P- 379 Heddernheim
298, ibid. Neuwied, »
309, ibid. Eburacum, Bretagne.
477 ter, d,;
C3 suppl.
PI
.IX Pons Sarravi, Belgique.
Le repas de Sol et de Mithra figure également sur le bas-relief de Dieburg (Hesse): cf. J. Leipoldt, Die Religion des Mithra, p. XI-XII, fig. 23 ; J. Behn, Das Mithrâum von Dieburg, da,ns Angeles, Archiv fiir neutestamentliche Zeitgeschichte und KuUurkunde, 1926, t. II, p. 165, pi. 8.
(2) Dans cette catégorie de monuments on peut distinguer deux groupes, le groupe danubien et le groupe rhénan. Le premier présente, sous la figure de Mithra tauroctone, une sorte de prédelle, qui contient, dans des encadrements cintrés, trois scènes : Mithra devant Sol agenouillé, le repas et l'ascension des deux alliés. Le second n'a pas de prédelle, mais une espèce de porte monumentale sous laquelle se trouve le groupe principal et dont le linteau et les montants sont décorés de petits tableaux rectangulaires : ceux-ci sont assez nombreux et parmi eux figure la représentation de l'histoire de Mithra et de Sol. Cf. F. Cumont, Les Mystères de Mithra, 3« édit., p. 232-233.
plus obscur de tous, Mithra, en costume oriental, est devant un jeune homme, nu ou vêtu d'une simple chlamyde, agenouillé à ses pieds ; il lui applique sur la tête ou lui enlève de la tête un objet large et courbé, difficile à identifier, et parfois il lui pose sur la tète une couronne radiée (i). Un deuxième tableau nous montre Mithra vêtu de son costume habituel et Sol nu, la tête nimbée, ou bien portant la chlamyde, la couronne radiée et le fouet ; les deux divinités se serrent la main droite, sans doute en signe d'alliance (2). Suit la scène du banquet. Enfin nous voyons Sol debout sur un quadrige et tendant la main à Mithra pour que celui-ci prenne place à ses côtés (3). Voici en quels termes Cumont (4) décrit la représentation du repas : «Derrière une table, chargée de mets, sur une couche garnie de coussins ou de tapis, Mithra, dans son costume oriental ordinaire, et Sol, vêtu comme dans les tableaux déjà décrits, sont étendus, accoudés sur le bras gauche, de telle sorte que le haut de leur corps est seul visible, et ils élèvent d'ordinaire de la main droite une coupe ou un rython. Parfois le nombre de convives qui prennent part au festin, est plus considérable ; on en compte trois à Bologne, quatre ou cinq à Mauls, mais ces monuments sont trop peu soignés pour qu'on puisse reconnaître les personnages supplémentaires qui assistent au repas. Les relations accidentées de Sol et de Mithra finissaient donc par un banquet, où tous deux, réunis sans doute à d'autres divinités, fêtaient ensemble la fin de leurs épreuves. Le taureau et le corbeau, qui ont pris part à leurs hauts-faits, figurent à côté de la table du festin sur le bas-relief de Sarrebourg. »
La représentation du repas des mystes ne nous est fournie, jusqu'à présent, que par un seul bas-relief, celui découvert à Konjica, en Dalmatie (5). Deux mystes, peut-être un Père et un Héliodrome (6), sont étendus devant un trépied, sur lequel se trouvent quatre petits pains marqués chacun de deux raies, s'entrecoupant en forme de croix, pour être rompus plus faci-
(i) Cf. F. Cumont, Textes et monuments, t. I, p. 172-173. — Voir J. CoppEns, L'imposition des mains et les rites connexes, p. 362.
(2) Cf. F. Cumont, Textes et monuments, t. I, p. 173-174.
(3) Cf. F. Cumont, Textes et monuments, t. I, p. 176-179.
(4) Textes et monuments, t. I, p. 174-175.
(5) Pour la reproduction, cf. F. Cumont, Textes et monuments, t. I, p. 175 ; Les mystères de Mithra, 3^ édit., p. 164.
(6) Sur les grades de l'initiation mithriaqùe, cf. F. Cumont, Les mystères de Mj/Afa, 3e édit., p. 155-159.
lement. L'un des mystes tient à la main un ryihon. A leur droite se tiennent le Corbeau et le Perse, ce dernier tendant une corne à boire à l'un des mystes attablés ; à leur gauche figurent le Lion et un autre personnage mutilé, probablement un initié d'un autre grade, peut-être un Soldat. Le Corbeau et le Lion portent des masques ; le Père est coiffé du bonnet phrygien. Des deux côtés du trépied se trouvent un Lion (?) et un taureau (i). Le tableau reproduit-il directement le repas mithriaque ? Nous inclinons à le croire avec plusieurs auteurs, notamment avec Cumont (2), Loisy (3) et L. Patterson'(4). Lietzmann (5) et J. Leipoldt (6) préfèrent y voir le repas céleste des mystes. Nous savons, remarque Lietzmann, que le Corbeau et le Soldat n'étaient pas autorisés à participer aux mystères (7). Au reste, on expliquerait difficilement, dans l'autre hypothèse, le sanglier et la tête de bœuf, tandis que, l'interprétation du repas céleste admise, la ressemblance déjà relevée par Cumont entre cette représentation et celle de la cène chrétienne dans les catacombes apparaîtrait plus frappante encore. Quoi qu'il en soit, il est probable que le tableau de la liturgie céleste reproduit pour une bonne part le rite qui se célébrait dans les sanctuaires.
