‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 9 sur 173 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

sont, dans ce temps, beaucoup moins nombreuses et moins florissantes qu'à notre époque et se portent même plus volontiers sur d'autres régions que l'Egypte. La Syrie et la Palestine sont leur terre de prédilection. Avec les clergés des rites orientaux unis à l'Église romaine, les Franciscains, doyens de tous les missionnaires catholiques d'Orient, forment alors toute la clientèle ecclésiastique du consul de France. Le droit de cure est attaché à la chapelle qui doit, invariablement, être annexée à la maison consulaire; chapelain du consul, le religieux qui la dessert est en même temps curé de la nation et des « Latins » . Consul et nationaux sont également jaloux de ce privilège et vigilants à défendre « un des droits les plus honorables dont la nation fût en possession (1) ». On se tromperait cependant singulièrement en se représentant comme un édifice somptueux l'église qui réunit ce double caractère de chapelle consulaire et de paroisse nationale. Attenante à l'habitation du consul, à moins même qu'elle ne consiste en une simple pièce de sa maison, elle se signale généralement par l'exiguïté des dimensions et la simplicité des ornements, auxquels pourvoit la chambre de commerce de Marseille. »Le nombre des paroissiens n'est ici guère moindre de cent, écrit un consul du Caire, et cependant la chapelle n'en peut pas contenir une

(i) 1699, Benoist de Maillet à la chambre de commerce de Marseille.

trentaine. C'est une honte pour nous de voir, aux bonnes fêtes, les trois quarts des marchands dans des cours et sur des escaliers (1). » Tel est le cadre modeste dans lequel se célébreront alors les cérémonies que l'on nomme encore les « messes consulaires » . Pas plus qu'aujourd'hui, les chrétiens schismatiques ne sont compris dans le protectorat religieux de la France. Mais tel est, à cette époque, le prestige du nom français, qu'à défaut d'autre grande puissance dont ils puissent se réclamer, les chrétiens de toutes confessions, grecs, arméniens, coptes, ont pris l'habitude de considérer le consul de France comme leur protecteur naturel : si bien que son patronage englobe, à des titres divers, catholiques latins et chrétiens schismatiques, tout ce que l'islam n'a pas converti à sa foi. Ainsi, l'influence de la France pénètre, à la suite de la religion, partout où vit une communauté chrétienne, aussi loin que parviennent des moines chrétiens : le portrait de Louis XIV vient orner le couvent du mont Sinaï (2) .

La tradition assigne donc au commerce et à la religion une place essentielle dans la politique de la

(1) Janvier 1702. Kcnoisl de Maillet à la chambre.

(2) •< Mgr l'Archevêque du Mont Sinaï m'avait demandé un portrait du Roi pour mettre dans la salle de ee laineux monastère et transmettre à la postérité l'image d'un Prince dont les actions ont pénétré jusque dans les déserts les plus reculés. Cet archevêque et toute sa famille ont une vénération singulière pour la personne de Sa Majesté. » (Benoist de Maillet à la chambre de commerce de Marseille, 25 février 1099.)

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