CHAPITRE VII
en s'efforcent, dans la mesure de ses moyens, de retarder l'événement qu'on lui conseillait de hâter, elle fit en sorte de ne pas être prise au dépourvu. Avant de se nantir, elle fit son choix. Si elle ne donna pas l'Egypte à la France, elle la lui réserva. Elle prépara le terrain, ne jugeant pas encore le moment venu de s'y aventurer. En même temps, elle détacha des propositions qui lui étaient présentées un projet d'intérêt primordial, un dessein traditionnel dont elle s'efforça de poursuivre séparément l'exécution. On peut regretter que Louis XVI n'ait pas écouté l'ambition patriotique des Français de son temps, suivi ou imité Joseph II et Catherine la Grande dans leurs conceptions aventureuses sur le démembrement de l'empire ottoman. Mais on ne peut contester que son refus se justifiait par de sérieuses raisons. Dans l'état où se trouvait alors la France et l'Europe, le bouleversement auquel on conviait la cour de Versailles n'eût-il pas surtout profité à l'Angleterre? Contre l'opinion courante en 1789 et contre les apparences, l'empire ottoman a vécu et vit encore; la France, d'autre part, n'a pas tardé à entrer en révolution. Il semble donc bien que Louis XVI et ses ministres aient agi sagement en préférant à une conquête, éphémère selon toute vraisemblance, l'abstention par laquelle ils ont réservé l'avenir, mis obstacle au bouleversement de l'Europe orientale et limité l'Angleterre à ses possessions d'alors.