‹ Les origines de l'épiscopat [microform]Chapitre 75 sur 163 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

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attributions primitives, un accaparement de l'activité exercée autrefois par les prophètes, les évangélistes, les diclo.skaloi, bref par tous ceux qui avaient les dons de l'inspiration, de l'édification ou de l'enseignement. Seulement, alors que l'auteur de la Didachê confère ces fonctions aux dignitaires locaux à défaut de prophètes ou d'instructeurs et se borne à réclamer pour les évêques et pour les diacres, qui édifient ou enseignent, une même déférence, le rédacteur des Pastorales encourage de toute son' ardeur cette substitution de l'enseignement des presbytres à celui des didaskaloi, en vertu du principe traditionnaliste et ecclésiastique dont toute son oeuvre est pénétrée. Mais on voit, par ces efforts mêmes, que ce n'est pas encore la règle. La liberté de l'enseignement est encore complète dans les églises auxquelles il s'adresse \ C'est justement pour combattre les conséquences funestes que cette liberté engendre, qu'il désire lui substituer l'enseignement des presbytres, fidèles gardiens de la tradition. A eux de fermer la bouche aux propagateurs d'erreurs. Et l'auteur des Actes, dans le Discours deMilet, se place exactement au même point de vue (xx. 29 et suiv.).

Les presbytres doivent être traités avec des égards particuliers. Il ne faut pas recevoir d'accusation contre eux, à moins qu'elle ne soit appuyée par deux ou trois témoins. C'est l'application, aux seuls presbytres, d'un vieux principe de la Loi mosaïque énoncé par l'apôtre Paul au profit de tous les chrétiens (// Cor., xiii. 1). Mais, s'il y en a qui soient coupables de péché, il ne faut pas craindre de les accuser publiquement. Le rédacteur insiste sur cette recommandation. « Je t'adjure, fait-il dire à Paul, en présence de Dieu, )) de Jésus-Christ et des anges d'élection, d'observer ces rè- )) gles, sans prévention et sans faveurs » (/ Tim., v. 19-21). Il importe, en effet, de protéger le pouvoir presbytéral nais-

1. / Tint., I. 6^7; iv. 1 et suiv.; vi. 3; // 7Ym., ii, 14 et suiv.; m. 6-7; Tlte, r..9-ll.

sant contre les insinuations malveillantes de ses adversaires. S'il y a des griefs à faire valoir contre les presbytres, il faut s'en expliquer publiquement. Rien de plus fâcheux que les intrigues ourdies en sourdine contre les conducteurs de la communauté, les calomnies secrètes contre ceux qui doivent jouir de l'estime de tous. Quand les intéressés les connaissent il est parfois déjà trop tard pour les réfuter. La forme solennelle donnée par le rédacteur à cette exhortation ouvre un jour bien instructif sur les agitations et les luttes intestines, au milieu desquelles se débattaient les communautés helléniques, et sur les difficultés que rencontrait l'établissement d'un gouvernement ecclésiastique régulier.

Les honneurs et les avantages du presbytérat, d'une part, mais bien plus encore l'extrême gravité de la tâche que les Pastorales lui assignent, exigent que le recrutement soit entouré de toutes les garanties désirables. Si l'auteur de la Didachê est surtout préoccupé d'écarter les exploiteurs, le rédacteur des Pastorales, traitant la question au point de vue positif, insiste plutôt sur les qualités qu'il faut exiger des conducteurs de la communauté. « Ne confère à personne l'imposition des mains d'une façon précipitée, » est-il dit immédiatement après les recommandations que nous venons d'analyser. Il n'est pas douteux qu'il s'agisse ici de l'imposition des mains pour l'introduction d'un membre nouveau dans le corps presbytéral, et non de l'admission de simples néophytes ou de la réadmission de pénitents dans la communion de l'Église, comme on l'a prétendu \ Cela ressort

1. ITim.,v. 22: XsTfTaç xayiiaç fjiiriSev? sTzizîQei, ix'i]Bï xoivwvei. àj^apTiatç àXXoTpîatç- o-eauTov àyvov xr^pei. Cfr. H. von Soden dans le Handcommeiitar aum N. T., III, p. 244. Pour les interprétations différentes voir Holtzmann, Pastoralbriefe, -p. 355. L'hypothèse d'après laquelle il s'agirait ici de la réadmission des lapsi, soutenue par F. Chr. Baur et RitschI, implique une déplorable confusion entre l'état des églises au début du second et au milieu du troisième siècle. Il s'agit bel et bien ici d'une consécration, mais il est évident qu'il ne faut pas y voir une

avec évidence du contexte. Après avoir parlé des égards qu'il faut avoir pour les presbytres et avoir demandé avec insistance à Timothée de se garder de toute prévention personnelle dans les affaires qui les concernent, le rédacteur passe tout naturellement à la recommandation connexe : « Ne leur impose pas les mains à la légère; fais bien attention avant d'installer quelqu'un en qualité de presbytre. » Et il complète sa pensée en ajoutant : « Ne trempe pas dans les péchés des autres; garde-toi pur^ ; » c'est-à-dire évite non seulement les préventions personnelles, mais garde-toi aussi de pactiser, par des décisions précipitées, avec les erreurs et les péchés que les autres cherchent à propager. Les divers partis qui se disputaient l'empire des âmes devaient, là comme partout, avoir à cœur d'accaparer le pouvoir, c'està-dire dans l'espèce d'obtenir la majorité au conseil presbytéral. Et là comme partout les rivalités de parti doublées des ambitions personnelles devaient engendrer des brigues de toute nature. L'imposition des mains, d'ailleurs, dans les

