‹ Les origines de l'eucharistie [microform]Chapitre 19 sur 35 · LES DOCUMENTS. — LE 1V° ÉVANGILE · texte numérisé non relu

LES DOCUMENTS. — LE 1V° ÉVANGILE

liste contre laquelle toule sa pensée proteste. Mais nier qu'il ait entendu présenter le pain et le vin comme étant effectivement chair et sang du Christ, ce n'est pas moins faire violence au texte. C'est dans l'analogie fournie par la théologie de l'évangélisle qu'il faut chercher la vraie signification de ce qui est pour nous, lecteurs modernes, une contradiction, parce que nous vivons dans une atmosphère intellectuelle tout autre, mais ce qui esten réalité une application parfaitementlogiqueet normale de ses principes. LaLumièreetlaVie viennent, pour lui, toujours et partout de Dieu, qui est Esprit et Vie, par le Verbe, qui est le chemin, la vérité et la vie. Dans l'eucharistie également, c'est l'Esprit seul qui donne la vie et c'est parla foi seule qu'on peut, la saisir. Mais en Christ — c'est là la thèse centrale de l'Évangile, pour laquelle il a été écrit — en Christ le Verbe, qui est Lumière et Vie, s'est manifesté sous les espèces de la chair, afin de permettre aux hommes de saisir, sous cette forme plus accessible à leur faiblesse, la Lumière et la Vie ; de même les aliments de l'eucharistie, qui sont la nourriture demeurant en vie éternelle, sont la manifestation du Verbe sous les espèces du pain et du vin ; ils sont, après qu'il est remonté dans la sphère de l'esprit, sa chair et son sang, correspondant à la chair et au sang du corps dans lequel il s'est incarné. Le Verbe s'y incarne en quelque sorte à nouveau. Ils ne cessent pas pour cela d'être pain et vin, et cependant ils font office de chair et de sang. Durant l'incarnation ce n'était pas la chair dans laquelle le Verbe a vécu qui communiquait la Vie, c'était le Verbe lui-même, l'Esprit seul; de même dans l'incarnation eucharistique ce n'est pas le pain ou le vin qui donnent la vie, mais l'Esprit qui s'incarne en eux. Il y a là une grande et belle conception mystique, entièrement conforme aux idées fondamentales de l'évangéliste et qui deviendra la base de la doctrine eucharistique dans l'Église grecque.

Le quatrième évangéliste, sur ce point comme sur d'autres, est en avance sur son temps. Avec lui nous nous sentons, plus qu'avec aucun autre tém^in^ loin des premières origines,

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en plein idéalisme échappant au contact des réalités. Aussi : 6° Aucune trace chez lui de la notion d' actions de grâces dans V eucharistie, ni de celle de solidarité entre les chrétiens . — L'idée même exprimée par le mot « eucharistie » a disparu. Le repas mystique n'est plus une action de grâces pour les biens matériels et spirituels. Et ce qui est plus curieux encore, l'idée retrouvée partout ailleurs que la participation au même pain et à la même coupe sont le symbole et le gage de l'union ou de la solidarité entre les chrétiens, ne paraît pas davantage chez lui. Le pain de vie assure l'union du fidèle et du Christ, mais il ne représente pas l'union des fidèles entre eux pour ne former qu'un seul corps. Lackair du Christ s'est substituée au corps du Christ. Et cependant personne n'a décrit en termes plus saisissants l'union mystique entre les chrétiens que le quatrième évangéhste. Quelle différence avec Ignace pour lequel, au contraire, cette notion est centrale dans l'eucharistie ! C'est qu'Ignace est paulinien bien plus que johannique. Quelle difiérence avec la Didachél Ici il est rendu grâces pour la vie et pour l'immortahté (9. 3 ; 10. 2), mais pour la vie et l'immortalité que Dieu a fait connaître par son serviteur Jésus; ce n'est pas le Christ qui est luimême la vie, de telle sorte que pour s'assimiler cette vie il faille s'assimiler Christ lui-même, comme dans le IV' Évangile. Les chrétiens de la Didaché absorbent, eux aussi, une nourriture spirituelle, mais l'eucharistie est pour eux la commémoration de ce bienfait et non son intégration sans cesse répétée dans l'absorption du pain mystique. Autant de témoins, autant d'acceptions différentes du même acte religieux primitif. Mais ici comme ailleurs la pensée du quatrième évangéliste dépasse de beaucoup celle des autres.

7° Le discours eucharistique a conservé une note eschatologie ^we, dans la répétition fréquente des mots : « et moi je le ressusciterai au dernier jour » (vv. 39, 40, 44, 54). Il s'agit, en effet, de justifier aux yeux des Juifs que le Christ leur donne le pain delà vie, que Moïse n'a pas donné à leurs pères, morts après avoir mangé la manne. L'évangéliste fait appel à

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la croyance traditionnelle juive en la résurrection aussi bien qu'à l'idée judéo-hellénique de la vie éternelle, la seule logique dans sa théologie. Je me suis expliqué ailleurs au sujet de cette contradiction '. Ce qu'il importe de noter ici, c'est que nulle part ailleurs dans son évangile le rappel de la résurrection comme couronnement final n'est marqué avec autant d'insistance. Nous avons le droit d'en conclure que dans la pratique eucharistique dont il nous a laissé l'apologie, celte croyance à un rétablissement final était nettement énoncée ; autrement l'évangéliste n'aurait pas accentué à ce point ce qui, après tout, est un élément étranger à sa pensée. Sous une autre forme nous avons trouvé la même idée dans la Didaché. La convergence sur ce point de deux documents d'inspiration aussi radicalement différente dénonce ici un élément important pour notre enquête.

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