Quant aux temples de Mithra, ils présentent une disposition reprise presque partout sans variations. La partie principale était une crypte. A l'entrée, une sorte de palier occupait la largeur de la salle ; au delà, celle-ci se divisait en trois parties, un couloir central, la cella, d'une largeur moyenne de 2.50 m., et deux bancs de maçonnerie, les podia, s'étendant le long des murs latéraux, et dont la surface supérieure, large d'environ 1.50 m, était inclinée vers la muraille. Une abside surélevée était d'ordinaire ménagée au fond du temple : là se dressait régulièrement le groupe hiératique de Mithra tauroc-
(i) Cf. F. Cumont, Textes et Monuments, 1. 1, p. 176.
(2) Textes et monuments, 1. 1, p. 176.
(3) Les mystères, i" édit., p. 201 ; 2» édit., p. 196.
(4) Op. cit., -p. 51.
(5) Voir Bilderanhang, dans P. Wendland, op. cit., p. 432-433,
(6) Die Religion des Mithra, p. XVIII-XIX.
(7) Cf. un texte de Porphyre {De Abstinentia, IV, 16; édit. A. Nauck dans la. Bibliotheca Teubneriana, p. 177-178; dans F. Cumont, Textes et monuments, t. II, p. 42, d'après A. Nauck). Cf. F. Cumont, Les mystères de Mithra, 3e édit., p. 158-159 ; K. Benz, art. cit., p. 16-17, qui donne une discussion du texte de Porphyre ; A. Loisy, Les mystères, i« édit., p. 202 ; 2^ édit., p. 197.
tone (i). Autrefois la destination des bancs latéraux était discutée ; aujourd'hui elle semble tirée au clair : les podia servaient, quoique peut-être pas exclusivement, de lits triclinaires et par conséquent ils témoignent, eux aussi, de l'existence d'un repas sacré dans les mystères de Mithra (2). Les ^odia et la place qu'ils occupent dans l'ensemble architectonique des mùhrea, prouvent également l'importance attachée au banquet (3). Cette même importance résulte encore du nombre de représentations du banquet de Mithra et de Sol (4).
Grâce aux renseignements donnés par Justin (5) nous savons que les éléments du repas sacré étaient le pain et l'eau. Si Tertullien (6) ne mentionne que le pain, ce n'est pas une raison pour en conclure que le banquet ne comportait pas toujours un breuvage. L'expression ohlatio panis n'exclut pas plus que la fractio
(i) Pour la disposition des mithrea, cf. F. Cumont, Textes et monuments, t. I, p. 58-65 ; Les mystères de Mithra, 3* édit., p. 177-180.
(2) Sur la destination des podia et la controverse dont elle fut l'objet, cf. F. Cumont, Textes et monuments, t. I, p. 61-62 ; Les mystères de Mithra, 3^ édit., p. 179 ; A. LoisY, Les mystères, i» édit., p. 170, note 2 ; 2» édit., p. 166, note i ; J. Leipoldt, Die Religion des Mithra, p. IV.
(3) D'après F. Cumont {Les mystères de Mithra, 3" édit., p. 179-180, note 2) le banquet « aurait déterminé le plan même des temples mithriaques ». A. Loisy {Les mystères, i" édit., p. 170 ; 2" édit., p. 166) n'hésite pas ?i écrire: «La distribution singulière de la nef montre que cette chapelle était une salle à manger : d'oii l'on peut inférer que le rite principal qui s'y accomplissait était un repas sacré auquel prenaient part les initiés. » Sans doute, les podia prouvent que les repas sacrés n'étaient point des cérémonies accessoires, mais jouaient un rôle important. On se gardera toutefois d'exagérer. Peut-être, ainsi que le pense F. Cumont {Les Mystères de Mithra, 3° édit., p. 3), ces podia ne servaient-ils pas uniquement de lits triclinaires et les fidèles s'y tenaient-ils aussi pendant d'autres cérémonies du culte. En outre, le repas sacré, à base de pain et d'eau, était-il le seul célébré dans le sanctuaire? A en juger par les multiples débris retrouvés, les sacrifices devaient être assez nombreux (cf. F. Cumont, Textes et monuments, t. I, p. 68-69). Quelques-uns n'auraient-ils pas été suivis d'un banquet où l'on servait une partie des victimes immolées ?
(4) Cf. F. Cumont, Textes et monuments, t. I, p. 175. L'auteur voit encore un indice de l'importance attribuée au banquet dans la place que cette représentation occupait. « En effet, quoique les aventures de Mithra ne soient point terminées encore par ces agapes, on remarque que souvent, etnotamment sur les grands bas-reliefs rhénans, on a voulu leur réserver la dernière place dans la série des tableaux accessoires. On voyai|: donc dans ce repas une sorte de conclusion des exploits du dieu, l'acte suprême qui terminait sa mission terrestre. » C'est possible, mais il se pourrait également que, d'après certains mithriastes, ce repas avait précédé, tandis que, d'après d'autres, il avait suivi l'ascension du dieu.
