INTRODUCTION IX
lonté souveraine de Dieu et en conformité avec elle, et elle vise un but proprement religieux : l'honneur divin ou la sanctification des fidèles ; enfin, elle requiert toujours certaines conditions morales. Dans la magie, au contraire, les rites sont censés tenir d'eux-mêmes un pouvoir contraignant, opérer indépendamment ou même à l'encontre de la volonté divine ; de plus ils tendent à satisfaire les instincts les moins élevés de domination et de jouissance, et n'exigent des bénéficiaires qu'une confiance aveugle dans le magicien et une générosité à son égard proportionnée à ses services.
Appliquée à l'eucharistie, la notion de sacrement implique non seulement l'idée d'un aliment et d'un breuvage surnaturels, mais encore celle de la présence réelle du Seigneur : le pain et le vin ne signifient péis uniquement, ils sont en réalité le corps et le sang de Jésus.
La notion de sacrifice est plus difficile à préciser ; elle divise aussi bien les théologiens que les historiens des religions. La méthode à suivre pour la déterminer fournit elle-même matière à controverse. La notion de sacrifice sera-t-elle construite à priori, c'est-à-dire déduite des exigences de la vertu naturelle de religion ? Sera-t-elle au contraire obtenue par voie d'induction ? Et, dans l'affirmative, l'examen portera-t-il sur tous les sacrifices connus, ou seulement sur la catégorie la plus importante, les sacrifices de l'ancienne Loi, ou même sur un seul sacrifice, éminent entre tous, celui de la croix ? Deux aspects du problème sont particulièrement discutés. Le premier se rapporte à la nécessité du caractère rituel. M.Lepin (i) par exemple distingue le sacrifice personnel ou direct et le sacrifice rituel ou symbolique comme deux espèces véritables quoique d'inégale valeur, tandis que d'autres auteurs, tels M. de la TaiUe (2) et F. de Lanversin (3), estiment que dans tout sacrifice entendu au sens propre, l'oblation rituelle est de rigueur.
(i) L'idée du sacrifice de la messe d'après les théologiens depuis l'origine jusqu'à nos jours, Paris, 1926, p. 737-740- — La nécessité du caractère rituel est rejetée également par Al. Janssens, De heilige eucharistie, t. 1 : De hoojdlijnen der eucharistische théologie, dans les Leerboeken der dogmatica en der apologetica, t. VIII, Bruxelles, 192g.
(2) Mysterium Fidei. De augustissimo corporis et sanguinis Christi sacriftcio atque sacramento, -2.° édit., Paris, 1924, p. 4-29 .
(3) Esquisse d'une synthèse du sacrifice, dans les Recherches de science religieuse, 1927, t. XVII, p. 202-204.