‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 106 sur 173 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

donc éviter de donner à sa réponse l'apparence d'un refus définitif et tenir la négociation ouverte; et de son côté, Choiseul-Gouffier pressentirait la Porte sur l'accueil qu'elle ferait à l'envoi de secours en Egypte, « pour mettre ce pays à couvert des révolutions, si une fois elle était parfaitement sûre de ceux qui y auraient l'autorité » .

Muni d'instructions aussi peu conformes à celles qu'il avait espérées, Magallon s'estima heureux d'éviter à nos nationaux le ressentiment d'Ismaël-bey, « qui avait fait le plus grand fond sur le secours des personnes » sollicitées par lui de Versailles. Lui avouer les raisons par lesquelles nos ministres avaient motivé leur refus, c'eût été nous l'aliéner sans retour. Magallon en attribua la cause à la révolution, et « à la nécessité où le gouvernement s'était trouvé de ne point éloigner les personnes utiles n . À l'arrivée de chaque navire, il eut soin d'aviser Ismaël de la continuation des troubles : de la sorte, il le persuada que c'était « par impossibilité et non par d'autres motifs » que la cour ne se prêtait pas à son désir; et, le tenant ainsi en haleine, il conserva à nos nationaux la protection que leur assuraient ces illusions. Cette heureuse tactique avait si bien réussi à Magallon

Anglais, à qui il s'adressera, ne se montrent beaucoup plus faciles... Les raisons qui ont engagé le Hoi à retirer tous ses officiers de Constantinople ne sont pas tout à fait applicables à l'Egypte. » (Montmorin à Choiseul-Gouftier, Turquie 179.)

qu'il allait jusqu'à garantir à la cour la possibilité de reprendre la négociation quand elle le jugerait à propos (1).

Mais celle-ci n'en témoignait nul désir. Telle était la peur que les ministres avaient de se compromettre, que La Luzerne laissa sans réponse une lettre du pacha d'Egypte, du propre représentant de la Porte au Caire. Ce fonctionnaire, désireux d'obtenir l'appui de Choiseul-Gouffier à Gonstantinople, avait écrit dans cette intention au secrétaire d'État de la Marine au moment même où Ismaël-bey s'adressait à lui pour un autre objet : et Magallon dut encore employer sa diplomatie à corriger l'effet du silence, cette fois inexplicable, d'un ministre de Louis XVI.

Il n'entrait pas dans le caractère des Mameluks de se payer longtemps d'espérances. La faiblesse qui se laissait deviner sous la réserve de notre gouvernement ne pouvait qu'encourager leur cupidité. Ainsi se retournait contre notre commerce une chance qui s'était offerte de porter remède à ses maux.

Il devint bientôt impossible à nos nationaux, abandonnés à eux-mêmes, de se maintenir au Caire C'est

(I) Areh. Aff. étr., correspondance consulaire. Le Caire. Lettre de Magallon à La Luzerne, 16 mars 1790. « Votre Grandeur ne doit pas craindre (pic je la mette dans la nécessité de sortir du système de prudenqe que les circonstances actuelles l'ont mise dans le cas d'adopter. Elle pourra, lorsqu'elle croira le moment favorable, négocier avec Ismaël-bey ou avec tout autre personnage qui pourrait le remplacer, Vous pouvez, Monseigneur... être assuré que la porte aux négociations qui pourraient vous être utiles est toujours ouverte. »

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