INTRODUCTION XI
Dieu dans l'homme, soit par l'apothéose de l'homme qui y acquiert la gnose, la toute-puissance, la joie dionysiaque et la nature divine. » L'union est réalisée par un ensemble de rites qui constituent un drame et reproduisent le mythe reUgieux. Will (i) attribue trois caractères aux mystères cultuels ainsi précisés : d'abord ils s'efforcent de figurer et de réaliser l'union mystique ; ensuite, ils revêtent un caractère ésotérique, et servent à des fins d'initiation ; enfin, ils ont une tendance à spiritualiser les rites (2). D'une manière plus concise mais plus exacte le mystère est également défini : une action cultuelle, qui rend présente dans un ensemble de rites une économie de salut ; en accomplissant les rites les croyants participent à cette économie et opèrent ainsi leur salut (3).
Les notions de sacrement, sacrifice et mystère ainsi déterminées, l'objet de notre dissertation apparaît circonscrit. Pour la foi de l'Église et pour la théologie catholique le caractère sacramentel, qui implique l'idée de la présence réelle du Seigneur, et le caractère sacrificiel sont les deux aspects les plus importants de l'eucharistie et remontent à une institution de Jésus. Ces affirmations se justifient-elles au regard de l'histoire ? L'eucharistie, considérée en tant que sacrement et sacrifice, a-t-elle pour auteur Jésus ?
De plus nous devrons nous demander si dans les sources les plus anciennes l'eucharistie apparaît également comme un rite de mystère (4). L'eucharistie en effet se présente comme le rite commémoratif de la mort de Jésus, et d'autre part les mystères cultuels furent répandus dans le milieu où le christianisme prit naissance. Bref, nous aurons à examiner si l'eucharistie se
(i) op. cit., p. 125-139.
(2) Sur la notion du mystère cultuel, cf. aussi : S. Angus, The Mystery-Religions and Chnstianity.A Studyin the Religious Backgroundof Early Christianity , Londres, 1925, p. 39-75 ; U. Fracassini, Il misticismo greco e il cristianesimo, dans la Biblioteca di cuUura religiosa, t. III, Città di Castello, 1922, p. 1-41 ; A. LoiSY, Les mystères païens et le mystère chrétien, i^ édit., Paris, 1919, p. 12-13 ; R. Pettazzoni, I Misieri.Saggio di una teoria storico-religiosa, dans la Storia délie religioni, t. VII, Bologne, 1924, p. 282-322.
(3) G. Casel, Mysterienfyômmigkeit, dans la Bonner Zeitschrift jûr Théologie und Seelsorge, 1927, t. IV, p. 104.
(4) Au cours de notre travail nous nous permettrons de parler de piété « mystérique ». On voudra bien excuser ce néologisme. R. Will [op. cit., p. 82, note i) observe à juste titre que le terme « mystique » affecte déjà plus de significations qu'il ne peut en supporter. Avec lui nous entendroiis par « mystérique » tout ce qui se rapporte au type cultuel du mystère.