IGNACE D'ANTIOCHE
Le témoignage dlgnace d'Antioche est contemporain de celui de Pline et se rapporte aussi à l'Asie Mineure, spécialement à Antioche et à la province d'Asie^ Pour le reste il n'y a pas de contraste plus frappant que celui du courtisan et du lettré romain, souple, érudit, sceptique, et du prisonnier chrétien, enthousiaste, intransigeant, de culture bornée, mais tout frémissant de foi en ce que Pline appelait superstition immodérée.
Ignace, on le sait, est avant tout préoccupé de fortifier l'unité dans les jeunes communautés chrétiennes d'Asie Mineure, très agitées par des discussions doctrinales et disciplinaires, et dont la constitution encore mal assise était entravée par toutes sortes de divisions intestines. Cette unité, il veut l'assurer par le principe monarchique de la concentration de tous les fidèles autour de l'évêque local, de manière que chaque communauté ne fasse qu'un seul corps. Il est un des rares premiers écrivains chrétiens qui trahisse nettement l'influence delà théologie paulinienne ; il a hérité de la conception mystique de l'apôtre, pour lequel l'Église est le corps du
1) Je considère comme authentiques les sept épîtres connues d'Eusèbe et j'en place la rédaction vers l'an 115. Voir à ce sujet : Revue, t. XXII (1890).
LES DOCUMENTS. — IGNACE n'ANTlOCtlt; 33
Christ. Enfin il use d'un langage hyperbolique et imagé à l'excès ; pour apprécier la valeur de son témoignage il faut tenir compte sans cesse des particularités de son génie littéraire.
L'idée qui lui tient à cœur est exprimée très nettement au chapitre 8 de VEpitre aux Smyrnienti.
« Suivez tous l'évêque, comme Jésus-Christ suit le Père, et le conseil des presbytres comme s'ils étaient les apôtres. Respectez Jes diacres comme un commandement de Dieu. Que personne ne fasse en dehors de l'évêque rien de ce qui relève de la communauté. L'eucharistie qui doit être considérée comme bonne, c'est celle qui est présidée par l'évêque ou par celui à qui il en a confié le soin. Que là où paraît l'évêque, la foule y soit aussi, de même que partout où est le Christ Jésus, là aussi est l'église universelle. Il n'est permis ni de baptiser, ni de faire agape en dehors de l'évêque, mais ce que celui-ci aura jugé bon, voilà ce qui est aussi agréable à Dieu ; ainsi tout ce que vous faites sera fait sûrement et solidement. »
Ce passage atteste d'abord que dans les éghses d'Asie, au
début du II' siècle, l'eucharistie est encore célébrée aussi
bien sans le concours de l'évêque qu'avec sa participation.
Ignace n'aurait pas eu besoin d'insister d'une façon aussi
pressante et aussi répétée sur la nécessité impérieuse de ne
pas faire de cérémonies religieuses en dehors de l'évêque, si
pareil usage n'avait encore été très répandu dans ces églises'.
Les chrétiens à l'esprit ecclésiastique réagissent contre ces
habitudes; une distinction tend à s' établir entre les eucharisties
privées et l'eucharistie ecclésiastique ou officielle, si l'on ose
déjà employer cette expression. A mesure que l'organisation
ecclésiastique se fixera et se consolidera, à mesure aussi
l'eucharistie célébrée par la communauté tout entière, sous
1) Il y revient sans cesse dans ses épîtres. Voir notamment : Ép. aux Magnésiens, 7 : « Vous non plus ne faites rien sans l'évêque et les presbytres (v. 1)... accourez tous comme à un seul temple, comme à un seul autel, uu seul Jésus-Christ (v. 2) >•>. — Èp. aux Tralliens, 7. 2 : « Celui qui est à l'intérieur de l'autel est pur, c'est-à-dire celui qui fait quelque chose en dehors de l'évêque et du conseil des presbytres et des diacres, celui-là n'a pas la conscience pure ». — Ép. aux Ephésiens, 5. 2 : « Que personne ne s'y trompe ; celui qui n'est pas à l'intérieur de l'autel, est privé du pain de Dieu ».
34 Riivuis DE l'histoire des religions
la présidence de ses dignitaii-es, s'affirmera comme la seule véritable ; les agapes eucharistiques partielles ne se maintiendront plus qu'à titre privé ou seront considérées comme schisnaaliques. Nous avons vu précédemment qu'elles sont ignorées ou mal vues par les écrivains du catholicisme naissant.
