‹ Les origines de l'épiscopat [microform]Chapitre 89 sur 163 · Cfr. mon mémoire sur le Rôle des veuves, p · texte numérisé non relu

Cfr. mon mémoire sur le Rôle des veuves, p

2. Voir, sur l'interprétation de ce v. 14, Holtzmann, Pastoralbriefe, p. 242 et suiv. Il faut évidemment compléter le vôWTÉpaç du v. 14 par yjipoi.!; sous entendu: après avoir dit que les « jeunes veuves » ne devront pas être inscrites au rôle (v. 11), l'auteur veut qu'elles se marient. M. Holtzmann a raison sur ce point contre Baur qui traduisait au v. 11: « Refuse d'agréer les jeunes (femmes) en qualité de veuves, )'et au v. 14: « Je veux que les jeunes.(femmes) se marient, » mais il donne au mot yjqpa. un sens trop étroit et prend trop facilement son parti de la contradiction inadmissible qu'il prête à l'auteur. Au fond Baur avait raison d'admettre l'existence de x,^P^' vierges.

sible qu'il eût pnrlô de la sorte,, s'il avait entendu par les jeunes yf.p7.>. o des jeunes femmes ayant déjà été mariées une fois, mais ayant perdu leur mari ». Non seulement il est trop mal disposé à l'égard des secondes noces pour les conseiller à qui que ce soit, mais encore il eût ainsi définitivement fermé la porte de l'assistance ecclésiastique aux plus malheureuses d'entre les veuves, à celles qui, suivant son propre conseil, se seraient remariées et seraient devenues deux fois veuves.

Les /;^pa; vsout donc les femmes privées de tout soutien naturel et peuvent comprendre aussi bien des vierges, demeurées seules au monde, des vieilles filles, que des femmes ayant perdu leur premier mariV D'autres textes de

1 . On doit rapproclier de cette interprétation le célèbre passage / Cor., VII. S: Àîvw os -uoïi; à^^'iixo::; •/.%. Taï; yr^O'xiQ, y.oc\hw a'j-roïç, èàv [j-siviocriv wç xàv'-ô, où l'on a voulu à tort corriger le texte sous prétexte de symétrie (efr. Henri Bois, Adcer-saria critica, De priove Paidi ad

Coriiithioë Epistola, Krlangen, 1887, qui sulDstitue à à'^'i^o'.:; Je mot inusité dans le Nouveau l'estament : yy,po'.ç]. On a beaucoup discuté si les a-p-iJ-oi désignaient les « célibataiïes », les « vierges », les « veufs » ou lelJe autre catégorie faisant pendant aux yrjpat. Il signifie tout simplement les non mariés masculins, les hommes qui vivent seuls, sans femme, de même que les y -^poci désignontles/«o/i//m/'fêes féminines, les feniDies qui vivent seules, privées de compagnon. Bien loin de constituer un argument contre notre interprétation des Pastorales, ce passage de l'apôtre Paul la confirme au contraire. Paul juge l'état de célibat supoiieurà l'état de mariage pour les hommes comme pour les femmes (vu. 1); celui-ci est une concession à la faiblesse humaine; il est recommandé à tous ceux, célibataires ou veufs et veuves, qui ne se sentent pas capables de continence, non pas tant à un point de vue ascétique, mais plutôt pour des raisons d'opportunisme religieux, à cause de la fin prochaine de l'économie piésente du monde et afin qu'ils puissent plus comjjlètement se consacier au Seigneur. La fidélité réciproque du mari

et de la femme est un ordie du Seigneur (v, 10); le conseil de ne pas se marier ou dii vivre dans le mariage à l'état de continence au moins tenipoi-aire, est une opinion personnelle de l'apôtre (vv, 5à 8 ; 25 et suiv.). Le point de vue dos /^/ts/o/v-'/^'i; n'est [dus le même. Moins dominé par la perspective de la fin prochaine du monde, le rédacteur accorde une

la littérature chrétienne primitive confirment cette interprétation, notamment la salutation très explicite de VÉpttre d'Ignace aux Smy miens: « Je salue les maisons de mes » frères, avec les femmes et les enfants et les vierges qui » sont dites veuves (-/.aî tàç luapSivouç Tàç XsyoïJiîvai; /r^paç)'.)) Ainsi comjDrise, la pensée de l'antique législatem- paulinien est

grande valeur morale au mariage et à l'éducation des enfants ; il les met au-dessus du célibat; mais il repousse beaucoup plus nettement les secondes noces comme n'ayant plus de raison d'être morale. — L'état du texte au v. 34 est trop défectueux pour qu'on puisse en tirer une conclusion quelconque.

