‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 108 sur 173 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

pas obtenue, il s'en prendrait aux pouvoirs locaux. Réduire les beys à composition n'est pas chose difficile : « quatre frégates, dont deux bloquassent les ports d'Alexandrie et de Damiette , et deux croisassent entre ceux de Djeddah et de Suez dans la mer Rouge, priveraient tout à coup l'Egypte de son commerce et les beys accorderaient bien vite toutes les satisfactions qu'on demanderait. » On pourrait, au besoin, se saisir de la flotte qui, chaque année, au mois de mars, part de Djeddah pour Suez, avec une cargaison de gomme, de drogues et de café. Sa prise dédommagerait l'État des frais de la guerre, dût-elle durer plusieurs années. Ainsi, concluent nos nationaux, le commerce français serait protégé, sans qu'il en coûtât rien à la nation; il redeviendrait florissant. « Le Caire offrirait une communication facile avec les Indes orientales et le port de Suez serait fatal au commerce des Anglais. »

Ici, déclarent nos négociants, « les vues s'agrandissent » . Faut-il donc renoncer à l'espoir de réaliser le rêve qui s'est dérobé au maréchal de Castries? « Que faisons-nous et quel aveuglement est le nôtre? Si nous voulons abattre la puissance de nos rivaux dans le Bengale, si nous voulons partager le commerce qu'ils font dans ces riches contrées, c'est vers Suez et la mer Rouge qu'il faut tourner nos regards... Que les ports de la mer Rouge soient ouverts aux navires français; que le commerce qu'ils y feront

ne soit soumis à aucune entrave; qu'ils puissent apporter à Suez les marchandises des Indes ; que leur transport de Suez au Caire soit protégé par le bey commandant : bientôt le Caire deviendra l'entrepôt des Indes orientales, et ce colosse que les Anglais ont élevé dans le Bengale sera renversé. » La négociation du nouveau traité à conclure avec la Porte fournira l'occasion de mener à bien ce projet, à l'exécution duquel nos négociants s'étaient crus si près de toucher. Des articles exprès fixeront toutes les conditions nécessaires à l'établissement d'une communication régulière entre la France et l'Inde par l'Egypte. L'espoir de nos compatriotes fut encore une fois déçu. Au milieu des difficultés auxquelles il était en butte, le gouvernement royal ne pouvait se prêter ni à une négociation avec la Porte, ni à un coup de force contre les beys, ni même à une tentative en vue d'ouvrir à nos marchands la route commerciale de Suez. Cependant, à peu de temps de là, son attention fut encore appelée sur les facilités qu'offrait cette voie pour correspondre avec l'Inde. Au mois de décembre 1790, un personnage dont il a déjà été question, Froment (l), plaça sous les yeux du comte de Fleurieu, ministre de la Marine, les propositions qu'il avait soumises, huit ans auparavant, au maréchal de Gastries (2). Le moment lui paraissait venu d'en

(1) Voyez cli. i\, |». 107.

|J) \ieli AIT. étr., mémoires et documenta, Indes oriental

es.

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