‹ Les origines de l'épiscopat [microform]Chapitre 59 sur 163 · II. La Didachê · texte numérisé non relu

II. La Didachê

1. Origine et nature du document. — A la suite de l'Épître canonique attribuée à Jacques il convient d'étudier le précieux document retrouvé en 1873 par Mgr. Bryennios dans la Bibliothèque du Saint-Sépulcre à Constantinople et connu sous le nom de t^il^fr\ xwv SwSexa à-TroffxôXwv \ Il nous

1. Le titre complet est : Atoaj^'^ Kupfou 8tà tcov StiSexa àTroaTÔXcov toïç EÔvecrtv , Il est difficile de se prononcer sur son authenticité littérale. En dehors de l'édition princeps publiée avec notes et prolégomènes en grec, par Mgr. Bryennios, à Constantinople, en 1883, il y a eu un grand nombre d'éditions de la Didachè et un nombre encore plus considérable

semble, en effet, que le témoignage si important, de ce plus ancien manuel du parfait chrétien provient des mêmes régions que le texte précédemment étudié ou tout au moins d'une région peu éloignée, et que, s'il date d'une époque plus tardive, il n'y a pas néanmoins de différence chronologique bien considérable entre les deux écrits,

La Didachê comprend les éléments suivants : 1° les instructions relatives à la vie chrétienne, soit l'enseignement moral sur les deux voies dont l'une mène à la vie et Tautre à la mort (chap. i à vi); 2° les instructions relîitives aux actes religieux chrétiens (baptême, jeûnes, prières, eucharistie), auxquelles se rattachaient sans doute des enseignements doctrinaux extrêmement simples (chap. vu à x)^; 3'' les instructions disciplinaires à l'égard des chrétiens étrangers à la communauté (chap. xi et xii) et celles relatives à la vie intérieure de chaque église (chap. xiii à xv) ; 4° les instructions concernant les choses finales (chap. xvi). Comme pour la plupart des œuvres chrétiennes primitives adressées à

d'écrits à son sujet. Il suffit de signaler l'excellente édition avec commentaire et recherches sur la constitution ecclésiastique, publiée par M. Ad. Harnaek, dans les Texte und Untersuchungen zur Geschichte der altchristlichen Literaiur, t. II, fasc. ï et 2, sous le titre Die Lehre der sLoœlf Apostel, complétée et partiellement corrigée dans Die Apostoilehve und die jûdischen beiden Wege, Leipzig, 1886 : cfr. du même Geschichte der altchristlichen, Litéeratur bis Eusebius, t. I, p. 86 à 92 ; l'éd. américaine de Ph. SchaS, The oldest church Manual called the teaching of the tioeloe apostles (Edimbourg, Clark) et l'éd. française de M. Paul Sabatier, La Didachê oa l'enseignement des douze apôtres (Paris, thèse de la Faculté de Théologie protestante), dans lesquelles on trouvera tous les renseignements bibliographiques. Sur le titre, voir éd. Harnaek, p. 24 et suiv.

1. M. Harnaek a vu juste (O. c, p. 36) eu observant que l'enseignement doctrinal, dont l'absence complète dans la Didachê paraissait étrange, se rattachait pour l'auteur aux formules des actes principaux de la profession chrétienne. Cetteméthode a été souvent appliquée dans l'enseignement catéchétique. La théologie de la Didachê étant encore d'une simplicité élémentaire rentrait aisément dans ce cadre limité.

