‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 11 sur 173 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

la seconde édition de son Parfait Négociant un remarquable développement sur le commerce des Indes par l'Egypte et suggéré l'ouverture d'un canal de la mer Rouge à la Méditerranée (1). Trois échecs consécutifs n'ont pas suffi à faire perdre au gouvernement l'espoir d'arriver à ses fins. Cet accès à la mer Rouge, que la Turquie s'obstine à lui interdire du côté de l'Egypte, il l'a cherché du côté de l'Abyssinie et, à l'instigation de Pontchartrain, le consul de France au Caire, Benoist de Maillet, a fait de cette suggestion, en 1697, une étude approfondie. Mais telle est, dès cette époque, la force d'une tradition appuyée sur l'évidence, qu'un an après, Maillet a, de lui-même, rappelé l'attention de son gouvernement sur la seule voie praticable pour mettre la mer Rouge en communication avec la Méditerranée, remis en lumière les divers moyens d'en faire usage et fait revivre le projet de jonction des deux mers par un canal. Périodiquement, d'ailleurs, nos consuls au Caire ramènent, sous une forme ou sous une autre, la même question sur le tapis. Elle reste donc ouverte et, si elle n'a pu encore être résolue, du moins la solution en est-elle connue et désignée d'avance aux efforts du pouvoir royal.

Quant à la conquête même de l'Egypte, l'idée en demeure vivante, en France, grâce au souvenir tou-

(1) Jacques Savary, le Parfait Négociant, 2e édition, Paris, 1679.

chant et glorieux de la croisade de saint Louis, qui la garantit elle-même contre l'oubli. Dans le courant du règne qui vient de finir, une proposition, écartée par le pouvoir royal presque sans examen, est venue rajeunir cette antique tradition. Leibniz a proposé à Louis XIV de s'emparer de l'Egypte et il a été éconduit. Mais, connue, sur le moment même, de très peu de personnes et prise par ceux qui la connurent en très médiocre considération, cette manifestation, qui a, depuis, dû à la personnalité de son auteur une notoriété exceptionnelle, est tombée pour plus d'un siècle dans un oubli profond. Elle n'en sera tirée qu'en 1803 (1) et n'a pas pu, par suite, exercer d'influence sur l'esprit des hommes du dix-huitième siècle.

Si, pourtant, l'idée de la conquête de l'Egypte tend faiblement encore à remonter à la surface, elle le doit à l'influence de trois causes : aux dernières lueurs de l'esprit des croisades, aux premières velléités de partage de la Turquie, à l'intérêt que suscite la recherche d'une communication plus courte avec l'Inde. Il s'en faut en effet beaucoup que l'esprit des croisades ait disparu tout d'un coup de notre pays; on en rencontre au contraire des symptômes jusqu'à une date relativement avancée de l'époque moderne,

(1) C'est en J803 que Mortier, commandant l'armée d'occupation de Hanovre, trouva un exemplaire du mémoire de Leibniz dans la bibliothèque de Hanovre. Il l'envoya à Bonaparte. Un résumé de ce document a été publié à Paris en 1805, dans le Voyage de Hanovre, de Mangouiut.

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