LES DOCUMENTS. — ÉPITRE DE JUDE ET 11° ÉPITRE DE PIERRE
Dans le texte de Jude, au contraire, les impies semblent se mêler aux repas des chrétiens fidèles (dans vos agapes). Dans les deux cas ce qui est condamné, ce n’est pas la pratique même des agapes, ce sont les excès auxquels elles donnent lieu de Ja part des impies.
Mais il convient aussi d'observer qu'il n’y a pas la moindre allusion au caractère eucharistique de ces agapes, en sorte que l’on peut se demander s’il s’agit bien ici de repas cultuels réguliers de la communauté. L’agape, en effet, peut ne faire qu'un avec l’eucharistie de la communauté, mais elle peut aussi en être distincte. Il est certain que des repas fraternels religieux ont subsisté dans la chrétienté, même après que l’eucharistie proprement dite fut déjà devenue un élément rituel régulier du culte dominical. Jusque vers la fin du n° siècle l'unité catholique n’est pas encore constituée; il y a, surtout dans les grandes villes, un foisonnement considérable d’églises ou de groupes de chrétiens avec une grande variété de doctrines et de pratiques. En dénonçant les agapes organisées par les impies eux-mêmes, l’auteur de If Pierre ne peut viser que des bunquets religieux de certains groupes de chrétiens, dangereux par la séduction qu'ils exercent sur les âmes faibles de la communauté. Dans l'Epitre de Jude le texte peut s'appliquer aussi bien à des agapes privées, organisées par des groupes de chrétiens fidèles qu’à des repas réguliers de la communauté catholique naissante. L’analogie du texte correspondant de 77 Pierre est favorable à la première hypothèse, mais elle ne l’impose pas. A lui seul toutefois ce texte de Jude ne suffirait pas à étayer la thèse de la perpétuation des agapes eucharistiques ecclésiastiques jusque vers le milieu du second siècle. Or nous avons déjà constaté que Justin ne les mentionne nulle part. Il reste à voir si nous en trouverons d’autres attestations.