11 faut noter ensuite dans ce même chapitre l'expression : (( faire agape ». 11 n'est permis ni de baptiser ni de faire agape (ojxe [SaTr-'Zc'.v oj-s àyaTcr/; ^o'.sTv) en dehors de l'évêque. L'agape dont il est parlé ici ne peut être que l'agape eucharistique; « faire agape », cest la même chose que « faire eucharistie ». L'acte religieux associé au baptême dans cette expression, c'est assurément la cérémonie la plus importante avec le baptême-, c'est-à-dire l'eucharistie. On ne saurait objectera cette interprétation que l'auteur a déjà dit quelques lignes plus haut que la seule eucharistie valable, c'est celle qui est présidée par l'évoque ou par son délégué, Ignace n'en est pas à une répétition près, surtout lorsqu'il s'agit de l'idée maîtresse dont s'inspirent ses lettres. D'ailleurs, si c'est une répétition, ce n'est pas une tautologie : « faire agape » est synonyme de « l'aire eucharistie» ; mais l'expression a peut-être une acception plus large. Les repas religieux organisés par des groupes chrétiens en dehors de l'évêque couiporlent bien la célébration de l'eucharistie, mais comme aux yeux d'Ignace cette eucharistie n'est pas bonne, il met l'accent dans l'expression sur l'idée de « repas fraternel » (agape), tandis qu'il parle d' a eucharistie », lorsqu'il vise surtout la partie sacrée du repas^la consécration eucharistique des aliments. Le terme « agape » ne se rencontre chez lui que dans ce passage ' ; partout ailleurs il emploie l'expression « eucharistie ».
\) On n prétendu à tort, qu'il était aussi parlé de 1' « ai^nipe » dans les deux passages suivants: Ép. aux Smyriiiens, 6. 2: « Apprenez combien ceux qui ont des doctrines contraires à la grâce de Jésus-Christ qui est venue vers nous, sont hostiles au plan de Dieu; ils n'ont aucun souci de l'amour, ni de la veuve, ni de l'orphelin, etc. (Ttôp\ àyâTt-/); où jjiâÀet auTOÏ;, où Tiept /ïjpaç, où -KzpX opaâvou etc.), — et ch. 7. 1 : « Ceux donc qui contredisent le don de Dieu meurent au
LES DOGUMliNTS. — lONAv-i: d'antiochi!; 3S
Mais si l'agape et l'eucharistie se confondent encore dans les églises sur lesquelles nous renseigne Ignace, le repas proprement dit semble déjà réduit à une simple cérémonie religieuse, au moins dans les assemblées générales de la communauté. V eucharistie y eut si bien l'élément esseniiel de l'agape, qu'en elle se concentre le repas tout entier. J'ai déjà exposé plus haut, à propos de l'Épître de Pline à Trajan, les raisons d'ordre matériel qui rendaient cette simplification inévitable. Pour Ignace la célébration de Feucharislie comporte simplement la participation au pain et à la coupe. Qu'est-ce donc qui fait à ses yeux la valeur capitale de cet acte si simple?
Eip. aux E-phésiens, liO. 2 : Réunissez-vous individuellement tous ensemble en commun, selon la grâce et par le fait de votre nom [de
chrétiens], en une seule foi et en Jésus-Christ , pour obéir à l'évêque
et au conseil des presbytres inséparables d'esprit, et rompez un seul pain {hoc aptov zawvtcç), qui est* un médicament d'immortalité, un antidote de la mort, et qui fait vivre pour toujours en Jésus-Christ. »
Ep. aux Magnésiens, i. 2 : « Je glorifie" les églises et je prie pour que s'y fasse l'union de chair et d'esprit du Christ, qui nous fait vivre pour toujours^ l'union de foi et d'amour, préférable atout... »
milieu de leurs contestations ; illeur serait avantageux d'aimer (duvlcpôpôôè aÙTotç àyaTCàv), afin de ressusciter ». — Il est clair que dans ces deux passages àyaTcr, et àyauàv) doivent s'entendre au sens propre : « amour », «aimer » et non au sens figuré. Ignace reproche aux hétérodoxes leurs divisions, leur esprit querelleur, la négligence des devoirs d'assistance pratique au profit de controverses doctrinales, et il leur dit : « Vous feriez mieux d'avoir plus d'amour mutuel j;, en se servant pour cela du terme usuel dans le grec chrétien primitif.
