‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 117 sur 173 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

ment toute faute véritable, mais toute innovation, toute imprudence, toute dérogation aux anciennes coutumes, le fait d'arborer une cocarde, un discours jugé subversif, devient prétexte à avanies, de la part de despotes arrogants et stupides, que cesse de contenir la peur du châtiment. Car, l'affaiblissement du prestige de la France en Orient et bientôt la vacance de l'ambassade à Gonstantinople privent nos marchands de tout recours Contre leurs tyrans. Profondément atteintes dans leur force de résistance, livrées à elles-mêmes, nos nations du Levant deviennent autant d'otages entre les mains de gouverneurs quasi indépendants, dont la guerre russo-turque a favorisé les usurpations. Déjà l'un d'eux, Ahmed-Djezzar, pacha a expulsé les Français de deux des principales Échelles de Syrie, Seyde (1) et Acre

Il suffit de savoir ce qu'étaient alors et les Français d'Egypte, et la milice des Mameluks pour prévoir que l'anarchie d'une part et la persécution de l'autre y sévirent autant, sinon plus, qu'ailleurs.

Il y avait, en 1790, 61 Français en Egypte, tant fonctionnaires que marchands, dont 18 à Alexandrie, 14 à Rosette et 29 au Caire (2). Les menaces qui pesaient sur eux et la sage influence de Magallon ne suffirent pas à maintenir le calme parmi ceux du

(1) Ancien nom de Saïda.

(2) Etat des Français résidant en Egypte, 20 février 1790; correspondance consulaire, Alexandrie. (Arch. minist. Aff. étr.)

Caire. Ils achetèrent des armes et se réunirent deux heures tous les soirs pour faire l'exercice; tout Français était forcé de s'y rendre sous peine d'être signalé comme contre-révolutionnaire. Les heys défendirent les rassemblements. La nation voulut élever un temple à la Raison; elle dut aussi renoncer à ce projet, qui n'avait pas rencontré l'approbation des musulmans (1) .

L'Échelle d'Alexandrie, où le consulat général avait été transféré en 1777, fut perpétuellement troublée par des incidents et déchirée par des dissensions. C'est là qu'éclate, en 1790, une des premières révoltes de matelots contre les capitaines. Le viceconsul Butet, qui remplace le consul général Mure, parti dans l'été de la même année, s'évertue en vain à faire régner la paix entre ses administrés, qui le récompensent de sa peine en le prenant à parti et en portant plainte à Paris contre lui.

Le malheur voulut que le gouvernement de l'Egypte échût aux pires des despotes, au moment même où l'abandon et la division rendaient nos établissements plus désarmés et plus vulnérables. En août 1791, Mourad-bcy et Ibrahim-bey rentrent au Caire (2). Les ravages causés par une épidémie de peste, la mort

(1) Faits cités par Thainville dans son rapport du 16 fructidor an I Y. (Voir plus loin.)

(2) Ils étaient dans la llaute-Hjjyple depuis 1787. (Voyez chapitre vu, p. 221.)

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