LES CHRÉTIENS EN PALESTINE APRÈS LA MORT DE JÉSUS
1. Les Documents. — La situation. — Si défectueux que soient les évangiles comme documents historiques, il nous serait précieux d'-avoir sur les disciples, dans les temps qui suivirent immédiatement la mort de Jésus, des renseignements de même valeur que les témoignages évangéliques sur le Maître.
Malheureusement le livre des Actes des Apôtres est de tous les écrits de l'âge apostolique celui dont l'utilisation est le plus délicate pour l'historien. Exalté par les uns, dénigré par les autres, il mérite à la fois et cet excès d'honneur et cette indignité, à cause de la valeur extrêmement inégale des éléments qui le composent. On y distingue aisément cinq groupes de documents : une série de traditions légendaires, obscures et déjà incomprises du rédacteur, sur les chrétiens de Jérusalem immédiatement après la mort du Christ; des souvenirs des premières luttes au sein de la communauté primitive entre chrétiens attachés à l'observance stricte de la Loi juive et chrétiens animés d'une piété plus libre et plus émancipée du ritualisme; des fragments d'une Vie de Pierre; des récits de seconde main relatifs à l'activité missionnaire
de l'apôtre Paul, et des témoignages de première main, peu nombreux, de médiocre étendue, mais très précieux, sur certains incidents de ces mêmes voyages missionnaires de Paul ; le tout mis en œuvre vers la fin du P*" siècle ^ par un rédacteur fort intelligent, — le même auquel nous devons le troisième évangile^, — par un écrivain qui déclare avoir fait des recherches avant de rédiger son récit * et qui est parfaitement décidé à tirer des sources auxquelles il puise, une histoire suivie où les contrastes soient atténués et les contradictions résolues, de manière à présenter un tableau harmonieux de la société à laquelle il appartient et où il désire faire entrer ses lecteurs.
Or, de tous ces documents, les premiers sont justement ceux qui ont le moins de valeur. L'auteur lui-même des Actes ne comprend plus les traditions qu'il enregistre sur les premiers chrétiens de Jérusalem ; cela ressort avec évidence de son récit des scènes de la Pentecôte, où la glossolalie, que nous connaissons par la description de l'apôtre Paul', devient un parler en langues étrangères dénué de toute espèce de signification. Le tableau qu'il nous trace de cette première société chrétienne est ainsi fort sujet à caution, et l'on ne saurait en tirer des conclusions précises.
La seule qui s'en dégage avec certitude, c'est que les tra-
1. Je considère les Actes des Apôtres comme un ouvrage de la fin du I" siècle de notre ère, entre l'an 80 et l'an 100, sans qu'il soit possible de préciser davantage. C'est un écrit de même famille que les Epîtres pastorales, mais probablement un peu antérieur, appartenant à la catégorie des documents où nous voyons les premiers essais des églises chrétiennes pour se donner une organisation régulière. Je ne vois aucune raison de le faire descendre jusqu'au IP siècle. D'autre part, comme les Actes des Apôtres émanent du même auteur qui a rédigé notre troisième évangile, lequel est certainement postérieur à Tan 70, comme ils se donnent eux-mêmes pour la suite de l'évangile, on ne saurait en aucun cas leur assigner une date antérieure à l'an 80 environ.