1. Ch. xiii. — Lightfoot, dans son admirable édition des Êpitres d'Içjnaœ (Apostolic Fat/wrs, II. S. Icjnatius. S. Polr/carp, 2' édition, t. II, p. 322 à 324), ne pouvant se résigner à admettre qu'il y eût parmi les veuves ecclésiastiques des femmes qui n'avaient jamais été mariées, explique ainsi cette curieuse salutation: « Je salue ces femmes qui, tout » en étant veuves de nom et de condition apparente, doivent néanmoins » être appelées vierges. » Il se fonde sur un passage des Stromates de Clément d'Alexandrie (vu.. 12) où la veuve continente est dite : otà crwcppoCT'JVTjç a56tç ■TîxpOÉvoç, et cite à ce propos le mot de Renan {Les Apôtres, p. 124): « la veuve redevint presque l'égale de la vierge. » On avouera que cette traduction est tirée par les cheveux. En réalité la salutation énoncée par Ignace et la notice de la I' Épitre à Timothèe se confirment réciproquement et il vaut mieux les interpréter l'une par l'autre que de chercher dans des textes notablement postérieurs des métaphores qui ne prouvent rien. Ignace, d'ailleurs, parle des « vierges qui sont dites veuves » et non « des veuves qui sont dites vierges ». Quant au passage où TertuUien s'indigne de cette monstruosité qu'une vierge de vingt ans ait été admise parmi les veuves {De Vcrg. velandis, 9), il prouve tout simplement que les instructions de la I" Epitre à Timoihée avaient prévalu dans l'Église et que l'admission d'une jeune vierge parmi les veuves paraissait monstrueuse aux chrétiens rigoristes du 111° siècle; mais il témoigne en même temps que dépareilles admissions se pratiquaient encore. Il ne serait jamais venu à l'esprit de personne d'inscrire une vierge au nombre des veuves, si la catégorie des veuves n'avait pas compris d'autres personnes que des femmes ayant ' été mariées, pas plus que Ton ne songerait à hospitaliser un enfant orphelin dans un asile de vieillards. — Cfr. mon mémoire déjà cité, p. 247 et suiv.

parfaitement claire et se tient dans toutes ses parties avec la logique et selon l'esprit positif qui caractérise son oeuvre : les femmes isolées ne doivent être admises à assistance dans l'église que si elles n'ont absolument pas de famille ou d'amis qui puissent subvenir à leurs besoins, et si elles sont d'un âge qui ne leur permet j)lus d'y pourvoir par elles-mêmes, c'est-à-dire si elles sont vraiment privées dé tout soutien ; celles qui, ayant été mariées, ont des enfants, doivent être entretenues par eux; celles qui sont jeunes doivent se marier, parce que cela vaut mieux pour elles à tous égards. Le rédacteur des Pastorales, en elîet, — il ne faut pas se lasser de le répéter, — estime très haut la sainteté du mariage et de la vie de famille; c'est justement par respect pour le caractère sacré du mariage qu'il considère les secondes noces comme inférieures, et inspirées par les seules exigences de la chair. Les « veuves », au sens que nous venons de déterminer, forment une catégorie à part dans la communauté. Dès l'origine, la solidarité intense des premiers groupements ecclésiastiques s'est exercée en premier lieu à l'égard des plus malheureux, des plus abandonnés, les orphelins et les femmes isolées, veuves ou vieilles filles, envers tous ceux qui étaient seuls au monde et dont personne ne s'occupait. Quand l'auteur des Actes raconte l'institution de ceux que l'on a appelés à tort les premiers diacres de l'église mère de Jérusalem, il rapporte que les hellénistes se plaignaient de ce que leurs veuves fussent négligées dans la distribution quotidienne des secours. Le récit en lui-même a besoin d'être soumis à une sévère critique; mais il atteste que pour un écrivain à peu près contemporain de l'auteur des Pastorales l'assistance quotidienne des veuves était l'une des obligations essentielles des églises. Les Epîtres d'Ignace, celle de Polycarpe, plus tard encore le Pasteur d'Hermas et Justin Martyr confirment cette donnée \ La sollicitude en faveur des

1. Ignace, Epist. ad Snujrnaeos, 6. — Ad Polt/c, 4. — Polycarpe,

malheureuses qui n'avaient personne à aimer et plus rien à espérer sur cette terre, est universelle clans l'antique littérature chrétienne et, plus que beaucoup de savantes spéculations théologiques, elle a contribué à gagner les âmes à la cause de l'Évangile.

