‹ Les origines de l'épiscopat [microform]Chapitre 76 sur 163 · Voir plus haut, p. 108 et p. 152 et suiv · texte numérisé non relu

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ment dessinée, les deux noms désignent des fonctions bien distinctes. N'est-il pas vraisemblable que déjà dans les documents plus anciens leur emploi simultané n'est pas fortuit, mais qu'il a sa raison d'être dans une différence réelle d'attributions? C'est à ce point de vue qu'il convient d'étudier les textes:

Il faut observer tout d'abord que, dans la première Épttre à Timothée, l'épiscope est étroitement associé aux diacres, comme dans la suscription de VÉpître aux Philippiens et comme dans la Di.dachê\ mais, tandis que dans ces deux derniers documents le nom figure au pluriel, dans les Pastorales il ne paraît qu'au singulier. Chaque fois, il est vrai, la tournure de la phrase permet de supposer qu'il s'agit de la catégorie et non des individus: eV^nç ETriaxoir-^ç opsYexat, xaXoù

ioYou ETitGujjLeT' SeT ouv tov eTLiaxoTrov àwzTz'.XiyKio^i elvat, etC. (/ Tilll., III. 1-2), et "va... xaTaaTvÎCTïiç y,o.x% TroXtv TLpstrê'jxÉpouç, Cac, z^di ao'. StEia^àfx-riv, ef tiç saxtv à^i'^(y.l-rixo<;... SeT yàp tov ETrtazoTcov àvÉYxXTjTov

Eivat, etc. (Tite, i. 5-7). L'incidente d -ziç peut au besoin expliquer la transition du pluriel TipsaguTÉpouç au singulier ot-oxottov dans le dernier passage. On n'en garde pas moins l'impression que ce double emploi du singulier n'est pas l'effet du hasard. Pourquoi, en effet, le rédacteur de la première lettre auraitil parlé de l'épiscope, en tant que catégorie, alors qu'il parle des diacres, des veuves, des presbytres, c'est-à-dire de tous les autres ordres de fidèles, en tant qu'individus, au pluriel? Le seul passage où TTpsdêjTEpoç soit employé au singulier (v. 1) est justement celui où ce mot signifie « homme âgé » et non « presbytre » ! De plus , dans les deux passages le mot ETtîGxoTOc; est précédé de l'article. Si l'auteur avait voulu dire: « Installe des presbytres offrant telles et telles garanties, parce que leurs fonctions épiscopales l'exigent, » il aurait été plus exact de dire : «car il faut qu'un évêque soitirrépréhensible,)) etc., ou bien « que les évêques soient irrépréhen-

sibles«/etc. Il faudrait de bonnes raisons pour contester l'interprétation naturelle d'après laquelle l'auteur ne connaît qu'un épiscope par communauté.

La seule que l'on puisse faire valoir, c'est le pluriel èttktxôtioui; du Discours de Milet, où Paul, s'adressant aux presbytres

d'Éphèse, leur dit : i^poç^X^TS... Travxl TtJ) ■rrotp.vtqj £V (p U[jt.a<; to

TTveûfxa 10 ot'Y'ov I'ôsto ÏTZKyy.oTzo'jç {Actes, XX. 28). Il u'est pas probable, en effet, que l'auteur des Actes eût mis ce langage dans la bouche de l'apôtre, si l'église d'Éphèse, à l'époque où il écrit, n'avait eu qu'un seul épiscope. Aurait-il cédé à un scrupule d'historien ? Aurait-il eu le sentiment que, pour rendre acceptable l'origine vraiment paulinienne du discours librement composé par lui, il fallait mettre en scène une pluralité d'épiscopes, puisque du vivant de l'apôtre les fonctions épiscopales étaient réparties entre plusieurs membres? Ce n'est pas impossible; mais il n'y a aucun moyen de le prouver. Il faut se garder d'attribuer trop d'habiletés aux écrivains de la littérature chrétienne primitive; ni eux ni leurs lecteurs n'avaient le sens historique et critique des lecteurs modernes; le plus souvent les anachronismes ne les gênent pas. On peut encore supposer que le récit du témoin oculaire, dont le rédacteur des Actes s'est servi dans cette partie de son ouvrage, parlait de presbytres et d'épiscopes au pluriel et que ces termes ont été simplement incorporés tels quels dans le discours attribué à l'apôtre'. Mais ce ne sont là que des suppositions en l'air. Le témoignage des Actes, tel que nous le possédons, doit être considéré comme attestant la pluralité des épiscopes dans l'église d'Éphèse à l'époque de sa rédaction, c'est-à-dire après l'an 80.

En résulte-t-il nécessairement qu'il en soit de même dans les Pastorales ? Celles-ci sont postérieures SiWx Actes; le Dis-

1. Voir plus haut, p. 44 n. 1; p. 170 et suiv.; p. 269, n. 2. Le discours lui-même porte trop nettement le cachet personnel du rédacteur des Actes pour avoir le moindre droit à être considéré comme authentique.

cours de Milet est en quelque sorte le programme dont elles donnent le développement, il n'est pas invraisemblable de supposer que dans l'intervalle entre les deux écrits l'épiscope unique ait été substitué à la pluralité des épiscopes, soit à Éplièse même, soit dans d'autres églises de l'Asie hellénique. Il faut bien que cette transition se soit opérée à un moment quelconque. Elle est certainement postérieure aux Actes et à la première Épître de Pierre dont nous allons nous occuper bientôt; elle est non moins certainement antérieure aux Épîtres d'Ignace d'Antioche. Quelle que soit l'opinion que l'on professe au sujet de l'authenticité de ces épîtres, il faut bien admettre que l'épiscopat monarchique, tel qu'il apparaît en Orient à partir du premier quart du second siècle, a dû avoir pour antécédent la simple substitution de l'unité épiscopale à la pluralité. Cet épiscopat monarchique, en eft'et, suppose que l'épiscope unique dans chaque communauté existe déjà depuis un certain temps; une première étape consiste à passer de la pluralité à l'unité d'épiscope ; la seconde consiste dans la concentration des pouvoirs directeurs de la communauté entre les mains de cet évêque unique et nommé à vie. Ces changements ne se sont pas opérés tout d'un coup, en vertu d'un ordre parti de je ne sais quelle autorité supérieure collective, qui n'existait pas. Ils se sont faits peu â peu, non pas d'une manière uniforme, mais avec de grandes différences régionales et même locales. Il est possible que dans certaines communautés il y ait eu dès l'origine un épiscope unique''. Mais, â notre connaissance, les seules mentions d'épiscopes qui se trouvent dans les documents les plus anciens en comportent plusieurs par église. Le passage de la pluralité à l'unité semble donc avoir été un phénomène général qui s'est produit à,des moments différents dans les diverses communautés. Dans les églises helléniques d'Asie-Mineure il a dû s'opérer, en général,

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