‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 111 sur 173 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

avantages de commerce, la navigation de la mer Noire et peut-être celle de la mer Rouge, qui doublerait leur puissance dans l'Inde (1) ». Et il adjura encore Montmorin de rendre ce marché impossible en prenant les devants.

Mais aucune considération politique ni commerciale ne put faire entendre raison au ministre. Ses réponses aux appels désespérés de Ghoiseul-Gouffier ne sont qu'une suite de refus, enveloppés d'excuses, de regrets, d'exhortations à la patience et de paroles de consolation. Pour dégager sa responsabilité, il invoque une raison sans réplique : la force majeure. La situation intérieure paralyse le gouvernement : tel est le thème que développent, l'aveu d'impuissance que paraphrasent, à mots couverts d'abord, ouvertement ensuite, toutes les lettres de Montmorin (2).

Faute d'avoir pu ou voulu imposer sa participation, la France fut donc tenue en dehors des négociations de la paix, qui fut conclue à Sistova avec l'Autriche (avril 1791), à Iassy avec la Russie (1792).

Une fois encore, la Turquie s'en tirait avec la vie sauve. Le nouveau sursis accordé à Y homme malade dispensait les Français de se choisir une part dans sa succession, désormais ajournée, et mettait d'accord, jusqu'à nouvel ordre, partisans de l'Egypte, de

(1) Arch. Aff. étr., Turquie, 182, 20 avril 1791.

(2) Arch. Aff. étr., Turquie, 181, 19 et 20 avril 1790; Turquie, 182, 24 mai 1791.

!23i ORIGINES DE L'EXPEDITION D'EGYPTE

Rhodes ou de Candie. La Révolution, qui, depuis deux ans déjà, détournait leur attention de l'Orient, allait la concentrer sur une crise intérieure et extérieure sans précédent.

Mais lorsque cette double diversion vint interrompre le cours de ses progrès, l'idée de s'emparer de l'Egypte avait pris corps en France et conquis sa place au soleil. Elle faisait partie de l'héritage que l'ancien régime transmettait à la nouvelle France ; peu goûtée du pouvoir royal, elle se présentait aux hommes de la Révolution comme un legs de l'opposition.

En France, la monarchie s'écroulait. Au moment où elle disparaît de notre horizon, cherchons à nous rendre compte de ce que fut sa politique à l'égard de l'Egypte.

Ce ne fut pas une politique purement négative que celle des Bourbons dans la question d'Egypte. Tant qu'elle en a eu les moyens, la royauté française a constamment, et généralement avec succès, travaillé à consolider la situation et à fortifier l'influence de ses sujets dans la vallée du Nil, à développer leur commerce et à en perpétuer, sinon le monopole, au moins la prépondérance. Mais il vint un moment où les circonstances parurent exiger d'elle un parti plus énergique, plus radical : ce parti que, de toutes parts, on l'exhortait à prendre, elle ne le prit pas. Est-ce à dire qu'elle resta inactive, impassible? Tout

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