(5) I Apologia, LXVI ; cf. supra, p. 307, note i.
(6) De praescriptione haereticorum, XL ; cf. supra, p. 307, note 2.
panis, la présence d'un second élément. L'Apologiste se contente d'énumérer certains rites de la liturgie mithriaque, sans en donner une description complète. Le second élément de l'eucharistie n'étant pas de l'eau pure, mais du vin trempé d'eau, il devait être moins porté à relever l'usage de l'eau dans la cène mithriaque. Notons d'ailleurs que plusieurs bas-reliefs représentent, outre le pain, une coupe ou rython (i).
2. — Mais quelle était la signification attribuée au repas sacré de Mithra, et jusqu'où s'étendait l'analogie avec la cène chrétienne ? D'après Loisy, qui a spécialement étudié le problème, l'analogie est frappante et remarquable, « puisque le pain et le breuvage sacrés étaient la substance du taureau, du taureau mystique, du taureau divin, qu'était Mithra », c'est-à-dire d'un dieu souffrant (2).
Il est permis de penser que le rite était interprété comme la commémoration et en quelque sorte comme la réitération du banquet célébré par Mithra et par Sol (3). La. représentation de ce festin aura servi d'expression à une légende étiologique destinée à rendre compte du rite célébré dans les sanctuaires ; elle aura ainsi rappelé aux fidèles qu'ils imitaient dans le culte l'exemple donné par leur dieu. Mais quels effets attendait-on de la participation au repas sacré ? Une réponse directe ne peut être donnée à cette question, la formule du rituel mithriaque n'ayant pas été conservée. Nous sommes donc obligé d'essayer de déterminer indirectement la pensée de l'Apologiste.
Sans doute, Justin accuse les démons d'avoir imité l'eucharistie, mais comment conçoit-il le plagiat ? Est-il affirmé que les démons ont plus ou moins fidèlement copié le rite chrétien déjà existant? A ne considérer que le passage cité on serait tenté d'admettre ce commentaire. Cependant tel n'est pas le sens du texte. Justin reproche aux démons le plagiat anticipé, qui a consisté à disposer d'avance certaines ressemblances entre les croyances ou les rites païens et le dogme ou le culte chrétien par le recours aux prophéties de l'Ancien Testament. Il résulte, en effet, du
(i) Cf. supya, p. 309-310.
(2) Les mystères, i" édit., p. 200 ; 2" édit., p. 195.
{3) Cf. F. CuMONT, Les mystères de Mithra, 30 édit., p. 165 ; L. Patterson, op. cit., p. 51 ; O. Pfleiderer, Dus Christusbild des urchristlichen Glaubens, Berlin, 1903, p. 87.
Dialogue avec Tryphon (i) que Justin admet, quant à l'eucharistie, plusieurs prédictions prophétiques. Il en cite trois, à savoir : Levit., XIV, 10, où il est question de l'offrande de fleur de farine prescrite par Moïse pour la purification des lépreux ; Mal., I, lo-ii, qui prédit l'oblation pure offerte en tout lieu, et ISAi., XXXIII, 16, où il est dit du juste : « Le pain lui sera donné et l'eau ne lui manquera pas. » De plus, à propos de cette dernière prophétie, l'Apologiste note explicitement que les démons s'en sont servis pour imiter l'eucharistie (2). C'est, donc du plagiat par anticipation que Justin aura voulu parler dans le passage de la première Apologie. Une question plus importante est celle de savoir jusqu'où, dans la pensée de Justin, les démons ont singé l'eucharistie. D'après Loisy (3), l'Apologiste aurait trouvé la plus étroite ressemblance, non seulement entre les éléments, mais encore entre les formules qui accompagnaient les mets sacrés. Le renvoi aux formules mithriaques n'aurait sa raison d'être que dans cette hj^othèse. « C'étaient des paroles mystiques analogues à : « Ceci est mon corps », «Ceci est mon sang», qui rappelaient au chrétien la haute signification de l'eucharistie. » Cette façon de voir est inadmissible. Pourquoi Justin ne nous donne-t-il pas le formulaire mithriaque ? Serait-ce, comme le suppose Loisy (4), pour ne pas choquer les hauts personnages à qui il s'adresse, en répétant des mots de mystère, ou parce que la grande analogie entre les formules païennes et chrétiennes l'aurait rendu lui-même hésitant ? La première hypothèse est bien invraisemblable. Conçoit-on pareil scrupule chez un auteur qui, dans le même ouvrage, ne se lasse pas d'affirmer et de prouver que les religions païennes, pour autant qu'elles ressemblent au christianisme, ne sont qu'une contrefaçon diabolique? Au reste, il est une explication naturelle, diamétralement opposée à la seconde conjecture de Loisy. Si Justin s'abstient de citer les formules mithriaques, c'est qu'elles ne ressemblent pas à celles de la cène eucharistique, c'est que la simili-
(i) XLI 1-3, LXX 1-4, CXII (édit. G. Archambault. t. I, p. 182-185, 338- 343;t. II, p. 198-205).