La saine compréhension des instructions relatives aux /^^pa; jette un jour précieux sur les institutions et les dispositions des communautés helléniques. Les veuves, assuré- ' ment, sont des assistées; elles sont inscrites sur un registre (v. 9); mais cette assistance ne ressemble en rien à celle de nos administrations de bienfaisance. Le premier mot du rédacteur des Pastorales , en ce qui les concerne, est : « Honore les veuves (v. 3). » Et ce n'est pas là une parole isolée. Poly carpe, dans ^^ Lettre aux Philippiens, dit qu'elles sont l'autel de Dieu (.^'jCTiacr-ur-p'.ov â'cou); la plupart des auteurs chrétiens du second et même du troisième siècle tiennent un langage analogue \ Cette déférence réclamée en faveur des veuves a tant frappé certains historiens qu'ils ont cru devoir leur assigner une place parmi les dignitaires des communautés ; les uns les ont identifiées avec les diaconesses, les autres y ont vu en quelque sorte la contre-partie féminine de ce que les presbytres étaient pour les hommes. Les deux interprétations sont également inexactes, On a pu, dans la suite des temps, recruter les diaconesses dans l'ordre des

Ad PhiL, 6. — Pasieur, Mand.^ 8; SùniL, i. 8; v. 3. •- Justin, ApoL, I. 67. — Cfr. mon mémoire, p. 238-2.39. A la p. 241 et suiv. on verra aussi comment la sollicitude àa christianisme primitif pour les veuves dérive directement du judaïsme.

1. Polycarpe, ch. iv, avec le commentaire de Lightfoot (O. c, t. III, p. 329). — Cfr. mon mémoire sur le Rôle des ocuocs, p. 240-241, avec les passages cités là: i^omé/ï^s Clémentines, Ul. li; Pasieiw. Vis. u, fln; Tertullien, -De Prœscr. hœvet., 3; De Monog., 11; De Virg. ael., 9 à la fin; Ad uxorem, i. 7. Dans les Const. Apost., II. 26, et IV. 3, la même expression, STuo-tao-cr^ptov, est appliquée aux assistés en général; le • mot est devenu ici une figure de rhétorique. Il n'y a aucune raison d'en soupçonner l'authenticité dans la Lettre de Polycarpe.

veuves, comme le prescrit la constitution apostolique citée plus haut (p. 338); même alors les deux institutions sont encore considérées comme distinctes, puisque les diaconesses sont prises parmi les veuves, mais que l'admission dans Tordre des veuves n'équivaut nullement à l'admission dans le diaconat féminin. A l'époque des Pastorales, cette distinction est parfaitement claire. L'auteur de ces épitres traite à part ce qui concerne les diaconesses (cil. m., v. 11) et ce qui concerne les veuves (cli. v, v. 3 et suiv.) : dans un écrit parfaitement ordonné comme sa première Lettre à Timothée, on ne saurait voir là un effet du hasard. Comment concilier, en outre, les conditions d'entrée dans l'ordre des veuves, telles qu'il les prescrit, avec les exigences du diaconat? Sontce des femmes de soixante ans qui pourront y satisfaire? On reconnaîtrait plus volontiers des fonctions convenables pour les diaconesses, dans les divers genres d'activité qui peuvent plus tard mériter à une femme l'honneur d'être inscrite parmi les veuves : avoir exercé l'hospitalité, avoir lavé les pieds des saints, avoir secouru les éprouvés, s'être consacrée â toute sorte de bonnes œuvres (v. 10). La véritable veuve, au contraire, ne vit plus que pour Dieu ; elle passe ses jours et ses nuits en prières (v. 5). Il serait abusif d'en conclure qu'il fallait avoir passé par le diaconat pour être admise au rang de a veuve d; l'auteur, si précis dans l'énumération des conditions exigibles de la part des candidates à l'ordre des veuves, ne dit pas un mot de celle-là. Enfin, et surtout, quand on veut identifier les neuves et les diaconesses, on oublie complètement que les premières sont, dans toute la force du terme, des assistées, et qu'il y a incompatibilité entre cette situation et celle d'une fonctionnaire de l'association. Les veuves sont presque toujours associées aux orphelins dans l'énumération des catégories que l'on doit honorer. S'il faut conclure de là qu'elles étaient des dignitaires ecclésiastiques, il faudrait en dire autant des orphelins. Cette même objection empêche de se rallier à la seconde

