‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 114 sur 173 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

bord de la corvette la Badine (1) . L'année suivante, la division commandée par le comte de Thez doit, sur l'ordre des matelots, appareiller de l'Argentière pour Toulon (2). En 1791, les négociants d'Alexandrie ayant demandé qu'un vaisseau de guerre fût envoyé pour les protéger, Choiseul-Gouffier n'en trouve pas un dont l'équipage soit digne de confiance (3) . Telle est l'impuissance des officiers, des consuls, de l'ambassadeur à réprimer l'indicipline des gens de mer, que Montmorin autorise Choiseul- Gouffier à les menacer d'abandonner à la justice du pays ceux d'entre eux qui, par leur faute, s'attireraient de mauvaises affaires (4) .

Propagée par les équipages, la contagion a bientôt fait de gagner les résidents. Dès le début de la Révolution, il apparaît clairement à tous que le régime intérieur des Échelles du Levant est condamné et que son abolition n'est plus qu'une question de jours. Les ordonnances relatives au Levant n'étaient qu'une adaptation des principes de l'ancien régime aux besoins particuliers des Échelles : la partie ne pouvant subsister sans le tout, elles devaient s'effondrer avec lui. L'Assemblée nationale proclame en effet des principes radicalement opposés à ceux sur lesquels repo-

(1) Arch. Aff. étr., Turquie, 179, 25 octobre 1789.

(2) Ibid., 181, 8 août 1790.

(3) Ibid., 182, 12 décembre 1791.

(4) Ibid. y 182, 20 septembre 1791.

sait l'organisation des Échelles. Dans sa délibération du 13 juin 1798, la chambre de commerce de Marseille décide de poser aux résidents un certain nombre de questions, au sujet des réformes à introduire. On conçoit combien cette enquête, cet appel aux opinions, aux sentiments personnels de chacun dut favoriser l'éclosion de l'esprit d'indépendance. D'autant plus qu'il n'y avait pour le moment qu'une réforme qui parut certaine et imminente : l'abolition des consuls! En s'abstenant de les consulter sur la réforme des Échelles, la chambre semblait indiquer l'intention de les supprimer. Aussi les nationaux ne se contentent-ils pas d'adresser à Marseille et à Paris des mémoires, où l'institution consulaire est présentée comme inutile et nuisible : préjugeant de la décision du pouvoir central, ils s'insurgent contre l'autorité de leurs consuls, chaque fois que les y portent leur caprice ou leur intérêt particulier. Tous les griefs personnels, toutes les mesquines rancunes accumulées par eux contre les chefs de la nation, ambassadeurs, consuls ou députés, s'exhalent en plaintes, en dénonciations et se traduisent en actes d'indiscipline.

Discréditant les hommes et les institutions, la Révolution désagrège ainsi, de la base au sommet, la forte constitution des Échelles. Elle importe dans le Levant cet esprit de suspicion et de dénonciation qui était, à la même époque, une des plaies de la France. Ici, la délimitation est des plus simples entre suspects

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