ordination, au sens sacramentel de l'Église ultérieure, sous peine de se rendre coupable d'une confusion encore plus grave. — M.Holtzmann prétend que les recommandations relatives au presbytérat s'arrêtent au V. 21, puisque l'auteur a déjà suffisamment parlé des qualités exigibles des conducteurs des églises. Mais ici il ne s'agit pas de leurs qualités; c'est à ceux qui les consacrent que la recommandation est adressée. Dans l'interprétation de M. H. le v. '22 est en l'air, sans lien avec ce qui précède ou ce qui suit. Tout se tient fort bien au contraire dans celle que nous avons adoptée.

1. Les mots : o-eauxàv aYvov xr^pst. semblent avoir provoqué la parenthèse du V. 23, qui ne peut être qu'une parenthèse explicative de à^vôç, soit du fait même du rédacteur primitif, soit plutôt comme interpolation. La pureté n'implique pas l'ascétisme, notamment l'abstention complète du vin. La suite du raisonnement reprend au v. ^3 ; il faut d'autant plus veiller à ne pas faire cause commune avec les péchés des autres, que souvent ces péchés ne sont pas faciles à reconnaître. En agissant avec précipitation on risque de couder le sort des communautés à des hommes qui, sous le couvert de la saine doctrine, répandent de funestes enseignements. — Combien tout cela est justement observé !

documents que nous -étudions, est la forme régulière de consécration à un office religieux. Timothée, nous l'avons déjà vu, reçoit l'imposition des mains de Paul ou d'un conseil presbytéral en vue de la tâche qu'il doit accomplir; l'auteur des Aciei^ ne manque pas de mentionner une imposition des mains au début de toutes les missions' importantes dont il parle; dans le Discours de Milet c'est le Saint-Esprit qui a installé les presbytres d'Ëphèse en qualité d'épiscopes; or, la forme normale de la transmission de l'esprit saint dans les Actes n'est autre que l'imposition des mainsV Enfin dans VÉpître à Tite (i. 5), celui-ci est positivement invité à instituer -des presbytres dans les communautés naissantes de Crète, ce qui correspond exactement aux instructions adressées à Timothée dans le passage discuté.

On comprend qu''il faille de sérieuses investigations avant de procéder au choix (Jes presbytres, quand on voit toutes les qualités que l'auteur leur demande. A deux reprises, dans VÉpître à Tite (i. 5-9) et dans la première Épître à Timothée (m. ,1-7), il en donne une énumération détaillée. « Voici pourquoi je t'ai laissé en Crète, est-il dit à Tite ; » c'est pour que tu achèves ce qui manque (à l'œuvre) et que » tu établisses dans chaque ville des presbytres, comme je » te l'ai prescrit (v. 5), selon qu'il y aura quelqu'un de répn- » tation irréprochable, mari d'une seule femme % dont les

1. / Tlm., IV. 14; // Tim., i. 6; Actes, vi. 6; ix. 17 ; xiii. 3; xiv. 23; XX. 28. — Sur l'imposition des mains dans les Actes, voir p. 51-52.

2. Miôcç ■^\i^cLiY.hz avSpx, c'est-à-dire « ne s'êtant marié qu'une fois ». Cfr. / Tim., V. 9, où il est dit que pour être admise dans l'ordre des veuves la femme doit avoir été svoç àvSpoç -^uvq. Il ne peut s'agir ici de polyandrie; de même dans le premier passage il ne s'agit pas de polygamie. S'il est dit (v. 14) que les jeunes veuves doivent se marier, c'est en application du principe paulinien qu'il vaut mieux se marier que de brûler. L'auteur redoute les écarts de conduite chez les jeunes veuves. D'ailleurs le motjç^r^pa dans ce passage ne signifie pas veuve au sens moderne du mot (voir plus bas le paragraphe spécial que nous leur con-

