‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 12 sur 173 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

à tel point qu'on a pu écrire une étude sur « un projet français de conquête de l'empire ottoman aux seizième et dix-septième siècles (1) » . Ce n'est pas sans hésitations ni sans regrets que Louis XIV lui-même s'est résolu à suivre, envers la Turquie, la politique de ses prédécesseurs, et nombreux sont les témoignages qu'il a donnés, jusqu'en 1669, d'une impatience mal contenue de combattre les infidèles. Neuf ans ont été nécessaires à Golbert pour le gagner définitivement à la cause de la paix et le détourner de rouvrir l'ère des guerres saintes, sauf à dédommager la France, par quelque conquête fructueuse, du sang versé pour la foi. Car le sens pratique se combine dans une curieuse mesure, avec le prosélytisme, dans ces tardives manifestations de l'esprit des croisades, et l'on y voit germer l'idée d'un partage politique des territoires conquis en commun sur le Turc. Chacun répartit les provinces comme il l'entend : c'est ainsi que la France se voit attribuer, par l'un des îles de l'archipel, par l'autre Constantinople et les détroits, par l'autre enfin l'Egypte. La basse vallée du Nil fait en effet partie du lot (2) que le R. P. Jean Goppin, ancien consul des Français à Damiette, réserve à son pays dans son Bouclier de l'Europe ou la guerre sainte (1686) . Maintenant à l'état de vassaux

(1) L. Drapevron, Revue des Deux Mondes, 1er novembre 1876.

(2) Ce lot se compose de Bône, Tunis, Corinthe, Constantinople, Andrinople, Brousse et la Basse-Egypte.

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les seigneurs locaux d'alors, Louis XIV, s'il eût suivi ce religieux dans son dessein, eût établi dans la Basse-Egypte une sorte de protectorat français.

Les négociants souhaitent, eux aussi, que le roi étende sa domination sur cette contrée; ils voient dans cette conquête la condition d'une entreprise qui déjà leur tient à cœur : l'établissement d'une communication, maritime, fluviale ou terrestre, entre la Méditerranée et la mer Rouge. C'est le vœu qu'exprime Jacques Savary (1) dans son Parfait Négociant.

Il n'est pas jusqu'aux diplomates qui ne spéculent, dès cette époque, sur la chute et sur le partage de l'empire ottoman. Dans un mémoire que Saint-Priest eut plus tard sous les yeux, M. de Ghâteauneuf (2), ambassadeur du roi àConstantinople, désigne, comme la part éventuelle de la France, l'île de Candie, au secours de laquelle Louis XIV a envoyé la malheureuse expédition des ducs deNavailles et de Beaufort. Ce projet devait être souvent remis sur le tapis et former, tantôt le complément, tantôt la contre-partie de la plupart des plans de descente en Egypte.

(1) « Si notre grand monarque Louis le Grand était maître de l'Egypte, comme il serait à souhaiter... » et : « Il n'appartenait qu'à notre grand monarque d'exécuter une telle entreprise... »

(2) « M. de Ghâteauneuf, l'un de mes plus habiles prédécesseurs en cette ambassade, proposa à Louis XIV, dans un rapport que j'ai sous les yeux, sur l'hypothèse de la chute de l'empire ottoman, de s'emparer de l'île de Candie et ce projet a été remis depuis sur le tapis. » Mémoire du comte de Saint-Priesl sur son ambassade en Turquie. Arch. Aff. étr., Turquie, 171.)

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