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tous les fidèles en général et non à une catégorie spéciale d'entre eux ou à une communauté particulière, il est fort difficile de déterminer le pays d'où elle est originaire. Aucune indication précise ne peut servir de critère, mais de nombreux indices trahissent une origine orientale. Aussi presque tous les critiques ont-ils songé à l'Egypte ou à la Syrie. Nous n'hésitons pas à préférer la Syrie'. En l'absence de toute allusion à des circonstances locales, les arguments littéraires sont prépondérants. Or la Didachê appartient certainement à la même forme primitive du christianisme qui a donné naissance aux traditions évangéliques et à VÉpttre de Jacques. Il n'y a rien de paulinien ni de gnostique dans cet écrit, rien non plus d'alexandrin. Le langage, le style, la méthode, le fond des idées sont tout autres que dans les œuvres procédant de l'esprit hellénistique. Point de métaphysique; même à propos de l'eucharistie il n'est pas question de la mort rédemptrice du Christ. On retrouve ici la conception toute simple, populaire, exclusivement morale de la foi chrétienne. Vivre comme Jésus l'a enseigné, en attendant son retour, voilà le devoir chrétien, au lieu de se préoccuper exclusivement du Christ glorifié, comme le font ceux qui ne l'ont pas connu sur terre ou qui ont préféré, à la tradition vivante émanant de lui par ses auditeurs immédiats, le produit de leurs spéculations et de leurs extases. Point d'allégories à la façon alexandrine. La forme est juive, gnomique ; les tableaux sont courts et sobres ; les images sont palestiniennes; telle cette belle comparaison du ch. x :

1. La majorité des critiques, notamment M. Ad. Harnack (O. c, p. 159j 167 et suiv.), préfèrent l'Egypte, en général à cause de la dépendance qu'ils établissent entre la Didachê et VÈpître de Barnabas. Cette dépendance n'est pas directe, comaie nous l'établissons plus loin. La suppression du mot pao-tXsîa dans la doxologie de l'oraison dominicale n'implique pas l'origine égyptienne. On en trouve des exemples ailleurs. Ci'r. Chase, The Lord' s prarjcr in the cavly church {Texts and studios, éd. by J. Armitage Robinson, L 3, p. 170).

« Souviens-toi, Seigneur, de ton église, pour la délivrer de )) tout mal et la rendre parfaite en amour pour toi, et ras- )) semble-la des quatre vents, sanctifiée en vue de ton » royaume. » Ou bien encore au chap. ix, en parlant du pain de reucharistie : « De même que ce que nous rompons a » commencé par être dispersé sur les collines, puis a été » réuni en un seul (pain), qu'ainsi ton église soit assemblée » depuis les extrémités de la terre en ton royaume. » Quiconque est familiarisé avec les littératures palestinienne et alexandrine, sent instinctivement que cette poésie, puisée aux sources de la nature et non à celles de la pensée, est du pays biblique. En Egypte, d^ailleurs, on n'eût pas parlé du blé, dispersé sur les collines, puisque le blé y pousse dans la vallée du Nil. La Didachê et les formules des actes chrétiens qu'elle renferme sont originaires de communautés campagnardes et agricoles; cela ne ressort.pas seulement de la belle prière eucharistique déjà citée, mais encore du précepte énoncé au chap. xin : « Tu prélèveras donc les prémices » du pressoir et de l'aire, des bœufs et des moutons pour les » donner aux prophètes, car ce sont eux qui sont vos grands )) prêtres. » (v. 3.) Où, sinon en Syro-Palestine, trouvait-on à la fin du premier ou au commencement du second siècle des communautés rurales auxquelles on pût appliquer de pareilles instructions ?

Elles sont empruntées à la Loi mosaïque, il est vrai. Encore fallait-il qu'elles fussent réalisables. La Didachê n'est pas un de ces écrits rabbiniques ou alexandrins qui légifèrent pour une société idéale. Elle tient compte parfaitement des réalités de la vie : « Si tu peux porter tout le joug )) du Seigneur, tu seras parfait; si tune le peux pas, fais du » moins ce que tu pourras. » (vl 2.) Ce ne sont pas seulement les prémices qui dénotentune population familiarisée avecles habitudes juives; c'est encore l'assimilation des prophètes aux grands prêtres, l'horreur des viandessacrifiées aux idoles, d'autant plus significative que l'auteur est très libre d'esprit à

