‹ Les origines de l'épiscopat [microform]Chapitre 57 sur 163 · Eusèbe, H. E., III. 12, 19 et · texte numérisé non relu

Eusèbe, H. E., III. 12, 19 et

2. Voir l'Appendice sur « les frères et les cousins de Jésus », à la fin du volume de M. Renan sur Les Èoangiles. M. Renan pense que les fils de Juda eurent des positions prépondérantes dans les églises de Batanëe, et que l'église de Jérusalem continua à être dirigée par des descendants de Clopas. Conciliant la mention d'un certain Juda comme successeur de Syméon {Const. Apost.^ VII. 46; Épiphane, Hcer., LXVI. 20) avec la désignation comme tel d'un certain Justus (Eusèbe, Chron., s. a. 10 et 12 de Trajan; H. E., III. 3.5), M. Renan décompose en deux parties la trop longue présidence du Syméon d'Hégésippe, et établit la succession suivante : 1° Syméon, fils de Clopas et cousin germain de Jésus ; 2" Juda, fils de Jacques, petit-flls de Clopas et petit-cousin de Jésus; 3" un second Syméon, fils ou petit-fils de Jacques, de José ou de Syméon I", par conséquent petit-fils ou arrière-petit-fils de Clopas, petit-cousin ou arrière petit-cousin de Jésus. (Les Évangiles, p. 466, note 3.) Mais l'éminent historien est le premier à reconnaître que ces combinaisons sont tout à fait incertaines . Ce qui achève de

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l'essentiel c'est l'existence, dans la communauté mère de Jérusalem et parmi les plus fidèles judéo-chrétiens de Palestine, d'un type de gouvernement ecclésiastique présidé par l'héritier du Messie selon les liens du sang. Ce fut là la première et la plus authentique conception du principe de la succession, — non apostolique, — mais ecclésiastique ou messianique, et c'est ce qui lui donne pour l'historien une valeur bien plus considérable que ne le comporte le rôle tout effacé des petites communautés palestiniennes à la fin du premier siècle.

La destruction de Jérusalem par Titus et, déjà au"^aravant, le départ des chrétiens de cette ville pour ne pas prendre part à la guerre contre les Romains, eurent pour conséquence le divorce irrémédiable du judéo-christianisme et du judaïsme. Tandis que jusqu'alors les chrétiens de Palestine avaient continué à vivre àcôté des Juifs, comme une sorte de secte juive hérétique dont on se bornait à réprimer de temps à autre les empiétements indiscrets, mais à laquelle on n'interdisait pas, semble-t-il, l'accès du Temple, à partir de cette retraite, qui équivalait à une trahison, il n'y eut plus

troubler toute cette première histoire de l'église de Jérusalem, c'est la liste de quinze évêques mentionnée par Eusèbe pour l'église de Jérusalem , entre l'an 33 et 132 {H. £"., IV. 5. 3): Jacques^ Sy m éon, Justus, Zaehée, Tobie, Benjamin, Jean, Mathias, Philippe, Sénèque, Juste, Lévi, Ephrès, Joseph, Judas. Or, comme Syméon, d'après Eusèbe lui-même, subit le martyre sous Trajan, c'est-à-dire au plus tôt vers l'an 100, il y aurait donc eu deux évêques depuis le début de l'église jusqu'à l'an 100, et treize évêques de Jérusalem en une trentaine d'années. On voit ce que valent ces fastes épiscoiDaux des temps primitifs recueillis par Eusèbe. En ce qui concerne Jérusalem, il est lui-même obligé d'avouer qu'il n'a pas pu en retrouver les dates. Hégésippe, si avide d'établir partout la succession épiscopale, ne fournissait donc aucune liste pour Jérusalem. Autrement Eusèbe, qui connaît ses écrits, l'eût citée. — La seule chose certaine en tout cela, c'est le caractère tout particulier du gouvernement ecclésiastique de Jérusalem. Quant aux titulaires, nous ne savons à peu près rien sur leur compte, sinon en ce qui concerne Jacques .

rien de commun entre les Juifs et les chrétiens même les plus judaïsants. Les rabbins ne tarissent pas d'expressions dédaigneuses et méprisantes pour les Minim\ Est-ce pour se disculper des vifs reproches qu'ils eurent à endurer en cette occasion, que les judéo-chrétiens invoquèrent la tradition déjà citée d'après laquelle ils ne se seraient décidés à l'exode qu'en vertu d'une révélation expresse de Dieu ^ ?

