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CHAPITRE VIII

et dénonciateurs : les suspects sont les fonctionnaires qui ont, autrefois, appliqué les règlements aux hommes libres, aujourd'hui leurs dénonciateurs; ce sont les consuls et l'ambassadeur. Chaque nation, chaque Echelle offre l'image la plus fidèle d'une ville de France au même moment, avec ses citoyens insurgés contre leurs chefs et leurs institutions, avec ses clubs, ses tribuns, ses assemblées tumultueuses, ses délateurs et ses proscrits. Au bruit que font les résidents, on ne se douterait pas qu'ils sont une vingtaine, et souvent moins. Ils ont pris jusqu'au langage des révolutionnaires de la métropole, jusqu'à leurs déclamations mêlées de souvenirs classiques. C'en est fait de l'unité, de la cohésion que maintenaient, entre les membres d une même nation, les prescriptions des règlements et l'autorité des consuls : la désunion se met entre eux; des dissensions éclatent à tout propos, sur des questions de politique ou d'affaires ; les excès des démagogues portent les récalcitrants à des excès en sens inverse ; des désertions se produisent, parmi les fonctionnaires et parmi les marchands (1).

(1) Un document conservé aux Archives du ministère des Affaires étrangères (Turquie, supplément 22) et daté de 1792 donne la liste des agents et négociants français qui ont déserté depuis le 10 août : A Constantinople, l'ambassadeur, quatre drogmans, le chancelier, un secrétaire d'ambassade et huit négociants ; à Smyrne, le consul est destitué et le chancelier a déserté; à Salonique, le consul est destitué et le chancelier a déserté; à Alexandrie, le chancelier et le viceconsul ont déserté; à Rhodes, le vice-consul s'est démis; à Candie,

La Révolution complète la désorganisation des Échelles par celle de leur métropole orientale, Gonstantinople (1). Elle déchaîne contre Choiseul-Gouffier, de la part de ses administrés, une campagne de dénonciations que ses actes, d'abord, ne légitiment pas ; car l'avènement de la monarchie constitutionnelle ne le détourne pas de ses devoirs : il prête serment à la Constitution de 1791, dont il présente le texte au sultan. Mais la courageuse résistance qu'il oppose à l'indiscipline de ses nationaux achève, dès lors, d'exciter leur fureur contre lui. Bientôt, d'ailleurs, sa conduite justifie, à leur insu, la défiance de ses adversaires : il entre en correspondance secrète avec les comtes de Provence et d'Artois. Dénoncé de tous côtés comme ci-devant et contre-révolutionnaire, rendu suspect aux ministres par son dévouement connu pour la Reine, il est rappelé en juin 1792, et remplacé par Sémonville. Mais la Porte refuse de recevoir ce nouvel ambassadeur, qui, devenu suspect entre temps au gouvernement français, est arrêté sur la route de Gonstantinople par un ordre du ministre des Affaires étrangères. Ghoiseul en profite pour se maintenir en place. Puis, le 10 août étant survenu, il déclare ne plus pouvoir agir ni comme ambassadeur,

il a déserté; en Morée, le consul est « soupçonna de désertion »; à Andrinople, un député a passé sous une protection étrangère; à Brousse, un négociant a déserté.

(I) Cf. Clément Simon, La Révolution et le grand Turc. (Revue de Paris.)

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