1) M. Zahn, dans son édition des Epp, d'Ignace, lit oz ; M. Lighlfoot, dans sa magnifique édition, corrige en b, d'après la traduction latine et le texte de la longue recension, c.à-d. du remaniement postérieur des Epp. Le texte arménien est incertain. Le neutre signifierait que c'est l'action de rompre un seul pain qui procure l'immortalité; le masculin rapporte l'effet directement au pain. Chez un écrivain aussi incorrect qu'Ignace cette différence de forme n'a pas glande importance. Le pain, s'iln'élait pas rompu en commun, n'aurait pas sa valeur et, d'autre part, c'est bien l'absorption du pain qui communique au fidèle la vertu acquise dans la fraction en commun.
2) Je ne vois pas pourquoi M. Zahn remplace le terme aSio attesté par les mss. et les versions pour y substituer : îowv.
3) Littéralement : k le vivre de nous pour toujours »>, -coO ôià uavTo? -fituov (et non rj[j.àç) Ç/(V.
36 hevuk de l'histoire dls religions
Ep. aux Pli'dadelphiem, 4 : « Hâlez-vous d'user d'une eucliarislie unique ; car il n'y a qu'une seule chair de notre Seigneur Jésus-Christ et une seule coupe pour faire l'unité de son sang (;a'a yàp aap^ toJ x'jpîvU -/îiJ-wv IrpoX) Xp'.ff-coU 7.x\ Iv 7:;r/^ptov ûq svcoaiv xou a{[xxxzq aÙTOu) ; il n'y a qu'un seul autel, comme un seul évèque avec le conseil de pre?bytres et les diacres, mes compagnons de service. Ainsi vous agirez selon Dieu, »
Ep. aux Smyrniens, 7. 1 : « Ils (c.-à-d. les hétérodoxes) s'abstiennent d'eucharistie et de prière, parce qu'ils ne professent pas que l'eucharistie e-ît la chair de notre sauveur Jésus-Christ, qui a soufferl pour nos péchés et que le Père, dans sa bonté, a ressuscitée, i
Ces passages s'accordent à mellre en lumière la valeur essentielle de l'eucharistie pour Ignace : en elle s'affirme l'union de la communauté. Il faut avoir une seule foi et rompre un seul pain, étant tous réunis autour de l'évoque lequel ne fait lui même qu'un aveclespresbylres et les diacres sur la terre, avec le Christ et avec Dieu au ciel. Voilà pourquoi on ne doit pas continuer à faire des quantités d'eucharisties particulières, mais il ne doit y en avoir qu'une seule dans la communion avec l'évêquei. Le repas eucharistique est donc avant tout pour Ignace la manifestation de l'unité des chrétiens entre eux, dans la foi au Christ et à Dieu le Père.
Pour Ignace comme pour Justin le pain de l'eucharistie n'est pas une nourriture vulgaire. Il procure la vie en Jésus Christ, l'immortalité. On remarquera cependant que nulle part dans ces passages Ignace ne dit expressément que le pain soit la chair de Jésus-Christ et que la coupe contienne son sang. Il dit qu'il ne doit y avoir qu'une seule eucharistie, parce qu'il n'y a qu'une seule chair du Christ et que l'on doit boire à la même coupe pour faire l'unité [ûc, svoj^tv et non xaô' biôvcixct) du sang du Christ. Ailleurs c'est l'eucharistie ellemême qui est dite chair du Christ. Il n'y a encore aucune précision dans les termes. C'est ici surtout qu'il importe de ne pas oubher combien le langage d'Ignace est métapho-
1) Il importe de ne pas oublier que chaque communauté avait son évêque ou ses évêques. Il n'y avait pas de diocèse.