En réalité, cet exode s'imposait. Les judéo-chrétiens de Jérusalem avaient la conviction d'être le véritable Israël, l'Israël élu du milieu de la nation infidèle, connaissant son Messie et n'ayant autre chose à faire que d'attendre, dans la fidélité et dans la patience, le retour triomphant du Seigneur. Prendre part à la guerre de leurs compatriotes aveugles contre les Romains, c'eût été trahir le Messie et répudier leurs convictions. Mais l'exode, nous l'avons vu, ce fut l'isolement, la déchéance, l'affaiblissement par la perte de tout prestige au dehors. Ce fut aussi, semble-t-il, le point de départ de troubles intérieiirs, résultant du fait qu'il n'y avait plus d'autorités locales juives pour réprimer les écarts d'imagination des frères trop entreprenants et maintenir une certaine unité par la crainte salutaire des persécutions. Apres la destruction de Jérusalem apparaissent les fauteurs de gnosticisme judaïsant; quelque légendaires que soient les détails des traditions d'Hégésippe rapportées plus haut, elles doivent néanmoins avoir un fond de vérité

1. Les Miniin sont les chrétiens judaïsants, contre lesquels une formule spéciale fut insérée dans la liturgie de la synagogue par Samuel le Jeune après la destruction de Jérusalem. Cfr. F. Weber, Die Lehren des Talmud, p. 147-148, qui cite Jer. Berachoth^ iv. 3. Ils sont considérés comme dangereux parce qu'ils sont circoncis et zélateurs de l'Ancien Testament. R. Beraehia prétendait que, lorsque les Minim circoncis passent devant la porte de l'enfer. Dieu envoie un ange pour leur mettre un prépuce.

2. Eusèbe, H. £"., III. 5. 3: Maxà -uiva ^p7]cr[jiov xoTç aÙTÔSc ooxipiotç 8t' aTCOxaXuij^Ewç SoBévra...

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historique, d'autant plus que les renseignements d'autre provenance sur les origines dugnosticisme judaïsant tendent à la même conclusion. « De tous ceux-ci, » dit le brave Hégésippe après avoir énuméré des hérésies probablement judaïsantes, « de tous ceux-ci vinrent les Ménandrianistes, « les Marcionites, les Carpocratiens, » etcJ. Tous les systèmes gnostiques y passent, et il a raison. Une fois entrés dans le domaine des spéculations individuelles échevelées qui caractérisent les systèmes gnostiques, les chrétiens qui se laissèrent prendre à la séduction de la gnose, ne devaient pas tardera devenir infidèles au christianisme judaïsant luimême et à sa conception étroitement messianique de l'Église. La prépondérance toujours plus grande des églises universalistes dans l'ensemble de l'Empire, la lente pénétration des églises judaïsantes de Palestine elles-mêmes par des fidèles d'origine païenne, — à partir du moment où le recrutement parmi les Juifs fut à peu près complètement supprimé, — diminuèrent toujours plus la vitalité du judéo-christianisme palestinien, si bien qu'après la seconde guerre de Judée, dirigée contre le faux messie Bar Cochba, l'Église de Jérusalem elle-même choisit un évêque incirconcis ^

1. Cité par Eusèbe, H. E., IV. 22. 5 et 6. Dans ce passage Hégésippe attribue l'origine des hérésies gnostiques au mécontentement éprouvé par un certain Thebuthis, de ce qu'il n'eût pas été nommé évêque. Ailleurs (III. 32. 3 à 8) le même Hégésippe semble plutôt rattacher l'origine de ces divisions à la Hn de la présidence de Syméon. Mais cela tient évidemment à l'idée préconçue énoncée à la fin de ce passage, que les hérésies ne se dévelopj)èrent pas avant la mort des parents immédiats de Jésus et de ses disciples directs. Il se réfute lui-même en attribuant le martyre de Syméon aux accusations proférées contre celui-ci par les hérétiques et en avouant que, déjà auparavant, il y avait des fauteurs de mauvaises doctrines qui agissaient dans Tombre.

2. Eusèbe, H. £"., IV. 5. 3. — D'après ÉpipTiane, Hœr., LXVl. 20, la substitution d'évêques incirconcis sur le siège de Jérusalem ne se serait produite que la onzième année d'Antonin (148-149). La différence n'est pas considérable et ne change rien à la signification du fait.

Enfin l'abstention complète des chrétiens dans la guerre contre les Romains de Vespasien et de Titus, le schisme irrémédiable qui s'ensuivit entre les Juifs et les judéo- . chrétiens eux-mêmes furent peut-être les premiers témoignages probants pour l'administration romaine de la dualité irréductible du christianisme et du judaïsme. Peu au courant et dédaigneux des controverses intestines des Juifs, les Romains n'avaient guère vu dans les chrétiens qu'une secte juive. Mais le fait que ceux-ci n'avaient pris aucune part à la guerre sainte montrait suffisamment qu'ils n'étaient pas Juifs. Les mesures générales prises contre les Juifs après la guerre de 67 à 70 et surtout la sévérité déployée par le gouvernement de Domitien pour faire rentrer l'impôt du didrachme destiné au temple de Jupiter Capitolin\ durent amener de plus en plus les chrétiens à faire reconnaître leur séparation d'avec les Juifs, malgré tous les avantages qu'il pouvait y avoir pour leurs églises à passer pour des variétés de synagogues juives et à bénéficier du traitement privilégié dont celles-ci jouissaient par rapport à presque toutes les autres associations religieuses. Il faut ici nous borner à indiquer cette transformation de la situation légale des communautés chrétiennes, qui ne fut pas sans avoir de l'influence sur leur organisation ultérieure.

1, Suétone, Domit.^ 12.

L'ÊPÎTRE DE JACQUES ET LA DIDACHE

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