‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 118 sur 173 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

d'Ismaël-bey, la faiblesse de son successeur, la défection des troupes auxquelles a été confiée la défense de la capitale ont favorisé le retour au pouvoir de ces deux Mameluks, dont nos nationaux ont eu tant à se plaindre avant 1787. Un exil de quatre ans dans la Haute-Egypte n'a pas pu améliorer les dispositions de Mourad et d'Ibrahim envers les Français, à l'influence desquels ils attribuent l'expédition qui les a, une première fois, chassés du pouvoir. Pour protéger contre eux ses compatriotes, Magallon n'est plus là. Il a dû, deux mois auparavant, interrompre son commerce et se rendre à Paris pour réclamer, tant en son nom qu'au nom des autres marchands du Caire, une indemnité à raison des pertes subies en 1787. Privés de tout appui, ces derniers sont soumis à une exploitation en règle : Mourad et Ibrahim donnent l'exemple, que s'empressent de suivre la horde de leurs subordonnés : chef des douanes, commandant de la police, officiers de la milice. En dépit des traités qui en fixent le taux à 3 pour 100, la douane est majorée au point de s'élever, pour certains articles, à 8 et 10 pour 100. Les beys ont-ils besoin d'argent? Ils font à la caisse de la nation des emprunts de 15 à 20 000 piastres, dont elle ne revoit jamais intérêt ni capital. Ont-ils besoin de marchandises? Ils puisent dans les magasins et ne payent pas. L'achat à crédit, seul mode d'achat qu'ils pratiquent, se traduit invariablement pour le marchand par une

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perle sèche. Encore élèvent-ils la prétention de fixer, pour les draps et étoffes, un prix général de vente d'après des cours vieux de trente ans.

Pendant près de deux ans, les résidents français du Caire supportèrent ces vexations sans se plaindre. Ils comprenaient que la République avait assez à faire à défendre ses frontières. Mais quand ses armées eurent pris l'avantage, ils tentèrent un nouvel appel (!) à la protection de leur pays. Se souvenant que, trois ans auparavant, la Constituante était restée sourde à leur prière, c'est au ministre de la Marine qu'ils prennent le parti de s'adresser, le Ier février 1793. Par lui, ils espèrent faire entendre leur voix à la Convention. Abandonnés à leur sort par la royauté, ils cherchent à se faire, de cet abandon même, un titre à la sollicitude du gouvernement républicain. Ils font honte à la République victorieuse de l'esclavage où gémissent et de l'avilissement où végètent des citoyens français. « La prolongation de cette situation scandaleuse serait, disent-ils, outrageante pour une République qui donne des lois à l'Europe, et dont le nom est la terreur des tyrans! Ah! qu'on nous ôte le titre de citoyens français, ou qu'on nous en restitue les droits! Qu'il ne soit plus livré au mépris de petits tyrans, ce nom que les plus puissants despotes respectent! »

Mais, habitués à considérer le côté pratique des

I) Aidi AH. étr., correspondance consulaire. Le Caire, 1er février 179:}.

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