‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 99 sur 173 · CHAPITRE VIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIT

cet avantage n'est pas non plus passé sous silence, dans le plaidoyer anonyme en faveur de l'occupation de Rhodes : « Par sa situation entre l'Egypte et la mer Noire, par la bonté de son port, Rhodes, lit-on dans ce mémoire, présente à la France tous les avantages. Maîtresse de Rhodes, elle pourrait rétablir par la route de Suez un commerce qui, d'après l'expérience, produit 25 pour 100 et abrège le voyage de quatre à cinq mois. » Invoquer un tel argument, n'était-ce pas rendre un hommage indirect à la valeur de l'Egypte?

C'est qu'en effet hi notion de ses ressources, de ses richesses naturelles, la connaissance de son histoire, la réputation de ses monuments avaient été répandues et vulgarisées en France, au point de devenir, en quelque sorte, de notoriété publique. Tant de projets, d'espérances, de discussions dont elle avait été l'objet avaient fini par créer autour de l'Egypte comme une atmosphère d'intérêt et de curiosité. Les voyageurs s'y rendent plus nombreux et surtout plus illustres que dans la première moitié du siècle : tantôt c'est un grand seigneur philanthrope comme le duc de Chaulncs, tantôt un naturaliste, élève de Buffon et compagnon de voyage du baron de Tott, Sonnini de ononcourt; tantôt ce sont des philosophes comme vary et Volney. Au retour, la publication de leur journal de voyage est un événement littéraire. A quelques mois d'intervalle, le public fait un véritable

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succès aux Lettres sur l'Egypte de Savary et au Voyage en Egypte et en Syrie de Volney. Le second surtout de ces deux ouvrages est accueilli avec une faveur qui, de Fauteur inconnu la veille, fait d'emblée un homme célèbre. Et c'est un symptôme caractéristique qu'on ait pu, dans la France de 1788, conquérir la célébrité en entretenant le lecteur, en si bons termes que ce soit, de l'Egypte, d'Alexandrie et du Caire, du Nil, du delta, des Mameluks, d'Aly-bey et de ses successeurs, de l'isthme de Suez et de la jonction de la mer Rouge à la Méditerranée. Car ce classique projet fournit à Volney la matière d'un chapitre (1) plus curieux que juste, où, écartant le moyen d'une communication directe des deux mers, il présente comme étant seul pratique et réalisable celui d'une jonction par l'intermédiaire du Nil.

Colporté par des ouvrages que la vogue avait consacrés, le renom de l'Egypte, de sa fertilité, de son incomparable position, de son rôle dans le commerce du monde (2) pénétrait dans l'esprit des hommes qui s'éveillaient à la vie publique et frappait leur imagination. C'est l'époque où Napoléon jette sur le papier des notes (3) sur l'Egypte ancienne et sur le com-

(1) Chap. ix du Voyage en Egypte et en Syrie.

(2) Voyez notamment, dans les Lettres sur l'Egypte de Savary, la lettre \ <lu tome -J sur «les révolutions que le commerce d'Egypte a subies depuis la [dus liauie antiquité jusqu'à nos jours ».

(3) Napoléon inconnu, papiers inédits (1786-1793) par Frédéric Massi.n.

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