(2) Dialogue avec Tyyphon, LXX. — Ceux qui confèrent les mystères de Mithra, dit Justin, ont entrepris d'imiter toutes les paroles d'Isaïe. Ces paroles sont celles de XXXIII, i3-iÇ).Puis, après les avoir transcrites, Justin déclare cjue le verset 16 se rapporte manifestement à l'eucharistie.
(3) Les mystères, i® édit., p. 199-200 ; 2° édit., p. 195.
(4) Les mystères, i® édit., p. 199 ; 2« édit., p. 195.
tude ne s'étend pas au contenu des formules, mais qu'elle se borne au seul fait que, de part et d'autre, on se servait de paroles sacrées. D'ailleurs, si l'Apologiste suppose un plagiat par anticipation, il y a là une nouvelle raison de croire qu'il n'a pas trouvé une ressemblance frappante entre les formules des deux banquets sacrés ; sinon il n'aurait pas omis de signaler les passages de l'Ancien Testament dont les démons se seraient inspirés. Enfin, même admise une certaine ressemblance entre le contenu des paroles sacrées, l'analogie affirmée par Loisy n'est pas encore établie. . '
Sans doute, la notice de Justin sur la cène mithriaque suit immédiatement le récit de l'institution de l'eucharistie, dans lequel l'Apologiste relève les formules : « Ceci est mon corps », « Ceci est mon sang », et il est évident que les formules ont aux yeux de Justin une importance capitale, car c'est par les paroles du Christ (i) que l'élément est consacré. Toutefois avant d'en conclure quoi que ce soit au sujet du contenu des formules mithriaques, il est nécessaire de se rappeler l'économie, déjà exposée (2), des chapitres LXVetLXVIde la première Apologie. Le passage : « c'est ce que par imitation, les mauvais démons ont prescit de faire dans les mystères de Mithra » se rapporte à la cène chrétienne telle qu'elle vient d'être décrite. Entre cette description et celle, bien sommaire, de la cène mithriaque, il existe un parallélisme qui s'étend jusqu'aux expressions de Justin. En disant : « On présente du pain et une coupe d'eau dans les cérémonies de l'initiation », l'Apologiste songeait à ce qu'il venait d'écrire sur la célébration de l'eucharistie : « Puis on apporte au président du pain et une coupe d'eau et de vin trempé. » Il est donc naturel de supposer qu'en disant « puis on prononce certaines formules », l'Apologiste ait pensé à l'ensemble de la doxologie et de l'action de grâces eucharistiques, non pas aux seules formules sacramentelles. En effet, au chapitre suivant, qui dépeint l'assemblée dominicale et où se retrouve le même schéma pour la description de la cène, nous apprenons que «le président de l'assemblée chrétienne fait monter au ciel des prières et des eucharisties autant qu'il peut » (3). Bref, si l'on se croit obligé d'admettre une similitude
(i) I Apologie, LXVI, 2 (édit. L. Pautigny, p. 140-141).
(2) Cf. supra, p. 306-307.
(3) I Apologie, LXVII, 5 (édit. L. Pautigny, p; 142-143).
du contenu des deux formulaires, de quel droit affirmerait-on qu'elle porte précisément sur les mots « Ceci est mon corps », « Ceci est mon sang », et non plutôt, d'une façon générale, sur la doxologie et l'action de grâces. Enfin, si, malgré tout, la ressemblance était aussi étroite que le suppose Loisy, il resterait encore à déterminer de quel côté se trouve la dépendance, qui seule, semble-t-il, pourrait rendre compte d'une telle analogie. Au cours de sa longue et lente évolution le culte mithriaque n'a cessé d'emprunter des éléments aux milieux qu'il a traversés (i). Pour notre part, toutefois, nous estimons que le texte de Justin, loin d'impliquer une ressemblance des paroles sacrées des deux cènes, l'exclut plutôt.
Peut-être trouvera-t-on que dans ce cas l'analogie entre les deux rites était peu remarquable, qu'elle ne valait pas la peine d'être relevée, ni surtout d'être expliquée par l'hypothèse d'un plagiat. Tout cela est vrai en soi, mais il n'en reste pas moins que Justin, comme tous les Apologistes, découvre des analogies là où nous voyons à peine de vagues ressemblances et qu'il recourt dès lors facilement à la théorie du plagiat. Il en est ainsi pour le baptême (2). «Les démons, écrit-il, connaissent les prophéties qui annoncent cette ablution. Ainsi voulurent-ils qu'on n'entrât dans leurs temples et qu'on ne se présentât devant eux, pour leur offrir des libations et des sacrifices qu'après s'être purifié ; bien plus, ils ordonnent qu'on prenne un bain pour aborder les sanctuaires où ils résident. » Ceci amène Justin à signaler un nouveau plagiat de la part des démons (3). « Les prêtres ordonnent aussi de se déchausser à ceux qui entrent dans les temples pour y rendre un culte aux démons ; c'est là une imitation de ce qui arriva au prophète Moïse. » Un troisième exemple, et qui se rapporte aux mystères de Mithra, est encore plus suggestif. Les mithriastes disaient que leur dieu était né d'une pierre et ils appelaient caverne l'endroit où se faisaient les initiations. D'après Justin (4), en ce faisant, ils
(i) Cf. F. CuMONT, Les mystères de Mithra, 30 édit., p. 1-29; A. von Harnack, Mission und Ausbreiiung des Chrisienttims in den ersten drei Jahrhunderten, 4" édit., t. II, Leipzig, 1924, p. 940, note i.
