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terrestre et la fraternité mystique ne s'étaient pénétrées au même degré que dans les communautés chrétiennes. Les diacres qui apportaient chaque jour aux malades, aux orphelins, aux délaissés de tout ordre, à la fois la parole d'espérance et une part des offrandes communes, exerçaient dans l'église les fonctions que les organes de la circulation remplissent dans un corps vivant : c'était par eux que les moindres cellules de l'organisme avaient part h la nutrition commune.
Voilà pourquoi le diaconat est une institution essentiellement chrétienne. On peut retrouver, soit dans les associations religieuses païennes, soit dans la synagogue, le même nom ou des fonctions analogues. L'analogie n'est que superficielle. Le cliakonos grec est un personnage chargé d'un service quelconque, variable à l'infini suivant les sociétés dont il s'agit; l'uTrïjpÉTTiç de la synagogue est un domestique, tout au plus un bedeau \ Ni l'un ni Tautre n'ont rien.de commun avec le diacre chrétien, tel que les exigences de la vie collective dans les églises helléniques l'ont constitué; leurs fonctions sont mécaniques; l'âme n'a aucune part à leur travail. Le diacre chrétien, au contraire, aide les épiscopes dans la répartition des biens sociaux et coudoie les presby très dans l'exercice de la cure d'âmes ; il est l'agent des premiers, l'assistant des seconds; il se trouve ainsi intimement mêlé au gouvernement effectif de la communauté, puisqu'il est en quelque sorte fonctionnaire au service de l'administration ecclésiastique, et, par ses incessantes relations avec les membres de l'église pris individuellement, il- est amené nécessairement à prendre une
1. Voir plus haut, p. 54 et suiv., ce qui concerne la prétendue institution du diaconat à Jérusalem, et p. 145 ce qui concerne les diacres dans les communautés pauliniennes. Vitringa, De Synagoga -oetere, 2" édition, p. 914 et suiv., les assimile aux uTfqpka'. ou W')Vr\- voir plus haut sur eux, p. 112. Cfr. E. Hatch, The Organisation of the earlg Christian churches., p. 50.
part active à la propagation des idées, il devient répartiteur de la vie spirituelle et se prépare de la sorte au presbytérat. Aussi le parti ecclésiastique, dont l'auteur des Pastorales est le porte-paroles, exige-t-il de très sérieuses garanties pour l'admission au diaconat. Dans la 7''^ Épître à Timothée (ni. 8-13) les qualités requises chez les diacres sont énumérées immédiatement après celles qui doivent distinguer les épiscopes : a II faut de même que les diacres soient )) respectables, qu'ils n'aient pas deux paroles, qu'ils ne » soient pas adonnés à beaucoup de vin, ni avides de gains )) illicites (v. 8) ; il faut qu'ils aient un sentiment pur du » mystère de la foi (v. 9). Qu'ils soient mis à l'épreuve » d'abord et qu'ils ne remplissent les fonctions de diacre que » s'ils sont irréprochables (v, 10). Que les diaconesses de » même soient respectables; qu'elles ne soient pas mau- )) vaises langues, (mais) maîtresses d'elles-mêmes, fidèles )) en toutes choses (v. 11). Que les diacres soient maris » d'une seule femme, qu'ils dirigent bien leurs enfants et » leurs propres maisons (v. 12). Car ceux qui s'acquittent » bien des fonctions du diaconat, acquièrent un beau rang » et leur foi en Jésus-Christ devient de plus en plus assurée » (v. 13). ))
Voilà bien des exigences et qui rappellent de fort près tout ce qui est demandé aux épiscopes. La seule qualité qui n'ait pas déjà figuré dans la caractéristique du parfait épiscope, c'est de ne pas être o-Xoyoc, « homme à double parole »; il importe, en effet, que les diacres qui sont continuellement les intermédiaires entre le conseil ou le gouvernement de la communauté et les membres individuels, soient des hommes de confiance, sur la parole desquels on puisse compter. Comme agents des épiscopes dans la réception et la répartition des offrandes, ils sont intimement mêlés à la gestion financière de l'église; comme intermédiaires entre les conducteurs de la communauté et les membres individuels dans beaucoup de circonstances, ils sont exposés à des
tentatives de corruption, et l'on sait combien les petites démocraties grecques étaient ombrageuses à cet égard ; il importe donc qu'ils ne soient pas intéressés, ni corruptibles. Par suite de leurs relations incessantes avec les fidèles ils sont (le merveilleux instruments de propagande pour les idées subversives; les patrons cle l'orthodoxie naissante ne manquent donc pas de réclamer qu'ils aient un sentiment très pur du mystère de la foi, quoiqu'ils ne soient pas chargés des fonctions de l'enseignement ou de la prédication ^ .
