CHAPITRE VII
breuse de « beys subalternes, qui bataillaient, exploitaient et opprimaient pour leur propre compte » . L'état d'anarchie du pays et l'avidité des gouvernants avaient sinon anéanti, du moins considérablement appauvri le commerce et l'agriculture, sources uniques de la richesse de l'Egypte. Les établissements français d'Alexandrie et du Caire avaient été très éprouvés par le ralentissement des affaires et les continuelles avanies. Leur commerce s'était très mal trouvé du transfert de l'Echelle du Caire à Alexandrie. Dépourvues de protection officielle, les maisons qui subsistaient au Caire, centre des échanges et principal marché de vente et d'approvisionnement, étaient réduites à trois. Encore fallait-il s'attendre à les voir bientôt disparaître, si le consulat général n'était promptement rétabli. C'était la mesure que préconisait Truguet, « en attendant l'influence si désirée du gouvernement français eh Egypte » .
A défaut de cette influence, qui continua de se faire attendre, celle de la Porte parut un instant sur le point de ramener l'ordre dans le pays et la prospérité dans les affaires. Tel fut du moins l'espoir de nos marchands en apprenant que le sultan envoyait le capitan-pacha en Egypte pour châtier l'insubordination d'Ibrahim et de Mourad (1787). Mais il en advint tout autrement. Lorsque l'amiral turc arriva à Alexandrie, son premier soin fut d'emprunter aux négociants français les sommes nécessaires pour accomplir sa
besogne : le consul put en obtenir le remboursement. Mais Ibrahim et Mourad avaient aussi des dettes importantes envers nos commerçants : quand le capitanpacha les eut vaincus, exilés et qu'il eut confisqué tous leurs biens, leurs créanciers français se trouvèrent en perte de 3 millions. En vain, le consul essaya-t-il de les faire rembourser sur les biens, évalués à 25 millions, que le capitan-pacha avait confisqués ; en vain Choiseul-Gouffier soutint-il auprès de la Porte la même revendication; en vain, de guerre lasse, le consul demanda-t-il à la cour de frapper le commerce du Levant tout entier d'une imposition extraordinaire, destinée à combler le déficit produit en Egypte par cet événement.
Le capitan-pacha, la Porte, la cour de Versailles restèrent sourds aux lamentations des négociants français d'Alexandrie et du Caire. Du coup, l'Échelle d'Egypte faillit être ruinée et traîna, jusqu'à sa disparition, le boulet de ses créances protestées. Si, tout au moins, l'expédition dont elle se trouvait avoir soldé les frais lui avait procuré la sécurité, peut-être aurait-elle pu, dans le calme et la tranquillité, se refaire des pertes quelle avait subies. Mais la victoire du capitan-pacha n'entraîna dans l'administration intérieure de l'Egypte d'autre changement qu'un changement de personnes ; les abus dont nos nationaux avaient eu à se plaindre de la part d'Ibrahim et de Mourad se renouvelèrent, sous le gouvernement