CHAPITRE VIII
ni comme chef de la nation et ordonne à tous ses subordonnés de cesser leurs fonctions. L'ambassade reste sans titulaire, la nation sans chef et sans protecteur. Six mois après, les résidents, dont les intérêts souffrent cruellement de cette situation, le prient de reprendre ses fonctions : il défère à leur vœu et recommence à administrer l'Échelle. Mais, coup sur coup, parvient à Gonstantinople la nouvelle de la réunion de la Convention, de la proclamation de la république, et de la mise en accusation de Ghoiseul- Gouffier, dont la correspondance avec les princes a été découverte à Verdun. Une seconde délibération de la nation le destitue et élit à sa place, comme chef provisoire, un drogman de l'ambassade, Antoine Fonton. Ghoiseul se décide alors à quitter Gonstantinople pour passer en Russie, et Fonton, officieusement reconnu par la Porte, prend en mains l'administration de l'Échelle, pendant qu'un secrétaire d'ambassade, nommé Chalgrin, s'intitule chargé d'affaires du Roi de France et des princes français. Tandis que l'anarchie envahit les Échelles, la Révolution décapite leur administration centrale. Une loi du 27 septembre 1701 supprime toutes les chambres de commerce. En vain le ministre Thévenard signale-t-il à L'Assemblée nationale le rôle spécial de la chambre de commerce de Marseille et réclamet-il ou bien une exception en sa faveur, ou bien l'établissement dune « section composée de négociants
sages et expérimentés qui remplissent le même service (1) ». La loi ayant supprimé la chambre sans pourvoir à l'administration dont elle était chargée, la municipalité de Marseille dut créer un bureau provisoire de commerce. Rien n'était plus illégal cependant que le fonctionnement d'un bureau qui n'existait qu'en vertu d'une décision de cette municipalité. Un décref du 6 septembre 1791 avait même attribué au bureau de la santé les recettes de la ci-devant chambre et au district le paiement de ses dépenses. Le département des Bouches-du-Rhône s'avisa un jour d'appliquer ce décret : les comptes du bureau provisoire furent liquidés et le bureau lui-même supprimé. Ainsi disparut le seul corps capable de gérer, avec quelque suite, l'administration des Échelles du Levant.
Tel a été pour l'ensemble des Échelles du Levant, le contre-coup de la Révolution française. La violente crise qu'elle y a déchaînée n'a pas eu seulement pour effet de nuire à l'exploitation du commerce : elle a exercé l'influence la plus fâcheuse sur la sécurité même des résidents. La discipline la plus rigoureuse et la réglementation la plus étroite ne suffisaient déjà pas à mettre les Français à couvert des avanies. On devine ce qu'il dut en être, lorsque la Révolution les eut libérés de ces salutaires entraves. Non seule-
(I) Arch. chambre, de commerce de Marseille, 1791.