LES DO';uMKNTa. — IGNACE d'antiocfce 37
rique. 11 y en a des exemples frappants précisément, à propos des expressions qui nous occupent. Dans Y Epîtrs aux Boinains (7. 3) il s'écrie :
« Je ne prends pas plaisir à une nourriture périssable niaux jouissances de cette vie. Je veux du pain de Dieu, c'est-à-dire* de la chair de Jésus- Christ, qui est de la semence de David, et je veux comme boisson son sang, c'est-à-dire un amour incorruptible. »
Le pain de Dieu, c'est-à-dire le pain eucharistie, est la chair de Jésus-Christ au même titre que le sang est amour ; le parallélisme souligne la métaphore. Un peu plus haut, au ch. 4, V. \ l'écrivain exalté, possédé de la soif du martyre, s'est écrié : « Je sui? froment de Dieu et je suis mouki par les dents des bêles i'éroces, afin « que je sois trouvé pur grain du Christ ». Il est clair qu'Ignace ne prétend pas être réellement du froment, ni devenir réellement du pain. Dans VE [litre aux T?rdlie?is,ii, 1 il écrit ceci: Reconstituez-vous dans la foi, ce qui est la chair du Seigneur, et dans l'amour, ce qui est le sang de Jésus-Christ (àvr/.TÎaa^Oc krjxohq èv rJ.axt'., '6 sG-c'.v cipB, -o'j 7,up{cu, v.a\ iy àyaT:-/], o àcxtv aTjj.a [. X.). Ici encore le sang du Christ, c'est l'amour ; la chair du Christ, c'est la foi. Dans le passage de VEpitre a,ux Magiiésiens transcrit plus haut, l'union de chair et d'esprit (et non du sang) du Christ est assimilée à Tunion de foi et d'amour. Dans VEpître aux Philadelphiens, o, 1 Ignace écrit qu'il se « réfugie en l'évangile comme en la chair du Christ » (tcpossuywv xjT) ejayYcA»;) o)ç
aapy.'t 'r^crou).
Nous avons épuisé ainsi tous les passages oii il est question de chair ou de sang. A moins de les lire à travers le dogme eucharistique de rivalise catholique du Moyen Age, personne ne songera à interpréter ces expressions dans un sens réaliste. Toutefois il est non moins certain que pour Ignace le pain de l'eucharistie est chair du Christ. Ce qu'il reproche aux hétérodoxes, c'est-à-dire aux chrétiens d'Asie qui ne pensent pas comme lui, c'est de ne pas admettre qu'il
1) Nous lisons : «otov OîoO ()ï),w, îj (et non o:) ^-^jt'-''' rrâp^. I. X.
38 REVUE DE l'histoire DES RELTGIONS
en soit ainsi ; à ses yeux, dès lors, ils ne peuvent pas prendre part à une véritable eucharistie [Smyrniens^ 7. 1, cité plus haut). Il ne s'agit donc pas pour lui d'une simple métaphore de style. Il attache une grande importance à sa valeur religieuse : unité de foi, unité d'amour, unité organique de la communauté, une seule chair du Christ, un seul sang du Christ, tout cela se tient dans son esprit, sans lien dialectique, — car il n'est pas théologien — , dans la fulguration de l'image et sans aucun besoind'en préciser la substance comme il arrive si souvent aux croyants, dans la sereine assurance d'un mysticisme, pour lequel les visions idéales del'àme ont une valeurindépendante des réalités matérielles. On remarquera que nulle part il ne s'occuue du contenu de la coupe ; il parle, et encore très rarement, de xon^ptov (coupe), de 7c6|j.a (boisson). La nature de cette boisson ne l'intéresse pas. C'est l'acte de rompre en commun un même pain qui est l'essentiel. Pour le reste on a l'impression que sa pensée est encore tlotlante. L'équation du pain et du vin avec la chair et le sang du Christ lui vient de ses maîtres, de l'apôtre Paul. Il a hérité de l'idée mystique paulinienne sur l'Eglise qui est le corps du Christ et qui doit être une comme le corps du Christ est un. Il reflète aussi quelque peu la doctrine du IV^ Évangile sur la chair du Christ qui est un aliment de vie, quoiqu'iln'y ait aucune indication qu'il aitconnu cetévangile ; mais la doctrine d'une chair divine qui donne la vie n'a pas été inventée par le quatrième évangéliste. Il entraîne tout cela dans le torrent impétueux de sa passion ecclésiastique.
De tout ce qui précède il résulte que pour Ignace : le pain de V eucharistie est un aliment de vie immortelle^ la chair du Christ au sens mystique^ mais à condition que la communauté entière y participe dans l'union ecclésiastique. Mais il s'en faut que tous les chrétiens d'Asie Mineure partagent cette manière de voir. Il y en a qui se refusent à voir dans l'eucharistie la chair du Christ.