(2) I Apologie^ LXII, i (édit. L. Pautigny, p. 130-31). Nous citons la traduction donnée par cet auteur.
(3) I Apologie, LXII, 2 (édit. L. Pautigny, p. 130-131).
(4) Dialogue avec Tryphon, LXX, 1-2 ; LXXVIII, 6 (édit. G. Archambault, 1. 1, p. 340-343 ; t. II, p. 20-2 1).
3l6 LES ORIGINES CHRÉTIENNES DE L'EUGHARISTIE
s'inspiraient de Dan., II, 34 : « Une pierre, et ce ne fut pas par des mains d'hommes, a été arrachée à la grande montagne », et de IsAi., XXXIII, 15, où il est dit que le juste «habitera dans la caverne élevée de la forte pierre ». Cette dernière parole n'est pour l'Apologiste rien moins qu'une prophétie annonçant que le Christ devait naître dans une grotte.
On se demandera peut-être pourquoi Justin se contente de rapprocher de l'eucharistie la cène mithriaque alors que les repas sacrés étaient nombreux chez les païens à son époque ? Peut-être lui ou ses contemporains trouvaient-ils la similitude entre les éléments, pain et eau, assez frappante ; peut-être se contentaient-ils, comme cela arrive souvent, de comparer plutôt le côté extérieur des rites que leur signification ; il se peut aussi que les mithriastes aient signalé eux-mêmes l'analogie, ou que le mithriacisme, qui commençait à se répandre à Rome, ait attiré plus vivement l'attention. Autant de conjectures qui n'ont rien d'invraisemblable et qui expliquent le rapprochement des deux rites sans supposer une ressemblance étroite entre eux.
Ces remarques permettent de juger de la fragilité de la considération faite par Loisy (i) au sujet de la notice de TertuUien. « Comme l'offrande de pains, écrit le critique, se rencontre un peu partout dans les cultes anciens, si l'oblation dont il est ici question se trouve caractériser le culte de Mithra et témoigner de la plus étroite ressemblance avec le christianisme, c'est que cette oblatiori' affecte chez Mithra la même forme que dans l'Église, c'est qu'elle n'est pas une simple oblation, c'est qu'elle constitue la cène niithriaque, et dans des conditions tout à fait semblables à la cène chrétienne. » La seule indication à retenir du témoignage de TertuUien, c'est que, chez les mithriastes, se pratiquait une oblation du pain. L'Apologiste songe-t-il simplement à l'oiîrande de pain par les fidèles ou caractérise-t-il le repas comme une oblation ou un sacrifice ? Il est impossible de le dire ; il se pourrait même que, pour désigner le rite mithriaque, l'Apologiste se soit servi, assez mal à propos, d'une expression du vocabulaire chrétien.
3. — Outre les notices de Justin et de TertuUien, Loisy (2) aUègue à l'appui de son interprétation de la cène mithriaque
(i) Les mystères, i» édit., p. 198-19Q ; 2» édit., p. 194.
(2) Les mystères, i" édit., p. 197-198 ; 200-201, coll. 170 ; 2e édit., p. 193-196, coll. 166.
un certain nombre d'autres considérations, que nous rapporterons brièvement. Nous savons déjà (i) que, d'après cet auteur, l'acte central du culte mithriaque était le sacrifice d'un taureau et que celui-ci n'était autre que Mithra lui-même. Toutefois, poursuit-il, le sacrifice du taureau, où si l'on veut, de Mithra, n'était pas et, à en juger par les mythes, ne semble jamais avoir été par lui-même un rite de communion sacrée. Mais si la forme physique et naturelle du taureau ne fournissait pas la matière d'un repas, la vertu et la substance étaient dans les éléments de la cène des initiés. Le tableau de Mithra tauroctone nous l'enseignerait. Le pain qui vient du blé, le breuvage sacré, qui est également le produit d'une plante, sont sortis du taureau, sont pénétrés d'une vertu divine, sont une nourriture et un breuvage d'immortalité. «Tel est le sens des épis qui sortent du taureau immolé ; son sang et le cratère que garde le lion figurent le breuvage sacré ; . l'idée, plus ancienne, de la semencebreuvage se montre encore dans le soin de rendre apparent le membre génital de la victime et de prêter aux bêtes ahrimaniennes l'intention de confisquer la semence à leur profit. 0 Ainsi s'expliquerait l'équivalence ou l'étroite ressemblance que certains monuments établissent entre le tableau du sacrifice et celui du repas, soit des mystes, soit de Mithra et de Sol. Dans le mithreum d'Heddernheim par exemple, la table de pierre sur laquelle figure Mithra tauroctone est montée sur un pivot. Au revers on voit, derrière le taureau étendu, Mithra et Sol debout, le premier avec une corne à boire, le second avec une grappe de raisins dans la main. Ailleurs le repas de Mithra et de Sol figure dans un des tableaux secondaires qui encadrent la scène principale de Mithra tuant le taureau. Enfin, sur le bas-relief de Konjica, Mithra et Sol sont remplacés par deux mystes installés pour le repas, et ce tableau figure également au revers de celui de Mithra tauroctone.
