‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 109 sur 173 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

tenir compte : le ministre en jugea sans doute autrement.

Si la royauté expirante n'avait guère le loisir de penser à la route de Suez, du moins la Révolution avait-elle balayé les obstacles qui avaient empêché le commerce d'en faire usage.

La Constituante réalisa tardivement le vœu des armateurs en abolissant le privilège de la Compagnie des Indes, dans la nuit du 4 au 5 août 1789. Restait encore à abroger la mesure qui interdisait d'effectuer les retours de l'Inde par tout autre port que celui de Lorient. Cette défense soulevait les protestations des provinces méridionales de la France, qui n'avaient pas perdu l'espoir de se voir associées, par la Méditerranée et la mer Rouge, aux profits de ce lointain trafic. Dans un mémoire consacré au commerce du Languedoc, M. Dupré, député de Carcassonne, réclama pour tous les ports la liberté d'importer des marchandises de l'Inde et, dans la séance du G juillet 1790, M. de Sinéty, député de Provence, porta

Chine, Cocliinchino, 19, 5. Lettre du sieur Froment au comte de FIcurieu, ministre de la Marine, 13 décembre 1790. «... Je demandai que le gouvernement établit une correspondance suivie avec nos possessions aux grandes Indes et pour cela qu'il envoyât deux bâtiments du Roi sur la mer Rouge pour faire continuellement la navigation de Suez à nos colonies. Les circonstances pourront en faire déterminer un plus grand nombre. Mais il est important qu'il y en ait toujours un au port de Suez, prêt, pour qu'au même instant qu'il recevrait les ordres de Paris, il mît à la voile pour se rendre au lieu qui lui sera indiqué. »

cette revendication à la tribune (1). Il réveilla le désir d'ouvrir à nos commerçants une route plus courte vers les Indes et montra que les armateurs de la Méditerranée sauraient bien s'en charger, pourvu qu'on leur accordât la liberté d'effectuer leurs retours par les ports de cette mer. « Ce projet, conclut-il, n'est point chimérique et il eût eu sans doute déjà son effet, si le régime de la liberté eût favorisé jusqu'à ce jour le commerce des armateurs de la Méditerranée, au lieu de les avoir tenus enchaînés, sous la loi du régime arbitraire, qui s'est opposé à toutes leurs utiles tentatives et entreprises en ce genre (2) . »

Déjà l'écho de ces préoccupations commerciales allait se perdre dans le grondement de la Révolution. La question d'Orient elle-même cédait le pas à des soucis plus pressants. En vain Ghoiseul-Gouffier s'efforçait-il de réveiller l'intérêt de Montmorin pour le prestige et le crédit de la France à Gonstantinople. Sa correspondance, de 1789 à 1792, n'est qu'une continuelle et inutile protestation contre l'abdication de notre gouvernement et l'effacement de notre politique.

Get effacement avait été s'accusant en raison directe de l'énergie que les circonstances eussent

(1) Arch. hist. de la chambre de commerce de Marseille. » Mémoire sur le commerce en général et celui du Languedoc... etc. » par M Dupré, député de Garcassonne. 1790. (11. II., art. 42 et 43.)

(2) Ibid.

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