‹ Les origines de l'eucharistie [microform]Chapitre 18 sur 35 · LÈS DOCUMENTS. LE IV" ÉVANGILE · texte numérisé non relu

LÈS DOCUMENTS. LE IV" ÉVANGILE

la valeur intime de celte communion à la chair et au sang du Christ ? S'ils avaient la foi, ils sauraient que ce qui donne la vie, c'est l'esprit, que la chair ne sert à rien, que les paroles du Christ sont loutes esprit et vie (vv. 63, 64).

Tout cela n'a aucun sens intelligible pour des paysans de Galilée. Tout cela devient clair à l'adresse des Juifs hellénistes qui acceptent les prémisses théologiques de l'évangéliste, mais auxquels répugne la doctrine de l'incarnation et que révolte l'assimilation chrétienne du pain de vie à la chair du Christ. Si le IV Évangile ne nous apporte aucun témoignage sur rinslitulion du repas eucharistique par Jésus, il renferme un témoignage de premier ordre sur la valeur accordée à l'eucharistie dans la petite élite des chrétiens mystiques d'Asie, qui ont fondu la tradition évangélique dans la théologie judéo-hellénique de leur temps et qui ont établi ainsi pour de longs siècles les fondements de la doctrine de l'Église grecque. Voici, en effet, ce qu'il nous apprend :

i" L'eucharistie est rattachée à un repas ^ où les disciples de Jésus ont mangé du pain et des poissons . — Pour l'évangéliste elle n'est pas encore un rite du culte. Les aliments de ce repas sont de la nourriture périssable (vv. 26 et 27). Us n'ont pas de valeur. La seule chose qu'il faille rechercher, c'est Je pain de vie que donne le Christ.

2° L'équation pain :=: chair, vin =. sang du Christ, dans f eucharistie, est déjà établie dans les groupes chrétiens d'Asie, mais elle nest pas admise par tous. — Cela concorde avec le témoignage contemporain d'Ignace. L'équation existe, mais le sens et la valeur en sont encore flottants. Le quatrième évangêliste nous apprend que même parmi les disciples du Christ il y en a qui protestent contre elle, et cela n'a rien que de bien naturel dans un milieu saturé d'idéalisme alexandrin et de docétisme. Il n'est pas nécessaire de supposer que cette assimilation du pain et du vin à la chair et au sang soit, dans le IV° Évangile, d'origine paulinienne ; car elle existe aussi dans la tradition synoptique, connue de l'évangéhste, et la valeur qu'il accorde au pain de vie est tout autre que

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celle que lui attribue l'apôtre Paul ; celui-ci — nous le verrons — fait du repas eucharistique une commémoration de la mort du Christ et l'expression de l'unité entre les chrétiens. Au contraire pour le quatrième évangéliste :

3° L' eucharistie n'a aucune relation avec la mort du Christ et n'a à aucun degré le caractère d'un sacrifice ou de commemoration dun sacrifice. — Non seulement il supprime toute mention de l'institution par Jésus la veille de sa mort pour rattacher son plaidoyer eucharistique à la multiplication des pains, mais il n'y a aucune allusion à la mort du Christ dans tout le discours. Cela concorde, d'ailleurs, avec sa conception de l'œuvre du Christ : celui-ci sauve les hommes, non par sa mort, mais par son incarnation. Le pain de vie, ce n'est pas la chair de la Passion, c'est la chair du Logos incarné et vivant.

4" Le pain et le vin de l eucharistie procurent la vie éternelle à ceux qui ont la foi en scellant leur union mystique avec le Christ vivant. — Nous retrouvons ici l'idée du pain de vie, de la nourriture qui donne la vie, — non pas la vie matérielle, mais la vie supérieure, — idée que nous avons déjà constatée chez Ignace et dans la Didaché, seulement ici elle est plus fouillée, comme il convient de la part d'un grand esprit. Tout le discours analysé plus haut est le développement de la pensée exprimée ici : Si Dieu ne vous a pas donné la foi, vous ne pouvez pas venir vers le Christ, reconnaître en Christ le pain de vie ni vous assimiler ce pain, de manière que Christ demeure en vous et vous en lui.

5° Le pain et le vin sont chair et sang du Christ en tant qu'instruments de la communication de la vie. — Le sens mystique du discours eucharistique s'impose à quiconque le lit sans parti-pris. Supposer que l'auteur ait prétendu faire dire à Jésus que, pour avoir part à la vie, il fallait absorber de la véritable chair matérielle et du véritable sang matériel du Christ, «et lui ait fait dire ensuite, comme conclusion : «'la chair ne sert à rien », c'est lui prêter gratuitement une absurdité etimputer à ce grand idéaliste une thèse matéria-

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