Après avoir noté ce qu'il y a dans ce témoignage d'Ignace, il
LKS DOCUMENTS. — IGNACK d'aNTIOCIIR 39
importe au moins autant de signaler ce que l'on n'y trouve pas :
1" Aucune allusion à Finstilution de l'eucharistie pur le Christ.. C'est là un fait très remarquable chez un auteur d'un caractère ecclésiastique aussi prononcé. Ce grand défenseur de l'unité chrétienne se manifestant dans l'eucharistie célébrée en accord avec l'évêque, ce pourfendeur d'hétérodoxes qui leur reproche de faire bande à part et de ne pas prendre part à l'eucharistie, ne songe pas une seule fois dans les sept lettres à invoquer l'institution de l'eucharistie par le Christ et l'ordre donné aux disciples de renouveler la Ccno en souvenir de leur maître. L'eucharistie n'est à aucun degré pou/lui une commémoration de la mort dir Christ. On se serait attendu à autre chose de la part d'un chréliv^n qui a subi l'influence de saint Paul.
2" Aucune trace de r assimilation de feiwliarislie à un siwrifirr. Cela paraît d'autant plus étonnant, qu^gnace, nous l'avons vu, assimile le lieu de réunion dos chrétiens à un temple, h un autel '. Cette comparaison aurait dû sui;'gérer naturellement le rapprochement des oblations chrétiennes et des sacrifices. Or, il ne,\\ est rien. A plus forte raison n'y at il aucune attribution d'un caractère expiatoire ou l'édempfeurà l'encharislie. El cependant Ignace enseigne que Jésus est mort pour ses disciples. Sans en chercher d'autres preuves il suffit de rappeler le passage, cité plus haut, de V E pitre aux Snij/r/iiens.^ 7. i : a la chair de notre sauveur Jésus-Christ, qui a soufï'ert pour nos péchés et que le Père, dans sa bonté, a ressuscitée ». Ce passage est d'autant plus topique qu'il est une détermination de la chair du Christ à propos de l'eucharistie. La doctrine de la mort expiatoire est i^appelée, mais elle n'est pas mise en relation avec l'acte eucharistique lui-même. Ignace est simplement préoccupé de rappeler la réalité de la chair, de la passion et de la résurrection de Jésus, à des adversaires qui étaient plus ou moins
1) Voir plus haut p. 33, noie.
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docètes et qui la niaient. La conception du repas eucharistique en tant que repas de communion des fidèles entre eux et avec le Christ vivant est encore tellement prépondérante dans la société chrétienne à laquelle appartient Ignace, qu'elle écarte toute autre interprétation.
CLÉMENT ROMAFiN
Clément Romain dans VEpître aux Corinthieiu * ne semble pas à première vue apporter de contingent à notre enquête. Il ne parle pas directement de l'eucharistie. Son témoignage cependant me paraît avoir une grande valeur, [l corrobore et complète delà façon la plus intéressante celui d'Ignace.
On sait que son épître écrite à I^ome dans les toutes dernières années du i^"" siècle a été provoquée par les désordres qui troublaient la communauté chrétienne de Corinthe. Les fidèles ont destitué les épiscopes, parce que ceux-ci prétendaient les astreindre à de certaines règles qui ne leur convenaient pas. Les chapitres 40 à 44 nous renseignent à ce sujet :
Dieu a ordonné d'accomplir toutes choses avec ordre et à des momenis déterminés (40. 1). Il a ordonné notamment que les oblalions et les services publics se fassent, non pas au hasard et en désordre, mais aux temps et aux heures fixés
(tâç Te 7:pc75cpàç vS'. Xe'.xc'jpyixç iTr'.teÀEÏaDa'., '/a; où'/, er/.'q r; âra/.rwç ïvAXeijijv/ Y^vôcôx'., cCkk (opi^i^ivo'.; -/.aipo'.; y-al wpa-.ç) (40. 2). Lui-même a décidé dans sa volonté souveraine où et par qui ces services seraient accomplis^ afin que tout se fasse saintement selon ses commandements (40. 3). Ceux donc qui l'ont leurs oblalions aux temps prescrits lui sont agréables et sont bienheu-
1) L'écrit appelé U'^ Épître de Clément aux Corinthiens n'ayant aucun droit à ce lilrt^, je désigne la T'^ Epîlre sous le nom d' « Épître aux Corinthiens .» tout 0011 ri.