Nous n'avons pas à revenir sur les présupposés de ces considérations, notamment sur l'identification du taureau avec Mithra (2). Il nous reste à examiner si les éléments étaient censés contenir la vertu, la substance du taureau. Et d'abord est-il vraisemblable, — c'était la première raison alléguée, — que les éléments du repas sont sortis du taureau ? Certes, le pain
(i) Cf. supra, p. 259-262.
(2) Cf. supra, p. 259-262,
3l8 LES ORIGINES CHRÉTIENNES DE l'EUGHARISTIE
qui vient du blé est sorti du taureau primordial. D'après le Boundahish, les diverses espèces de plantes sont sorties de toutes les parties de l'animal abattu, spécialement de sa moelle épinière. Ne pouvant pas représenter sur les bas-reliefs cette floraison merveilleuse, les artistes se sont contentés de l'indiquer en terminant par un bouquet d'épis l'extrémité de la colonne vertébrale du taureau (i). S'ils ont choisi les épis de blé de préférence à toute autre plante, c'est probablement parce que le blé est la plante nourricière de l'homme, et non pas, ou du moins pas principalement, parce qu'il fournissjait un des éléments du repas sacré. Si le breuvage était du vin, lui aussi serait sorti du corps du taureau. Suivant le Boundahish, en effet, la vigne est née du sang du taureau primordial et la représentation du grand bas-relief de Heddernheim montre le taureau immolé et derrière lui Sol tendant une énorme grappe de raisins à Mithra (2). Mais il n'est pas certain que le breuvage sacré ait été du vin. En tout cas, l'eau qui, elle, était certainement un élément de la cène mithriaque, n'est jamais représentée comme sortie du taureau. De plus, rien ne démontre que le sang et le cratère gardé par le lion figurent le breuvage sacré. D'après Cumont (3), le groupe du cratère et du lion n'est pas en relation avec la scène principale ; il figurerait la lutte de deux éléments, l'eau et le feu. Les raisons par lui alléguées et pour lesquelles nous renvoyons à son ouvrage, nous paraissent décisives. Le sang figure si peu le breuvage sacré qu'il a pu être remplacé par un bouquet d'épis. Enfin l'importance accordée parle sculpteur au membre génital ainsi que l'attitude des bêtes ahrimaniennes s'explique sufifisamment par l'idée que la vertu prolifique de l'animal y résidait. Il n'est pas nécessaire d'y voir l'attestation d'une semence-breuvage sacré. C'est donc uniquement pour le pain et le vin, nullement pour l'eau, qu'on pourrait, avec un semblant de raison, affirmer qu'ils contiennent la substance du taureau. De plus, il en faudrait conclure que ces éléments contenaient partout et toujours, et non pas seulement à la cène, la vertu du dieu, et, par conséquent, que
(i) Sur un des bas-reliefs, trois épis sortent de la blessure. Cf. F. Cumont, Textes et monuments, 1. 1, p. 186-187 ; t. II, p. 228.
(2) Cf. F. Cumont, Textes et monuments, t. I, p. 196-197.
(3) Textes et monuments, 1. 1, p. 99-102.
toute formule sacramentelle, en particulier celle admise par Loisy, était superflue (i).
Encore moins décisive est la seconde raison alléguée par Loisy, à savoir la correspondance établie par certains monuments entre le tableau du sacrifice et celui du repas sacré. Trois cas sont à distinguer. Le premier est celui des tableaux qui figurent le repas de Mithra et de Sol. Vraiment il n'y a pas lieu de parler ici d'« équivalence ou d'étroite correspondance « avec la scène de Mithra tauroctone. Sinon il faudrait admettre cette même équivalence entre cette scène et les «autres épisodes de la vie de Mithra, par exemple sa naissance, qui eux également, aussi bien que le banquet de Mithra et de Sol, se trouvent sur les tableaux qui encadrent la scène principale. Les deux autres cas sont ceux des bas-reliefs de Konjica et de Heddernheim, La table de pierre est sculptée des deux côtés : sur l'une des faces figure le sacrifice du taureau, sur l'autre le repas des mystes (Konjica) ou bien Sol se tenant derrière le taureau immolé et montrant des raisins à Mithra (Heddernheim). Le fait que la table soit sculptée des deux côtés n'établit pas encore une relation étroite entre les scènes représentées sur les deux faces. Cette relation doit être indiquée par ailleurs, et cette indication fait défaut. Au reste, à Heddernheim, le tableau du revers prolonge celui du sacrifice, car il représente simplement l'animal immolé et la fécondité issue de l'immolation.
Enfin, l'étude des origines de la cène mithriaque est défavorable à l'interprétation de Loisy. Le fond du mithriacisme dérive du mazdéisme (2). « Dans l'office mazdéen, le célébrant consacrait des pains et de l'eau, qu'il mêlait au jus capiteux du Haoma préparé par lui et il consommait ces aliments au cours de son sacrifice. » (3) Or, avec Cumont (4), la plupart des auteurs, notamment Patterson (5) et même Loiay (6), rattachent la cène mithriaque au sacrifice mazdéen. « Ces antiques usages, écrit Cumont (7), s'étaient conservés dans les initiations mi-
(i) Cf. C. Van Crombrugghe, Les mystères de Mithra, p. 439.