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l'égard de toutes les observances (vi. 3) ; la consécration de deux jours particuliers au jeûne, à condition qu'ils ne soient pas les mêmes que ceux des Juifs (viii. 1) ; la répétition de la prière liturgique trois fois par jour {ib., 3); la lecture de l'Ancien Testament dans un texte indépendant de la version des LXX ; l'importance accordée à la confession devant l'église suivant la pratique juive (iv. 14; xiv, 1)\ L'enseignement des deux voies^, qui est également d'origine juive^ a pu être introduit dans les églises chrétiennes en tout pays et à toute époque; car il est universellement humain et dénué de tout caractère régional. Il n'en est pas de même des traits que nous venons de signaler. Ils ne peuvent s'être acclimatés dans des communautés chrétiennes, que dans des contrées où la piété simple et pratique de la synagogue juive des campagnes avait servi d'antécédent. Et en même temps la séparation d'avec le judaïsme et l'indépendance à l'égard du

1. Les jours déjeune pour les Juifs stricts étaient le lundi et le jeudi; cfr. Luc, xvin. 12; Matth., vi. 16; Schiirer, Gesch. d. Jud. Volkes un Zeitalier J. C, II, p. 411. On observait aussi des pratiques de jeûne dans les synagogues de la Dispersion, mais le jeûne bi-hebdomadaire ne devait guère être usuel dans ces communautés moins légalistes que celles de Palestine (ibid., p. 559); Josèphe seul parle des jeûnes et encore d'une manière très générale. — Sur la répétition des prières trois fois par jour, chez les Juifs, de grand matin, l'après midi à trois heures, et le soir au coucher du soleil, cfr. ihid., p. 237 et 384. Les deux seuls passages de l'Ancien Testament cités dans la Didachè (xiv. 3 et xvi. 7) sont MalachiCy i. 11. 14; Zacharie, xiv. 5. — Sur la pratiquede la confession publique chez les Juifs, voir déjà la confession précédant le baptême de Jean-Baptiste, Maiih., m. 6; Marc, i. 5; voir aussi Josèphe, Ant. Jud., VIII, 4. 6. Sur la confession publique d'après la théologie talmudique, voir F. Weber, Die Lehren des Talm.ud, p. 307, mais il est difficile de déterminer si ces pratiques existaient déjà au premier siècle de notre ère. Elles durent se développer après la destruction du Temple et la suppression des sacrifices. En tout cas elles ne sont pas d'origine grecque chez les chrétiens. La recommandation de la confession dans l'Église rappelle les préceptes analogues de VÉpître de Jacques; c'est une preuve de plus de la parenté entre ces deux écrits.

légalisme mosaïque sont complètes. Les Juifs sont passés sous silence; comme dans les Évangiles ils sont simplement désignés sous le nom d' « hypocrites » (viii. 1). L'auteur ne polémise pas plus contre eux que contre les païens. Il se borne à dire : « Ne faites pas comme eux. » De même que pour VÉpître de Jacques, les ancêtres spirituels de la Didachê sont les psalmistes qui glorifiaient le pauvre et enseignaient la vie à l'écart du monde perverti, sans se préoccuper du ritualisme légaliste.

