‹ Les origines de l'eucharistie [microform]Chapitre 27 sur 35 · LES DOCUMENTS. LES ÉVANGILES DE MATTHIEU ET DE MARC · texte numérisé non relu

LES DOCUMENTS. LES ÉVANGILES DE MATTHIEU ET DE MARC

Matthieu. Marc.

de beaucoup pour le pardon des (v, 25) « En vérité, je vous dis

péchés. que je ne boirai plus * du produit

(v. 29) Je vous le dis; désor- de la vigne, jusqu'à ce jour où

mais je ne boirai plus de ce pro- j'en boirai du nouveau dans le

duit de la vigne, jusqu'à ce jour royaume de Dieu. »

où j'en boirai avec vous du nou- (v. 28) Puis, après avoir chanté

veau dans le royaume de mon les hymnes, ils sortirent pour aller

Père 3>. au mont des Oliviers.

(v. 30). Puis, après avoir chanté les hymnes, ils sortirent pour aller au mont des Oliviers.

La seule variante véritablement importante est celle qui substitue le sang de la nouvelle alliance à celui de Falliance. L'autorité des manuscrits qui la donnent n'est pas suffisante pour la justifier. On comprend très bien que les scribes aient ajouté le mot -/.aiv^ç pour harmoniser la déclaration de Jésus dans Matthieu et Marc avec celle de Luc et de Paul, tandis qu'on ne s'explique pas pourquoi la majorité des manuscrits auraient supprimé cette expression, si elle avait réellement figuré dans le texte primitif de ces deux évangiles.

Ce qui est plus grave, c'est que plusieurs critiques considèrent les deux formes de ce même passage, depuis t-^ç lia^xT^q jusques y compris è7.xuvv6[j.£vov , comme étant également dues à des interpolations. D'après eux, dans Matthieu comme dans Marc, il y aurait eu primitivement ces simples mots : « ceci est mon sang», sans rien de plus. Ils n'ont aucun manuscrit à l'appui de leur hypothèse. Mais ils font valoir l'étrangeté de la construction : xo (n[jA tJ.ou tv^ç StaOviy.Yj; tô ïy.yw 'v6[;.£vov, mon sang de l'alliance répandu. Ils rappellent que Justin Martyr cite la parole de l'institution sous la forme abrégée et que la formule complète de Matthieu se lit pour la première fois chez Irénée [Haer., V, 33. 1). Ils trouvent inadmissible que Jésus parle ici, tout-à-coup, à la veille de

nouvelle alliance », au lieu de §co:0)i/c-/iî tout court ; les mss. C,T>, j'itala, la Vulgateont ce môme texte dans Matthieu seul; les rass. P, W^, X dans Marc seul. — Il faut traduire : « mon sang de l'alliance », et non « le sang de mon alliance » ; c'est le sens naturel et le parallélisme avec le xo o-w(j.â y.ov précédent l'impose. 1) D, a, f ont : où \j.^r\ TipotrOw toîv, je ne donnerai plus à boire.

i08 «EVUE DE LiaSTOTRE DES BELtGTONS

sa mort, d'une alliance dont il n'a jamais parlé auparavant d'après ces mêmes évangiles.

Ces raisons ne sont pas dépourvues de valeur. Cependant elles ne me paraissent pas entraîner la conviction. Bien entendu, il ne s'agit pas ici de savoir si Jésus a réellement prononcé ces paroles, mais simplement si elles doivent figurer dans le texte authentique de Matthieu et de Marc. Nous ne nous étonnons pas que Justin Martyr ne les cite pas ; nous avons déjà vu que les Méïïioi?'es des apôtres qu'il invoque n'étaient probablement pasl'un de nos évangiles canoniques*, ïrénée, le premier, atteste leur existence, parce qu'lrénée est le premier auteur chrétien pour lequel les évangiles qui seront canoniques jouissent d'une autorité supérieure à celle des autres écrits chrétiens primitifs^ Nous verrons plus loin, en faisant la critique des récits évangéUques, comliien il est naturel que dans la construction historique de Matthieu et de Marc Jésus parle à ses disciples d'une alliance à conclure avec eux, en vue de la réalisation future et prochaine du Royaume de Dieu, Enfin la construction de la phrase est assurément étrange, mais est-ce une raison suffisante pour en supprimer la moitié, alors que la tradition manuscrite est unanime à la donner complète et que la variante r^ç y.aiv7;ç otaOr,/.'/]ç est plutôt favorable à l'existence antérieure deosaO'/^xrjç loutcourt?

11 faudrait, en effet, pour justifier l'hypothèse que nous combattons, expliquer pourquoi et comment cette idée de

1) Justin Martyr, ]'"o A'pol., 66; voir plus haut p. 10 et U.

2) La formule complète existe donc déjà avant l'époque d'Irénée, môme déjà av«c l'addition de xaivTiç (« hic est sanguis meus novi testament! »), ce qui n'empêche pas Clément d'Alexandrie de- citer la formule abrégée {Taed., JI, 2, 32). Voir aussi dans K. G. Goetz, ï)ie Abendwakisfrage in ihrer geschichUichen Knlwickhing, p, lio, note 6, les nombreux passages d'écrivains ultérieurs qui ne donnent pas la formule complète, quoiqu'elle leur soit connue. Cette liste, rapprochée du texte d'Irénée, prouve justement que les citations de la formule réduite ne dénotent nullement que la formule complète ne figurât pas déjà dans le texte de Matthieu et de Marc. M. Goetz cependant croit à l'interpolation dans la deuxième moitié du second siècle (p. 147).

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