CHAPITRE VII
alors qu'ils adressèrent à l'Assemblée constituante et à la chambre de commerce de Marseille deux mémoires (1), où ils rassemblèrent tout ce qui pouvait appeler l'intérêt sur eux. Sur le point de quitter une ville dont le séjour leur était devenu intolérable, ils passèrent en revue toutes les raisons qui y rendaient leur présence nécessaire : la valeur exceptionnelle du Caire, comme marché et comme entrepôt; le nombre et l'importance des transactions qui s'y opèrent; l'abondance des marchandises qui s'y consomment; la variété des produits qui y parviennent. Ils invoquèrent aussi l'intérêt de nos communications avec l'Inde. « Si les Français, disent-ils, abandonnent le Caire, la communication avec les Indes orientales par l'isthme de Suez est interrompue; nos vaisseaux n'apportent plus à Suez les toiles du Bengale. Ce commerce, qui avait causé tant de soucis à la Compagnie anglaise, qui, mieux dirigé, peut lui porter un coup mortel, est perdu pour la France. Il faut donc, pour la prospérité du commerce national, qu'il y ait des Français au Caire. »
S'il en est ainsi, le gouvernement ne doit-il pas se préoccuper des moyens de les y maintenir? Nos compatriotes supplièrent l'Assemblée de conclure avec la Turquie de nouvelles capitulations et proposèrent tout un ensemble de mesures coercitives, afin de con-
(1) Aidi. hist., chambre commerce de Marseille. Série II II . , art. 15.
traindre les beys à s'y conformer. La France représentera au gouvernement turc que les capitulations ne sont plus respectées en Egypte et qu'il doit en exiger l'application. Elle lui demandera de conclure avec elle un nouveau « traité » , que signeront tous ceux qui participent au gouvernement de l'Egypte, en s'engageant à en suivre fidèlement les prescriptions. Il sera interdit aux autorités locales, par des articles formels, d'extorquer aux Français aucune somme d'argent, de troubler en quoi que ce soit leur commerce ou leur sécurité, de percevoir plus de 3 pour 100 sur les marchandises reçues ou expédiées par eux, d'exiger d'eux des avances sur le paiement des douanes, de ne pas tenir compte des assignations lancées par eux contre leurs créanciers.
Prétendra-t-on que les beys refuseront de reconnaître la validité d'un traité intervenu entre la France et la Turquie? Mais «les beys du Caire ne sont pas des sauvages qui, vivant dans les bois, n'aient jamais entendu parler du roi des Français. Le commandant actuel du Caire a vu Gonstantinople; il sait les noms des rois de l'Europe, il a une idée de leur puissance. Il a donné des preuves non équivoques du désir qu'il aurait de se lier avec la France » . D'ailleurs, le cas est prévu où l'exécution du traité rencontrerait en Egypte de la résistance. Au cas où ce traité viendrait à être enfreint, le Roi demanderait réparation au Grand-Seigneur; si, dans les deux mois, il ne l'avait