» enfants soient des fidèles qui ne soient pas accusés de )) débauche et qui ne soient pas insubordonnés (v. 6). Car. » il faut que Févêque soit irréprochable, comme intendant )) de Dieu; qu'il ne soit ni arrogant, ni colère, ni adonné au » vin, ni brutal, ni avide de gains illicites (v. 7); mais hospi- » talier, ami du bien, sage, juste, religieux, maître de lui- )) même (v. 8), fidèlement attaché à la parole même de Ten- )) seignement, afin qu'il soit capable à la fois de fortifier ses » auditeurs dans la doctrine salutaire et de confondre les » contradicteurs » (v. 9). — Dans le fragment parallèle à Timothée il n'est plus question des presby très ; l'évêque seul est mentionné, mais la ressemblance des deux passages est si étroite qu'il est impossible de les séparer. « Si quel- » qu'un ambitionne l'épiscopat^ il désire faire une belle » œuvre (v. 1). Car il faut que l'évêque soit irrépréhensible,. )) mari d'une seule femme, maître de lui-même, sage, » décent, hospitalier, capable d'enseigner (v. 2), qu'il ne )) soit pas adonné au vin, ni brutal, mais équitable, détourné » des luttes^ désintéressé (v. 3), qu'il dirige bien sa propre » maison^ maintenant ses enfants dans la soumission avec » une parfaite dignité (v. 4). — Comment, en effet, celui » qui ne sait pas diriger sa propre maison prendrait-il soin » de l'église de Dieu ? (v. 5). — Il ne faut pas non plus qu'il » soit néophyte, de peur qu'il ne se monte la tête et ne » tombe sous la coupe du diable (v. 6), mais il faut que ceux )) du dehors rendent de lui un bon témoignage, afin qu'il

sacrons). Les Pastorales ne condamnent pas absolument les secondes noces; elles valent mieux que l'inconduite, mais elles dénotent un état moral inférieur à celui du fidèle qui ne se remarie pas. Voilà pourquoi les évêques presbytres, diacres, veuves ne doivent avoir été mariés qu'une fois. Plus taid, les Montanistes appliqueront à tous les chrétiens ce même principe. — Ces mêmes épîtres montrent clairement que si les chrétiens pauliniens réprouvent les secondes noces, ils exigent au contraire que leurs conducteurs ecclésiastiques soient mariés et élèvent leurs enfants.

» ne soit pas exposé aux outrages et qu'il ne tombe pas dans » les filets du diable » (v. 7).

Dans les deux textes les mêmes exigences sont exprimées en termes identiques ou synonymes: elles sont de nature morale, comme il fallait s'y attendre de la part d'un adversaire des gnostiques. L'auteur ne mentionne aucune condition d'âge, de rang, de fortune, de science, de situation sociale. Il veut à la tète des églises des hommes vertueux et capables d'enseigner la saine doctrine, prêchant d'exemple et de parole. Il faut noter l'importance toute spéciale qu'il attache à la dignité de la vie de famille chez les conducteurs des églises ; fort sagement il voit dans la bonne direction du foyer domestique la meilleure garantie d'une gestion fidèle des intérêts collectifs de la communauté. Cette hauteur de vue morale est d'autant plus digne d'attention, querénumération des vices contre lesquels il met expressément en garde ses lecteurs, trahit la composition très mélangée des communautés helléniques. On voit par la même occasion ce qu'il faut penser de la soi-disant institution apostolique du célibat des prêtres.

. Les Épiscopes.

Le gros problème soulevé par les deux textes que nous venons de transcrire est celui des rapports entre les presby très et les épiscopes. Dans VÉpttre à Tite, l'auteur justifie la sévérité qui doit présider au choix des presby très en énumérant les qualités qui doivent distinguer ré/)zsco/)e, et dans VÉpttre à Timothée l'épiscopat seul est mentionné, alors que les conditions formulées sont exactement les mêmes que celles

énoncées dans l'autre lettre à propos de l'installation des presbytres. Presbytérat, épiscopat semblent être pour le rédacteur des termes synonjnnes et ce n'est pas là une confusion qui lui appartienne en propre, puisque nous la retrouvons dans le Discours de Milet, où l'auteur des Actes, (cil. xx), après avoir raconté au v. 17 que Paul fit venir d'Éphèse à Milet les /)res6^^ré's de l'église, lui fait dire au V. 28: « Veillez sur vous-mêmes et sur tout le troupeau, dans lequel le Saint-Esprit vous aétablis comme ep/.scojoes. «N'estce pas la preuve que dans l'organisation ecclésiastique primitive les fonctions des presbytres et des épiscopes se confondent?

Telle est, en eiïet, l'opinion la plus généralement répandue parmi les historiens indépendants delà tradition catholique. Mais on ne saurait se dissimuler qu'elle est un pis aller plutôt qu'une solution scientifique. La coexistence des deux dénominations dans ces documents, qui sont bien de même famille, mais non du même auteur, dénote qu'elles étaient généralement employées dans les églises helléniques. Il serait étrange alors qu'elles fussent purement et simplement synonymes. Pourquoi deux noms s'il n'y a qu'une seule fonction? L'hypothèse d'après laquelle il y aurait ici combinaison d'antécédents juifs et grecs dans les communautés chrétiennes, héritières à la fois des synagogues et des associations religieuses grecques, ne donne pas d'explication satisfaisante. La qualification de « presbytres », en effet, ne semble justement pas avoir été usuelle dans les synagogues juives de la Dispersion. Elle ne figure pas dans un document d'origine syro-palestinienne comme ]nDidachê. D'autre part, le terme Irûay-oTioç ou son correspondant èiirtfxeXri'cr;? a dans les sociétés grecques un sens bien déterminé qui n'est pas synonyme du presbytérat palestinien \ Quelques années plus tard, quand l'organisation ecclésiastique est déjà plus nette-

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