(2) Cf. F. Cumont, Les mystères de Mithra, 3^ édit., p. i-ii et p. 27 : « Le fond de cette religion, sa couche inférieure et primordiale, est la foi de l'ancie n Iran, d'où elle tire son origine. »
(3) Cf. F. Cumont, Les mystères de Mithra, 3^ édit., p. 163.
(4) Les mystèfes de Mithra, 3^ édit., p. 163.
(5) Op cit., p. 50.
(6) Les mystères, i» édit., p. 202 ; 2^ édit., p. 197.
(7) Les mystères de Mithra, 3^ édit., p. 163.
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thriaques ; seulement au Haoma, plante inconnue en Occident, on avait substitué le jus de vigne. »
Nous connaissons bien le sacrifice mazdéen, grâce à l'Avesta, plus spécialement au Yasna (sacrifice), qui est le livre liturgique par excellence et contient les textes récités ou chantés par les prêtres à l'ordinaire au service divin. C'est surtout au sujet du haoma que les renseignements sont abondants (i). Le culte du haoma doit être ancien ; dans l'Inde, il a sion correspondant dans celui du soma (2). Il fut important, comme on peut en juger par la place qui lui est faite dans l'Avesta. Celle-ci distingue même trois espèces de haoma, qui forment comme une sorte de trinité haomique : le haoma d'or qui est le végétal terrestre et son extrait ; le haoma invigorant qui fait croître le monde, c'est-à-dire le dieu Haoma, et celui qui écarte la mort ou le haoma blanc, qui, bu par les hommes après la résurrection, leur conférera l'immortalité (3). Les effets qu'on attendait de l'absorption de la plante nous sont également connus par une prière poétique adressée par Zarathustra à Haoma (4). Nous y lisons : « Et Zarathustra dit : Prière à Haoma ! Haoma est bon ; Haoma est bien créé, il est créé juste ; il est créé bon et guérisseur. Il est beau de forme, il veut le bien, il est victo-
(i) Hâs IX-XI ; XXII et suiv. Pour prévenir des confusions, il faut noter qu'il y a lieu de distinguer dans l'Avesta quatre Haoma : a) Haoma, qu'on pouvait appeler Haoma le prophète ; les chapitres IX, X et XI du Yasna en parlent tout aussi bien que de la plante Haoma découverte par lui ; dans d'autres passages encore on y fait allusion ; b) Haoma, la plante, dont il est question, surtout aux'chapitres IX, X et XI du Yasna; c) Haoma khvarenangha (Yt., XIII, 116), sans doute grand personnage de l'Iran et nommé, à ce qu'il semble parmi les successeurs immédiats de Zoroastre ; d) Haoma, qu'on peut appeler le héros (Y5., XI, 7; y<., IX, 17 ; XVII, 37-38). Cf. J. J. Modi, Haoma, dans VEncyclopaediaof Religion and Ethics, t. Yl, p. 506. — Sur le pain darum ou droanô, cf. J.Darmsteter, Le Zend-Avesta. Traduction nouvelle avec commentaire historique et philologique, dans les Annales du musée Guimet, t. XXI, XXII et XXIV, Paris, 1892-1893 ; t. I, p. LXV-LXVI : quatre ou cinq petits pains non levés, ronds, un peu plus grands qu'une pièce de cinq francs. — Sur l'eau, Zohr ou Zaothra, cf. J.Darmsteter, o/>. cit., t. I, p. LXXVI — LXXVII. — Sur le Haoma, cf. J. Darmsteter, op. cit., 1. 1, p. LXXVIII-LXXX.
(2) Cf. V. Henry, Le Parsisme, dans Les Religions des peuples civilisés, Paris, 1905, p. 17 et suiv. Sur le soma, cf. Hopkins (E. Washburn), Soma, dans l'Encyclopaedia of Religion and Ethics, t. XI, p. 685-687, et H. Oldenberg, Die Religion des Veda, 3" et 4" édit., Stuttgart et Berlin, 1923, p. 364-366 ; 449-459.
(3) Cf. V. Henry., op. cit., p. 19-20.
(4) Yasna, Hâ IX, 16-25, dans J. Darmsteter, op. cit., t. I, p. 90-94. Nous reproduisons la traduction de cet auteur.
