Deutèvonome, xxxi. 30 ; I Chrp/i.,xxix.t, etc
celui-ci est présent au milieu d'eux et par conséquent le jugement de la communauté équivaut à un jugement du Christ lui-même (xviii. 20).
Où voit-on ici la moindre trace d'une organisation ecclésiastique ? Même ceux qui se refusent à reconnaître l'origine évidemment judéo-chrétienne de la tradition intercalée par le premier évangéliste aux versets 15 à 17 du chapitre xviii, ne peuvent trouver ici aucune règle posée par Jésus pour l'établissement de son Église, mais simplement une série de traditions qui par leurs contradictions mêmes doivent les plonger dans le plus grand embarras. Tout ce chapitre xviii®, en effet, a pour but de montrer que les plus petits et les plus humbles dans le Royaume des cieux ont autant de valeur pour le Père céleste que les plus grands et que la simplicité du petit enfant est la condition indispensable pour entrer au Royaume, qu'il n'y a pas de privilèges pour les uns aux dépens des autres, qu'il faut pardonner les offenses indéfiniment, que deux ou trois personnes réunies au nom du Christ valent autant que de nombreuses assemblées. Le privilège de « lier et de délier » qui précédemment a été dévolu à Pierre seul, est ici reconnu à toute communauté. C'est le régime de la démocratie la plus absolue, de l'égalité des droits entre tous, l'absence de toute organisation.
On a voulu, il est vrai, voir une savante gradation dans le récit de i'évangéliste. Jésus aurait accordé ses pouvoirs disciplinaires d'abord à Pierre, puis aux apôtres, enfin à l'Église tout entière. C'est prêter au naïf rédacteur du premier évangile des finasseries ecclésiastiques bien étrangères à son esprit. Il a tout simplement enregistré des traditions qui ne s'accordent pas entre elles, parce qu'elles sont d'origine et de valeur différentes et parce qu'elles reflètent les préoccupations des divers milieux où elles se sont formées. Le malheur est que l'on ne retrouve aucune trace ni des instructions que Jésus aurait données à ses apôtres pour l'organisation de son Église, ni de cette prétendue succession ou transmission de
pouvoirs disciplinaires dans l'histoire apostolique. Et l'on ne peut pas en trouver, parce que Jésus voulait fonder, non une église, mais le Royaume des cieux, non une institution qui durât des siècles et qui eût à soutenir des luttes sans cesse renouvelées contre des pouvoirs rivaux, mais une société moralement régénérée dont le règne devait s'établir dans un avenir très prochain et où la volonté de Dieu, reconnue de tous et pieusement observée par tous, serait la seule constitution. Ce n'est donc pas dans les enseignements du Christ qu'il faut chercher les origines de l'épiscopat.