Vraisemblablement les fonctions du diaconat étaient en général exercées par des fidèles encore jeunes ; cependant le V. 12 prouve qu'elles n'étaient pas confiées à de tout jeunes gens, puisque le rédacteur demande qu'ils soient maris d'une seule femme et qu'ils dirigent bien leurs enfants. Il ne donne aucun renseignement sur le mode de leur recrutement, mais comme il insiste pour qu'ils soient mis à l'épreuve avant d'être installés, il est probable qu'ils étaient élus d'une façon quelconque. Si nos suppositions relatives au mode de nomination des épiscopes sont exactes, on peut admettre qu'ils étaient nommés d'une façon analogue, c'est-
1. C'est ainsi qu'il faut traduire le v. 9: è'^ovrai; to fjLUffxrjptov ty^c TAazeoiç £v y.aôapàt aDVEiov^ast. — M. Reuss traduit : « unissant la foi en la vérité révélée à une conscience pure. » Le terme auvciOYia-ti; n'est pas pris dans le sens de « conscience morale », qui détermine ce qui est bien ou ce qui est mal, mais dans le sens de « sentiment conscient », « notion de ce qui se passe en soi ». Il ne faut pas transporter dans ces textes nos conceptions psychologiques modernes où la conscience, en tant que siège de l'obligation moi'ale et organe de la loi morale , occupe une place inconnue des philosophes anciens. Cfr. Epître aux Rom., ix. 1 (la conscience de ce qui se passe en moi l'atteste); I Cor., viir, 7 (oruveioTiffi!; -uou slotoXou = le sentiment intime de l'idole, c'est-à-dire l'état d'esprit de ceux pour lesquels une idole est encore une réalité vivante); / Pierre, ii. 19 (cT'jvïiS-iQa'.i; S'soîj = sentiment intime de Dieu), III. 21 (<iuv£!oï;(Ttc àyaO/; = bon état d'âme, conscience d'être en état de pureté), etc.
à-dire qu'ils étaient choisis par le conseil des presbytres, et que ce clioix était soumis à la ratification du peuple chrétien. Étaient-ils élus à vie ou pour un temps déterminé? Nous n'en savons rien. Mais il semble résulter du v, 13 que, si l'on remplissait bien les fonctions de diacre^ on se créait des titres à des fonctions supérieures qui ne pouvaient être que celles de presbytre ou d'épiscope. On ne voit pas, en effet, comment il faudrait entendre autrement le beau rang (pa9(jLov, c.-à-d. degré, grade, rang) que s'assurent les xaXtôç oiay.ovr;(7avxeç, et ï'on conçoit aisément qu'aucune autre situation ne fût aussi propre à faire valoir les qualités morales ou administratives qui devaient distinguer les candidats au presbytérat ou à l'épiscopat. Ainsi, dès l'époque des Pastorales, on voit apparaître le futur noviciat ecclésiastique et l'avancement hiérarchique \ Ce qui plus tard sera une institution régulière n'est encore qu'une prudente recommandation inspirée par une expérience récente, à l'efïet d'écarter des fonctions ceux qui n'en seraient pas dignes et d'encourager ceux qui jugent le diaconat trop ingrat. Les institutions fondamentales de l'Église sont toutes sorties ainsi des réalités de la vie et non de quelque conception théorique.
A côté des diacres il y a des diaconesses. Il n'est pas douteux, en eflet, que les ^uvoixaç du v. 11 soient des diaconesses et non les femmes des diacres. Les qualités que le rédacteur réclame en elles n'ont aucun rapport avec le rôle d'une femme à l'égard de son mari, mais visent leur activité au sein de la communauté. Pourquoi aurait-il éprouvé le besoin d'énumérer les vertus exigibles de la part des épouses de diacres, alors qu'il ne s'occupe pas de celles des épiscopes ou des presbylres ? Quand on veut à tout prix qu'il s'agisse ici des épouses des diacres, on est obligé d'admettre que ces femmes aidaient en quelque manière leurs maris dans l'exer-