Lxxcien, De Morte Peregr., yin
LES ÉGLISES A LA PiN DU PREMIER SIECLE 351
Poly carpe, c'est-à-dire dans les documents qui nous font connaître l'état des églises helléniques d'Asie au commencement du second siècle, avec celle qui est assignée à ces mêmes veuves d'après les témoignages plus tardifs émanant d'autres régions, on est porté à croire que leur rôle atteignit son apogée dans les communautés dont nous nous occupons actuellement. Plus t^ird, tout en continuant à être honorées, elles furent davantage reléguées au second plan, à mesure que la séparation entre le clergé et les laïques devint plus tranchée. Comme elles ne faisaient pas partie du clergé, elles ne participèrent point à Textension de pouvoir et de dignité que le développement du sacerdotalisme assura aux magistrats ecclésiastiques. Elles restèrent des assistées, l'honneur et la gloire de l'église, mais dénuées d'autorité et réduites à un rôle passif, à moins qu'elles ne fussent appelées à devenir diaconesses.
11 convient d'observer en outre que les Épîtres pastorales où les « veuves » tiennent une si grande place, ne connaissent pas encore l'ordre des « vierges ». Celui-ci est d'une génération au moins postérieur et procède d'un esprit bien différent de celui qui inspire ces lettres. L'auteur de la P^ à Timothée veut que les jeunes filles se marient et qu'elles élèvent des enfants ; il est rigoriste; il n'est pas ascète. 11 laisse aux gnostiques de supprimer la vie de famille par mépris de la chair. Les femmes non mariées, lorsqu'elles sont isolées, privées de soutien, incapables de subvenir par ellesTmêmes à leurs besoins, les vieilles filles, trouveront un refuge dans l'ordre des veuves ; mais il ne veut pas de jeunes « veuves », et repousse les femmes qui renoncent au mariage parce que le célibat leur paraît plus sîiint. Bientôt l'ascétisme en matière de mariage, dont les premiers éléments se trouvent déjà dans les épîtres pauliniennes authentiques, prendra son essor dans l'Eglise catholique naissante; l'ordre des vierges fera son apparition, et il est permis de supposer qu'il n'a pas tardé à faire du tort au prestige des « veuves ».
Celles-ci, à tout prendre, n'avaient en général pas grand mérite à vivre dans la continence, à renoncer à des amours terrestres qui ne les sollicitaient guère, pour se consacrer entièrement à Christ. Combien supérieures, aux yeux d'une société éblouie par l'ascétisme, étaient ces jeunes vierges qui résistaient aux séductions de la chair et du monde, vivant uniquement pour Dieu et ne retirant d'ailleurs aucun avantage matériel de leur renoncement, puisque la communauté ne leur accordait que son estime, sans aucun subside ! En dehors même de toute assistance, l'honneur d'être les « pures par excellence )) suffit à en assurer le recrutement et, malgré les plaintes des auteurs postérieurs qui justifient les sages appréhensions de l'auteur des Pastorales , malgré que beaucoup de paille fût mêlée à ce que l'on prenait pour de l'or, l'absence de vœux perpétuels empêcha la recherche de ce faux idéal d'avoir toutes les conséquences funestes qui se produisirent plus tard dans l'Église devenue monastique.
Au terme de cette longue étude sur l'état des églises helléniques d'après les Pastorales, les lecteurs familiarisés avec les travaux de la critique historique moderne ne manqueront pas de nous faire observer que le développement ecclésiastique des communautés dont nous venons de nous occuper, est déjà bien avancé pour des congrégations aussi jeunes. Ces églises où le presbytérat est déjà un corps fermé, tâchant d'accaparer le service de l'enseignement et de la prédication au détriment des prophètes, des docteurs libres, des inspirés de tout charisme ; ces églises où figure déjà une garde du corps de l'orthodoxie, où l'épiscopat monarchique se substitue déjà à la phiralité des épiscopes, où il y a une organisation déjà quelque peu compliquée, des diacres, desdia-
conesseS; des registres pour inscrire les femmes dénuées de parents et de ressources, ne sont pas^ objectera-t-on, les pauvres petites communautés des origines chrétiennes. Un pareil développement ecclésiastique n'est admissible c[u'au milieu du second siècle !
Telle est, en effets l'opinion la plus accréditée parmi les historiens indépendants de la tradition, mais il nous est impossible d'en reconnaître le bien fondé. L'École de Tubingue, à qui revient le mérite d'avoir débrouillé l'histoire des origines du christianisme, a systématiquement retardé les termes de l'évolution religieuse et ecclésiastique dont elle a, la première, reconnu la véritable nature. x\insi le voulaient les prémisses philosophiques dont elle s'inspirait. Mais si, à cette évolution abstraite et s'opérant à peu près partout en même temps, on substitue une conception plus concrète et plus positive du travail immense qui se fit dans les petites sociétés chrétiennes pendant une centaine d'années après la mort de leur fondateur, on ne voit aucune raison de ne pas admettre que, dès les premières années du second siècle, les communautés de F Asie-Mineure hellénique aient atteint une phase de l'évolution ecclésiastique plus avancée que les autres, et l'on constate que le degré d'organisation auque! elles sont parvenues dans les Pastorales n'a rien d'anormal. Bien au contraire. Ces églises d'Éphèse, de Smyrne et autres cités de la même région, sont de beaucoup les plus importantes de l'époque; c'est dans ces villes cosmopolites, où se rencontrent les idées comme les marchandises de l'Empire oriental et de l'Occident, que les diverses tendances destinées à se fondre dans le catholicisme primitif s'agitent le plus vivement, que judaïsants, apocalyptiques, jiidéoalexandrins, gnostiques, ascètes et antinomiens, mystiques et réalistes se coudoient \ Quand Pline rapporte à Trajan que les chrétiens se multiplient diins la province de Bithynie,