La parenté avec les évangiles synoptiques et spécialement avec Y Évangile de Matthieu est évidente ; elle va jusqu'à la reproduction littérale des mêmes sentences. Mais on en déduit à tort que l'auteur de la Didachê a dû avoir sous les yeux notre premier évangile canonique, au lieu de reconnaître qu'il a puisé aux mêmes sources que le compilateur de notre Matthieu actuel. Il est généralement admis aujourd'hui que le premier évangéliste a combiné différents documents antérieurs à lui, notamment un ou plusieurs recueils de (( dires du Seigneur » transmis directement ou indirectement par les apôtres, c'est-à-dire par les auditeurs primitifs de Jésus. Si l'on accepte l'origine syro-palestinienne de la Didachê, il est clair que le rédacteur de ce traité de la vie chrétienne a dû avoir à sa disposition des recueils de ce genre, probablement semblables les uns aux autres sur bien des points. Les passages de la Didachê qm se retrouvent dans l'Évangile de Matthieu ne sont pas des citations serviles ; d'autres rappellent davantage notre Luc, autre compilateur de documents antérieurs ^ Or, l'auteur ne connaissait certainement pas plusieurs de nos évangiles; il parle de « l'Évangile « au singulier et entend par là l'enseignement de Jésus, non pas une rédaction déterminée de cet

1. Voir la synopse de ces passages dans l'éd. Harnack, p. 70 et suiv. — Les traditions de l'Evangile de Matthieu renferment des éléments judéo-chrétiens que celles de la Didachê ont écartés.

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enseignement. Bien loin d'être postérieure à la rédaction définitive de notre Mattliieu, la Di'dachê doit lui être antérieure. En tout cas, elle en est indépendante, comme le prouve sa conception si originale, si belle et si foncièrement primitive de la sainte Cène.

Nous en dirons autant de ses rapports avec VÉpîire de Barnabm où l'on retrouve aux chap. xviii à xx le même enseignement des deux voies, celle de la lumière et celle des ténèbres. D(3 là on a généralement conclu que Tauteur de la Didachê ù:Va.\t utilisé l'œuvre attribuée à Barnabas. Or, dans cette dernière, le morceau sur les deux voies est un hors-d'œuvre, sans rapport avec ce qui précède et ce qui suit, tandis que dans la Didachê il est le centre même de l'écrit, sa raison d'être en quelque sorte. Si l'on veut à tout prix établir un rapport de dépendance directe entre les deux documents, il est beaucoup plus vraisemblable d'admettre que l'auteur de YÉpUre à Barnabas ait plaqué en quelque sorte sur son œuvre, et dans un beau désordre, les instructions qu'il avait remarquées dans la Didachê, que de supposer un remaniement artistique du fragment de Bar^nabas par le rédacteur du manuel qui nous occupe. Mais en réalité cette manière même de poser la question est fausse. Les ressemblances et les différences des deux textes impliquent l'existence de versions antérieures, probablement multiples, de ce même enseignement des deux voies qui semble avoir été un moule remontant à la plus haute antiquité chrétienne, dans lequel on coula les préceptes et les sentences du Christ conservés par ses disciples immédiats. De même qu'il y eut plusieurs recueils des «dires » et des « actes » du Seigneur, dont nous retrouvons les éléments dans nos évangiles synoptiques, de même il y eut plusieurs coulées de préceptes évangéliques dans le moule littéraire des « deux voies », dont la littérature juive a fourni le prototype. Qu'il y ait de grandes ressemblances entre ces diverses rédactions, qu'elles renferment des parties textuel-

lement identiques , cela n'est pas étonnant. UEpttre de Bartiahas et la Didaché nous en ont conservé deux types distincts qui sont l'un à l'autre ce que V Évangile de Luc est à VÉvangile de Marc, et il n'est pas impossible que le Pasteur d'Hermas, les Constitutions apostoliques et les Canons ecclésiastiques permettent d'en reconnaître encore d'autres ^ .

La Didaché se trouve ainsi être le premier et le plus ancien rameau de la littérature, plus tard si abondante et perpétuellement interpolée, des canons et constitutions apostoliques'. Soit comme manuel primitif d'instruction religieuse, soit comme livre liturgique ou disciplinaire, elle a été exposée à des remaniements perpétuels, alors qu'ellemême déjà est en partie une adaptation d'un original juif *.

