TROISIEME PARTIE
Après avoir, dans une première partie, exposé les principales hypothèses modernes sur les origines de l'eucharistie, puis, dans une deuxième partie, avoir fixé le sens des plus anciens textes qui la décrivent ou rapportent son institution, il importe de discuter, en regard des conclusions ainsi obtenues, la valeur des théories proposées par les critiques pour contester l'attribution traditionnelle de l'eucharistie à Jésus. Il faudra donc déterminer au préalable l'originalité foncière qui revient au rite chrétien comparativement aux institutions religieuses contemporaines du christianisme naissant, puis, cette originalité établie, étudier à qui appartient la création d'un rite unique, pour le sens et pour la forme, dans l'histoire religieuse de l'humanité : est-ce à Jésus, comme le soutient la tradition ecclésiastique, ou plutôt à saint Paul, le prétendu fondateur du christianisme, ou peut-être à la longue évolution liturgique accomplie dans l'Église ancienne, ou, plus exactement, à un développement extrêmement complexe auquel Jésus, l'Apôtre des gentils, les liturgies anciennes ont, chacun pour une part, contribué.
Dans l'étude comparative des religions anciennes, nous nous sommes arrêté aux analogies que les auteurs religionnistes se plaisent à signaler le plus fréquemment. C'est à dessein que nous n'avons guère accordé d'importance aux analogies générales, empruntées d'ordinaire aux formes élémentaires de la vie religieuse et ne présentant aucun rapport historique avec le culte de
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l'Église ancienne et les origines du christianisme naissant. Les analogies juives ont été, elles aussi, négligées, sauf dans la mesure où elles entrent en ligne de compte pour expliquer le cadre rituel dans lequel l'eucharistie fut instituée. Au reste, les auteurs indépendants concèdent que le judaïsme ne peut opposer aucun parallèle au sacrement du corps et du sang de Jésus. Aucune raison, même d'ordre polémique, ne nous invitait par conséquent à aborder une étude qui nous aurait entraîné loin de notre sujet (i).
Nous nous sommes imposé la même réserve dans l'étude des documents liturgiques. D'abord les conclusions certaines de la deuxième partie, en contestant, à leur point de départ, le bienfondé des hypothèses de Wieland, de Wetter et de Lietzmann en rendaient l'étude critique en partie inutile. Ensuite, il ne convenait pas, dans un travail consacré aux seules origines, de poursuivre l'histoire de l'eucharistie à travers un développement liturgique, dont les grands traits seuls sont connus. Toutefois, eu égard à l'importance des documents et à l'exposé que nous avons donné des principales hypothèses, la discussion de leurs affirmations capitales nous a paru opportune.
Nous exposerons donc en premier lieu les analogies païennes, générales et spéciales, que les auteurs indépendants se plaisent à opposer à l'eucharistie. Seules les prétendues analogies mandéennes ne seront ni rapportées ni discutées. La question mandéenne est si complexe qu'elle mérite en elle-même une étude approfondie. Au reste, les allégations de Reitzenstein, le seul auteur qui ait cru devoir exploiter contre l'originalité des sacrements chrétiens les traditions confuses sur les mystères mandéens, sont de moins en moins prises au sérieux. L'entreprise semble devoir échouer à la grande confusion de son auteur (2). Les pa-
(i) Voir sur les prétendues analogies juives : E. Mangenot, Les soi-disant antécédents juifs de la sainte Eucharistie, dans la Revue du clergé français, igog; t. LVII, p. 385-412 ; F. Gavin, The Jewish Antécédents of the Christian Sacraments, Londres, 1928 ; J. Coppens, Les soi-disant analogies juives de l'eucharistie, dans les Ephemerides theologicae Lovanienses, 1931, t. VIII, p. 238-248.
(2) Voir J. Coppens, recension de R. Reitzenstein, Die Vorgeschichte der christlichen Taufe, Leipzig, 1929, dans la Revue d'histoire ecclésiastique, 1930, t. XXVI, p. 668-670 ; J. Leipoldt, Die Mandàerfrage, dans le Theologisches Literaturblatt, 1931, t. LU, col. 97-100. — Ce dernier auteur attache, comme de droit, une grande importance à l'article récent de H. Lietzmann, Ein Beitrag zur Mandàerfrage, dans les Sitzungsberichte der preussischen Akademie der Wissenschaften, phil.-hist. Klasse, t. XXVII. Berlin, 1930. Il reprend à cet auteur la
rallèles païens étudiés et l'originalité de l'eucharistie établie, nous déterminerons d'une manière positive l'institution de l'eucharistie. Ainsi, tout naturellement, nous serons amené au problème central de notre travail : l'attribution de l'institution de l'eucharistie, sacrement et sacrifice, au Seigneur Jésus et la justification historique de cette croyance traditionnelle de l'Église.
conclusion suivante : « Eine altère orientalisch-gnostische Religion ist in spâterer — vielleicht erst arabischer — Zeit von einem inhaltlich leer gewordenen nestorianischen Christentum in mehreren Anlâuf en durchsetzt und zu einer christlichsynkretistisclien Gnosis umgebildet worden... Wir werden die Christianisiening einer orientalischen Gnosis, nicht gnostische Grundlagen des Urchristentums bei den Mandâern studieren kônnen. »