CHAPITRE VII
du bey que l'amiral turc éleva à leur place. Ismaël profita de la guerre qui éclata peu de temps après son arrivée au pouvoir pour se rendre aussi indépendant que ses prédécesseurs et pour ne laisser au commerce étranger ni garantie, ni recours contre son bon plaisir. S'il n'abusa pas trop de sa toute-puissance aux dépens des résidents français, ceux-ci ne le durent qu'à l'habileté et à l'influence de Magallon, qui sut se faire bien venir de lui. Mais, en dessous de lui, toute la meute des petits potentats, dont était infestée l'administration égyptienne, surenchérit sur ses propres habitudes et rançonna nos commerçants avec une avidité croissante.
Cependant Mourad et Ibrahim, réfugiés dans la Haute-Egypte recouvrèrent peu à peu assez d'influence et de partisans, au Caire et à Constantinople, pour inquiéter Ismaël. Les craintes qu'il conçut de ce fait, jointes à celles que lui inspiraient les intentions de la Russie, eurent pour effet de lui faire rechercher l'appui de la France. Ayant fait appeler Magallon (l), il le chargea de solliciter pour lui la protection du Roi et de demander à Versailles l'envoi d'un ingénieur, d'un officier d'artillerie, d'un chef fondeur et d'un nombre suffisant d'auxiliaires, pour lui fabriquer mortiers, canons, boulets, ponts de bois et navires. Lui-même écrivit au ministre de la Marine,
(1) Arch. Aff. étr., Turquie, 179. Lettres de Magallon à La Luzerne et à Choiscul-Goufher, 6 mars 1789.
M. de la Luzerne, et eût voulu offrir des chevaux en présent à Louis XVI.
Magallon ne manqua pas de signaler le parti que Ton pouvait tirer des dispositions d'Ismaël, « si Ton formait des vues politiques sur ce pays, soit quant à l'objet d'empêcher les Russes d'y prendre pied, soit en nous assurant par ici une communication sûre et facile avec l'Inde » . Mais ces raisons ne suffirent pas à obtenir l'assentiment de la cour à la requête d'Ismaël-bey. Fournir des officiers aux Mameluks, après que le Roi avait rappelé sa mission militaire à Gonstantinople, parut au ministre de la Marine un manque d'égards pour le sultan. Pour que sa demande fût recevable, Ismael devait donc la faire passer par l'intermédiaire de la Porte. S'il persistait à nous en saisir directement, Magallon gagnerait du temps en invoquant la nécessité de fixer les traitements des officiers, avant de les envoyer. Telle fut la réponse (1) dont La Luzerne soumit le projet à Montmorin, qui l'approuva, sans toutefois s'en dissimuler les inconvénients : ne risquions-nous pas en effet qu'Ismaël, éconduit par nous, ne s'adressât aux Anglais, qui s'empresseraient de le satisfaire (2) ? Magallon devait
(1) Axch. Aff. étr., Turquie, I7i), correspondance consulaire. « Je suis convaincu que la délicatesse des sentiments de Sa Majesté pour Sa Hautesse répugnerait à des démarches qui n'ont point l'attache de ce Prince. Il est «loue indispensable qu'Ismaël sollicite l'intervention du ministère ottoman. » (Projet de réponse <lc La Luzerne.)
(2) « Il est à craindre que, si nous nous refusons à sa demande, les