1. Nous entendons par Canons ecclésiastiques le document que les Allemands appellent : Apostolische Kirchenordnting.Dsins sa. Geschichte cler altchristlichen Litteratur bis Eusebius, I.l, p. 87, M. Ad. Harnack a dressé un tableau généalogique des diverses éditions chrétiennes par lesquelles a passé le prototype juif des « deux voies ». Il faut corriger ses assertions antérieures par celles qu'il énonce ici. C'est ainsi qu'il renonce fort justement à maintenir un rapport de dépendance directe de la Didaché à l'égard du Pasteur d' Hermas . Mais, tout en reconnaissant que les chapitres de la Didaché sur les « deux voies » ne dérivent pas des chapitres correspondants de VÉpître de Bamabas, il maintient néanmoins, sans preuves suflBsantes à nos yeux, que l'auteur de la Didaché a connu et utilisé ladite Épître.

2. M. Ad. Harnack {ibid., p. 90) a vu juste quand il écrit : « Nieht )) unwahrscheinlieh ist es, dass die « àioayj] zîov à-RoaxoXwv » liber- » haupt den ersten Anstoss zu jener weitverzweigten und einflussreichen, » freilich immer mehr in grobe Fâlschungen ausartenden Litteratur der » apostolischen Kanones, Konstitutionen u. s. w. gegeben hat. » Il faut observer notamment que notre Didaché a servi de base au VHP livre des Constitutions apostoliques dont on s'accorde à placer la rédaction en Syrie. Il y a là une nouvelle preuve de l'origine syrienne de la Didaché, puisque c'est dans ce pays qu'elle a le plus longtemps fait autorité.

3. Sur l'original juif cfr. Ad. Harnack, Die Apostellehre und die jùdischen beiden Wege. Le texte actuel de la Didaché n'en présente pas moins une incontestable unité. Il n'est pas une combinaison

De là la difficulté de lui assigner une date quelque peu précise. Il faut renoncer à se fonder pour cela sur les rapports du texte relatif aux « deux voies o avec les autres versions de ce même texte, que Ton trouve ailleurs ou que l'on peut reconstituer en partie d'après des écrits plus tardifs : ce serait échafauder inutilement hypothèses sur hypothèses. La seule ressource est de s'attacher à la parenté psychologique de l'auteur avec les rédacteurs de VÉpître de Jacques et des documents évangéliques conservés dans nos évangiles canoniques; par conséquent, de le rattacher à la même époque et au même milieu. Cette solution est confirmée par les .indications relatives au culte et à la discipline. En procédant par élimination des âges, pour lesquels nous savons pertinemment que ni la conception si simple de l'eucharistie, ni l'organisation encore si primitive des églises n'ont pu être enseignées dans le payssyro-palestinien d'où \a,Didachê est originaire, il n'est pas possible d'en placer la rédaction après le premier quart du second siècle, tandis que toutes les analogies tendent au contraire à la faire remonter plus haut encore dans le passé. Il n'est pas possible d'imaginer un rituel de culte plus simple que celui de la Didachê; il s'applique seulement au baptême et à l'eucharistie, et ici même il n'est pas obligatoire pour les inspirés. Le culte du dimanche semble encore échapper à toute réglementation (ch. xiv). Il n'y a encore aucune organisation ecclésiastique destinée à combattre l'hérésie; les enseignements répréhensibles, dont le danger paraît grand à l'auteur, . sont encore considérés comme le fait de missionnaires individuels, sans que l'on trouve aucune allusion à des sectes ou à des écoles hérétiques. Aucune. norme dogmatique n'est posée.

de plusieurs fragments d'époques différentes. Peu d'écrits du christianisme primitif se tiennent mieux dans l'ensemble et dans les détails. Les interpolations, s'il y en a, ne peuvent porter que sur des points secondaires.

