem attribuent les désordres et les divisions qui se sont produits dans l'Église au fait que les chrétiens ne furent pas unanimes à reconnaître le représentant légitime du Seigneur\ Ils décrivent la fin de Syméon, qui serait mort crucifié hWgQ de cent vingt ans, sous Trajan, comme presque semblable à celle du Seigneur^ .

Le prestige de la famille de Jésus dans ce petit monde de chrétiens légitimistes est encore confirmé par deux autres récits. Si l'on tient compte du nombre très restreint de renseignements qui nous sont parvenus, on voit que la concordance de ces témoignages a une haute valeur. D'une part, il nous est dit que Vespasien, après la prise de Jérusalem, fit rechercher tous les membres de la famille de David, afin de ne laisser parmi les Juifs aucun descendant de race royale. D'autre part, Hégésippe raconte que deux petits-fils de Juda, frère du Seigneur selon la chair, furent dénoncés à Domitien comme appartenant à la famille de David et conduits en sa présence. L'empereur, dont on connaît le caractère soupçonneux et superstitieux, les questionna sur leurs propriétés et leur fortune. Ils reconnurent qu'ils étaient de la race de David et déclarèrent qu'ils possédaient ensemble trente-neuf arpents de terre, d'une valeur de neuf mille deniers, et qu'ils les cultivaient eux-mêmes. A l'appui de leur dire ils montrèrent leurs mains calleuses.

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