rieux. De couleur d'or, de tige flexible, il est excellent à boire et le meilleur des viatiques pour l'âme. 0 Haoma d'or, je demande de toi la sagesse, la force et la victoire ; la santé et la guérison ; la prospérité et la grandeur ; la force de tout le corps et la science universelle ; et que je puisse aller par le monde, en maître souverain, écrasant la malf aisance, détruisant la. Druj. Que je puisse écraser la malfaisance de ceux qui infligent le mal, hommes et Daêvas, Valus et Pairikas; des oppresseurs, des aveugles et des sourds; des bandits bipèdes, des Ashemaoghas bipèdes, des loups quadrupèdes ; de la horde au large front de bataille, aux incursions perfides. » (i) Suit une énumération de six dons, dont le premier est le paradis : « Le premier don que j'implore de toi, o Haoma qui éloignes la mort, c'est le Paradis des justes, resplendissant et bienheureux. » (2) A toutes les classes des hommes, Haoma fait des largesses : « Aux guerriers qui pressent la course de leurs coursiers, Haoma donne vitesse et force. Aux femmes en désir d'enfant, Haoma donne un bel enfant qui sera juste. Aux chefs de maison qui sont assis à enseigner les Naskas, Haoma donne prospérité et sagesse. Aux jeunes filles qui sont restées longtemps vierges, Haoma, à la belle intelligence, aussitôt invoqué donne un époux. » (3) Enfin c'est encore Haoma qui ne révèle que des paroles droites et qui par sa seule force peut tout ce qu'il veut (4). Comme on le voit, les effets les plus divers étaient attribués à la plante. Il est donc naturel de penser qu'un élément si ancien et si important du mazdéisme dut également faire partie des mystères de Mithra, dont le fond, ainsi que nous l'avons dit, est iranien. Toutefois, dans certains pays, l'impossibilité de se procurer le haoma, aura eu pour conséquence, ou bien son omission pure et simple, ou bien la substitution d'une autre boisson, comme le moly en Cappadoce et le vin en Occident (5).
Les effets qu'on attendait de la cène mithriaque étaient-ils à peu près les mêmes que ceux attribués au haoma ? Nous n'avons aucune attestation directe touchant ce point ; c'est
(i) Yasna, Hâ IX, 16-18.
(2) Yasna, Hâ IX, 19.
(3) Yasna, Hâ IX, 22-23.
(4) Yasna, Hâ IX, 25.
(5) Cf. F. CuMONT, Textes et monuments, t. I, p. 146-147. L'emploi du vin dans la cène mithriaque n'est pas directement attesté ; on le déduit du fait que les mithriastes vénéraient Bacchus et le vin ; la preuve ne semble pas péremptoire ,
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possible et de telles croyances ne cadreraient pas mal avec les conceptions fondamentales du Mithriacisme. On pourra donc, ce nous semble, souscrire à l'avis de Cumont (i) : « On attendait de ce banquet mystique, surtout de l'absorption du vin consacré, des effets surnaturels : la liqueur enivrante ne donnait pas seulement la vigueur du corps et la prospérité matérielle, mais la sagesse de l'esprit ; elle communiquait au néophyte la force de combattre les esprits malfaisants, bien plus, elle lui conférait, comme à son dieu, une immortalité glorieuse. Par la vertu mystérieuse des aliments divins, le fidèle était élevé au-dessus de la condition humaine et assuré de prolonger au delà du terme fatal de la mort une vie bienheureuse. » En d'autres termes, tout porte à croire que le repas mithriaque était un véritable sacrement, mais rien ne permet d'affirmer que les éléments de ce repas aient été censés contenir la substance ou la vertu de Mithra.
Conclusions
Au terme d'une enquête que nous avons cherché à rendre complète et impartiale, il est impossible de retrouver, dans les croyances et les rites des religions à mystères, des parallèles, sinon des antécédents de l'eucharistie. Des auteurs aussi informés et aussi éloignés du christianisme traditionnel que Cumont en ont convenu : « On peut parler de « vêpres isiàques » ou d'une « cène de Mithra avec ses compagnons », mais seulement dans le sens où l'on dit les « princes vassaux de l'empire» ou le «socialisme de Dioclétien ». C'est un artifice de style pour faire jaillir un rapprochement et établir vivement et approximativement un parallèle. Un mot n'est pas une démonstration, et il ne faut pas se hâter de conclure d'une analogie à une influence. » (2)
Il semble même que nous pouvons approuver les conclusions plus précises de Coppens dans l'étude déjà citée sur Le mystère eucharistique et les mystères 'païens (3). » On n'a pas prouvé que les dieux sauveurs du syncrétisme grécoromain aient été au pied de la lettre des dieux morts et
(i) Les mystères de Mithra, 3® édit., p. 165.
(2) F. Cumont, Les religions orientales dans le monde romain, 4* édit., Paris, 1929, p. IX.
(3) Lac. cit., p. 133-134-
ressuscites, que les mystères aient voulu commémorer efficacement leur passion, que les mystes aient attribué à cette passion et à sa commémoration une efficacité sacramentelle, que cette efficacité dérivât de l'union des fidèles à la passion des dieux, que cette union ait été réalisée au moyen d'un repas de sacrifice dont le rite essentiel consistait dans la distribution aux initiés de pain bénit et d'une coupe de vin consacré, enfin que le salut ainsi obtenu ait été un salut d'ordre spirituel et individuel, assuré pour toute l'éternité. » (i) « De plus, les mystères n'ont jamais évolué jusqu'à représenter ce qui est l'essentiel du mystère chrétien, c'est-à-dire le mystère de la croix. » (2) Bref, à mesure que l'on a étudié de plus près l'histoire religieuse de l'Empire, il est apparu davantage que l'eucharistie n'est pas le fait d'emprunts, ni l'aboutissement d'une longue évolution de croyances, ni l'achèvement des cultes à mystères. Il y a tout au plus lieu d'affirmer que dans l'ambiance créée par les religions orientales, la prédication de l'eucharistie, sacrement et mystère, a pu trouver quelque préparation lointaine et quelques fragiles appuis.
(i) J. CoppENs, loc. cit., p. 134.
(2) J. CopPBNS, loc, cit., p. 134.