‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 100 sur 173 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

merce de l'Inde et où Talleyrand songe à diriger vers l'Afrique septentrionale l'expansion coloniale de la France.

Devenue l'objet d'une sorte de popularité, au moment même où la situation critique de la Turquie justifiait toutes les appréhensions et autorisait les hypothèses les plus diverses, l'Egypte se trouvait, par là même, désignée aux imaginations inquiètes. En pénétrant dans le public et en s'y propageant, la notion de ses ressources y frayait la voie à l'idée de nous l'approprier. Aussi était-il inévitable que cette idée sortît du domaine des secrets diplomatiques, où elle avait été confinée jusqu'alors, pour se faire jour dans les discussions publiques.

Un an après avoir contribué, par la publication de son Voyage, à édifier l'opinion sur la valeur de l'Egypte, Volney, le premier, posa devant elle la question de savoir s'il convenait à la France de s'approprier ce pays. L'approche de la Révolution, qui liait les mains au gouvernement et le réduisait de plus en plus à une attitude passive, activait au contraire le mouvement des idées, stimulait les esprits et augmentait la liberté d'expression. Ainsi s'explique-t-on que le problème posé par la reprise des hostilité en Orient ait peu à peu perdu le caractère confidentiel, qu'il avait conservé dans un si grand nombre de mémoires, pour servir de thème aux bruyantes controverses des publicistes. Les Constat.

dévalions sur la guerre actuelle des Turcs, que Volney publia en 1788, consacrent ce passage du mystère des chancelleries au grand jour de la librairie. Volney y prenait délibérément le contre-pied de chacun des deux systèmes, considérés avant lui comme étant seuls compatibles avec les intérêts de la France : prendre parti pour la Turquie ou s'entendre avec ses ennemis pour en partager les dépouilles. Le second est inadmissible, « parce que, dit Volney, rompre soudain avec un allié pour devenir son plus cruel ennemi est une conduite lâche et odieuse » ; le premier est absurde, parce que toutes les raisons données pour justifier l'intérêt qu'a la France au maintien de la Turquie sont, aux yeux de Volney, autant d'erreurs et d'inepties. Les arguments par lesquels il soutient ce paradoxe sont un curieux exemple de l'aveuglement où peut conduire, en politique, l'abus de la logique et de la raison pure. La Turquie était une puissance décrépite, fanatique, barbare, inhospitalière aux sujets même de ses propres alliés : pouvait-elle, dans de telles conditions, être nécessaire à la sûreté de la France et à l'équilibre politique de l'Europe? Elle était incapable de tirer parti de ses ressources naturelles, appauvrie, épuisée par une administration cupide et indifférente au bien public: or un empire pouvait-il se dévaster sans se détruire et pouvait-on faire longtemps un commerce riche avec un pays qui se ruinait? Le corn-

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