Enfin la conscience de l'hostilité de la société païenne à l'égard du christianisme ne s'est pas encore éveillée. Chacune de ces considérations prise isolément ne constitue qu'une faible présomption; leur ensemble et leur concordance ont une grande force. Tout cela produit l'impression d'une très haute antiquité. On y sent une phase vraiment primitive encore de l'évolution chrétienne-. Nous ne courons donc guère de risque d'erreur en utilisant la Didachê comme un document des environs de l'an 100 de notre ère, plutôt antérieur que postérieur à cette date.

2. Les Fonctions spirituelles dans les communautés syropalestiniennes aux abords de l'an 100. — Ce qui frappe le plus à la lecture de la Didachê, en comparaison des autres écrits chrétiens de la même époque, c'est l'importance des prédicateurs itinérants dans les compaunautés auxquelles ce manuel était destiné. Ils sont les inspirateurs et les instructeurs par excellence des chrétiens, parce qu'ils sont par excellence les organes de la parole du Seigneur. Le principe général qui dicte la conduite des chrétiens est celui-ci : « Mon enfant, pense nuit et jour à celui qui t'enseigne la )) parole de Dieu; tu l'honoreras comme le Seigneur; car le » Seigneur est là où sa seigneurie est annoncée. Tu recher- » cheras chaque jour la présence (litt. : le visage) des saints, » afin d'être réconforté par leurs paroles. » (iv. 1-2) \ Or^

1. L,'ÉpUre de Barnabas (xix. 9) s'exprime ainsi: «Tu aimeras comme » la prunelle de ton œil toute personne t'enseignant la parole du Sei- » gneur; pense nuit et jour au jour du jugement et tu rechercheras » chaque jour la présence des saints. » La suppression, dans la, Didachê, du rappel du jugement final dans ce contexte où il n'a rien à faire, dénote la supériorité de sa rédaction sur celle de Barnabas. Le précepte ci-dessus énoncé de la Didachê rappelle de près le précepte évangélique : « Partout où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu » d'eux. » (Matth., xviii. 20.)

quels sont ceux qui annoncent la parole du Seigneur ou qui parlent sous son inspiration ? Ce sont en tout premier lieu les apôtres et les prophètes qui vont de communauté en communauté, sans faire nulle part de séjour prolongé.

Les apôtres dont il s'agit ne sont évidemment pas les douze apôtres de la tradition évangélique. Il n'y a aucune allusion à leur fréquentation personnelle auprès de Jésus au cours de son ministère terrestre et, d'ailleurs, à moins de ramener la composition de la Didachê jusqu'à une époque extrêmement ancienne à laquelle ne correspond en aucune façon l'attitude qu'elle observe à l'égard du Judaïsme, aucun des apôtres primitifs de Jésus ne devait plus être en vie au temps où elle fut rédigée. On peut en dire autant des soixante et dix disciples de l'Évangile de Luc et de toute personne ayant vu ou entendu Jésus en chair et en os. Il est donc incontestable que la qualification d'apôtre est appliquée ici à d'autres qu'aux disciples que Jésus,, d'après la tradition évangélique, aurait choisis et délégués pour répandre son enseignement. Il y a là une précieuse confirmation des conclusions auxquelles nous a conduit l'étude des Épîtres pauliniennes \

Les apôtres de la Didachê peuvent-ils être considérés comme des délégués du Christ glorifié, au sens où l'entendait saint Paul, ou doivent-ils être assimilés à ceux qui sont appelés ailleurs évangélistes '^ ? Voici les quelques versets qui les concernent au chap. xi : a Au sujet des apôtres et des )) prophètes, agissez ainsi suivant la règle de l'Évangile » (v. 3). Que tout apôtre venant vers vous soit reçu comme » le Seigneur (v. 4) ! S'il s'arrête, qu'il ne reste qu'un jour, )) et encore un autre s^il en est besoin ; mais s'il reste trois » jours, c'est un faux prophète (v. 5). Lorsque l'apôtre s'en » va, il ne doit rien recevoir, sinon assez de pain pour lui )) permettre de gagner l'endroit où il sera hébergé; mais s'il

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