hypothèse, plus admissible à première vue, d'après laquelle les 7,-^pai auraient été en quelque sorte le pendant féminin des -psaSu-Epoi masculins. Il y a quelque chose de séduisant, assurément, dans la distribution symétrique que l'on établit ainsi parmi les membres des anciennes communautés helléniques; de même qu'à la classe des vetoxspo'. correspondent dans la composition du gouvernement de l'association les oiâ-z.'jvot masculins, à celle des vEiÔTspai les diaconesses, à celle des honim(\s âgés ou -pEsêkat le conseil des pasteurs sj)irituels ou TcpEagj-uepot, de même à la classe des femmes âgées ou TLpsCTê'^-ûtos; correspondrait l'ordre des /-^pat^. Comme il arrive souvent aux constructions historiques a trop jolies », celle-ci est un peu fantaisiste. Nous avons déjà vu ce qu'il fallait

1. L''expression la plus complète de cette thèse se trouve dans l'ouvrage déjà cité de M. HoUzmsLnn (PuotoralbricJ'c, p. 241-242) : « Wie wiraber » bereitsbeziiglichdei- Ausdiâicke Trpsaê'JTcpot, vewxspot und vetô-îoa; ein » bezeichnendes Schwankenzwischen dem Begrifîder natûrlichen Alters- » verhâltnisse und demjenigen der ihnen naturgemàss cor-respondirenden » Stellungen innerhalb des Gemeindeorganismus wahrnahmen, so ei- » scheinen auch die l'iL, ii. 3 genannten Tzpzd^-jz'.ozç I Tint., v. 2 untei* » dem Namen TtpsaSjxepa!. und wenn gleich darauf specieli von yripui » gesprochen wird, sowei'den sich dièse zweifelsohne zu den irpeaSûtôpa'. » àhnlich verlialten, wiediezur Vei'waltung dei' Gemeindeangelegenhei- » ten bestellten Trpsffêjxepo'. zu den Mànnern vorgeiûckten Alters ùber- » haupt. Wie die Tipiaê-j-uepot die naturgemàssen Obéra der jiingeien » Gemeindeglieder, so scheinen auch TifAis,u. 4, die Tzpsa&'ji'.ozç mit der » Leitung des weiblichen ïheils der Gemeinde betraut. Weilaber nicht » aile zufâllig verwittweten Frauen zur Aufnahme in den kirchlichen » Stand dieser « Ehrenwittwen » sich eigneten, wird durch den Ausdruck )) Y] ovTwc yjiP^^ cli<3 Wittwe par excellence, d. h. die verwittwete l'>au, M welchein Befolgung des Ra thés, / Kor., vu. 8, 34, 40, unverehelicht » geblieben ist, um sich ganz den religiôsen Interessen widmen zu konnen » innerhalb des weiteren Kreises der in naturlichem Sinne des Wortes " Vei-wittweten unterschieden und ausgezeichnet. Nicht aile wirkliche » Wittwen waren Standeswittwen, aber aile angehôrigen des kirehli- » chen Wittvs'enstandes waren auch nattirliche Wittwen. »

Toute cette théorie est bien précise pour être fondée sur des données qui sont à tel point « im Schwanken begrilïen ».

penser de cette prétendue division de la communauté en collèges de jeunes gens et d'hommes âgés, et de la double catégorie de presbytres, les uns membres du gouvernement, les autres formant le collège des hommes âgés\ La valeur symétrique de la combinaison, qui en faisait le principal attrait, n'existe donc plus et l'on cherche vainement alors une raison quelconque pour assimiler les « veuves » à un conseil de T.pea&jizpxi, dont il n'y a aucune trace dans toute la littérature chrétienne primitive. On voit très bien, par contre, tout ce qu'il y a d'invraisemblable à prendre un groupe de vieilles femmes assistées pour un des rouages constitutifs du gouvernement des communautés helléniques*.

Mais autre chose est de remplir une fonction oflicielle dans l'église, d'être revêtue d'une dignité à laquelle il a fallu être promue, autre chose de constituer une catégorie spéciale au sein de la communauté et de rendre certains services, en vertu d'une obligation toute morale, pour justifier les faveurs dont on est l'objet de la part de la communauté. Les veuves sont des assistées^ sans doute, mais elles doivent néanmoins être honorées d'une façon toute particulière, parce qu^elles sont par excellence les protégées du Seigneur, celles en qui sa grâce se manifeste. L'Éternel n'est-il pas, dès les temps reculés de TAncienne Alliance, le protecteur des veuves et des orphelins? En les entourant de toute leur sollicitude, les fidèles se font les collaborateurs de Dieu et témoignent qu'ils sont véritablement les ministres et les disciples du Christ. Bien loin que l'assistance publique à laquelle elles recourent

Page 1