‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 10 sur 173 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

France en Egypte. C'est aussi un problème traditionnel que la recherche d'une communication entre la Méditerranée et la mer Rouge, puisque l'origine en remonte à l'histoire ancienne et à l'antiquité classique. Le souvenir d'initiatives plus modernes relie au présent cette tradition du passé. Un Turc, El-Eudj- Ali, a eu, en 1586, la velléité de rétablir le canal des Pharaons entre le Nil et Suez, et l'ambassadeur de France à Constantinople, Savary de Lancosme, en a rendu compte à sa cour (1). Les Bourbons en ont donc trouvé l'indication dans l'héritage des Valois. Plus tard, l'auteur anonyme d'un mémoire conservé aux Archives des Affaires étrangères a soumis à Richelieu un plan de colonisation de l'Inde et de l'Australie, qui comporte aussi l'ouverture d'un canal de la mer Rouge à la Méditerranée (2) . Louis XIV enfin

(1) «... Oluchaly (El-Eudj-Ali) s'en va en Alexandrie avec vingtcinq galères, deux mahonnes et quelques galères pour un effet qui me semble impossible ou, pour le moins, très difficile, qui est d'ouvrir un canal au Caire, tirant à une ville qui s'appelle Vez, sur la pointe du goulfe de la mer Rouge, y ayant distance par un désert sablonneux et sans eau doulce de cinq à six journées de chameau, par lequel ils veulent destourner le Nil et le faire navigable jusques à la mer Rouge, afin d'ouvrir le chemin à toutes galères et vaisseaux pour aller aux Indes orientales sans chercher l'océan. » La suite de la lettre de Savary de Lancosme à Henri III, datée du 25 juillet 1586, décrit les moyens que les ïurCvS comptent employer pour exécuter ce canal et les conséquences qu'ils en attendent. (Voyez : un Pacha d'Alger précurseur de M. de Lesseps, par M. de Giumont, et l'Isthme et le canal de Suez, par M. Charles-Roux. Paris, Hachette, 1901.)

(2) « On pourrait creuser un canal de Suez au Caire, ainsi qu'il s'est pratiqué sous les anciens rois d'Egypte, et peut-être sous Salomon. Le Turc espérerait enrichir son pays; Venise se remettrait :

a, par trois fois, essayé de résoudre la question par une négociation avec la Porte ottomane et tenté d'ouvrir à notre marine l'accès du port de Suez et de la mer Rouge (1). Le souvenir de ces négociations n'a pas encore eu le temps de s'effacer de toutes les mémoires. La trace en subsiste, d'ailleurs, dans les instructions de Golbert et de Seignelay, dans les rapports de La Haye-Vantelet, de Nointel et de Gérardin. La tradition s'en conserve aussi dans les bureaux des Affaires étrangères, où le « précédent » jouit déjà de l'autorité qu'on lui connaît, et à l'ambassade de Gonstantinople où, — leurs propres dépêches en font foi, — nos représentants en retrouvent l'écho dans la correspondance de leurs prédécesseurs.

Dès le dix-septième siècle, du reste, la question a cessé de se maintenir exclusivement dans le domaine diplomatique pour faire son apparition dans le domaine public. Ayant eu vent, sans doute, des négociations de La Haye-Vantelet et de Nointel, un commerçant, ancêtre trop méconnu des économistes du siècle suivant, Jacques Savary, a introduit dans

Marseille se rendrait puissante; on relèverait l'ancien commerce vers l'Abyssinie. Par cette correspondance des mers, les Espagnols seraient affaiblis sur la Méditerranée et tous les autres princes fortifiés. » (Voyez : Richelieu et la monarchie absolue, par le vicomte d'Avenel, et l'Isthme et le canal de Suez, par M. Charles-Roux.

(1) Les propositions et les tentatives dont l'Egypte a été l'objet sous le règne de Louis XIV ont été exposées par M. Albert Vandal dans deux ouvrages : Louis XIV et l'Egypte, Paris, Picard, 1889 et les Voyages du marquis de Nointel, Paris, Pion, 1900.

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