‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 13 sur 173 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La France n'est pas le seul pays où l'esprit de croisade soit encore sujet à des réveils inattendus. On en trouve une intéressante manifestation dans l'ouvrage qu'un sujet de Marie-Thérèse, le chevalier Dominique Jauna, publie en 1747 (1).

Employé par la cour de Vienne « pour les affaires qui sont du département du commerce » , Jauna avait voyagé et séjourné en Egypte, où il avait été l'hôte du consul de France, Benoist de Maillet. Les connaissances acquises au cours de ce séjour lui fournirent la matière d'un Etat présent de l'Egypte et de Réflexions sur les moyens de conquérir l'Egypte et le royaume de Chypres, qui furent publiés à la suite de son Histoire générale des royaumes de Chypres, de Jérusalem, d'Arménie et d'Egypte, dédiée à l'impératrice Marie-Thérèse. Le projet qu'il expose est celui d'une conquête de Chypre et de l'Egypte, non par l'Autriche seule, mais par tous les princes chrétiens coalisés : c'est en somme une espèce de guerre sainte Les seuls motifs qui raient déterminé à élever la voix sont « le zèle pour la vraie religion et le désir sincère et ardent qu'il a de voir les infidèles privés d'un pays qu'ils ont usurpé » . L'intérêt pratique de la conquête n'intervient qu'à titre accessoire, afin

(1) Histoire générale des royaumes de Chypres, de Jérusalem, d'Arménie et d'Egypte, suivie d'un État présent de l'Egypte et de Réflexions sur les moyens de conquérir l'Egypte et le royaume de Chypres, par le chevalier Dominique Jauna. Leide, 1747.

d'encourager la chrétienté à réaliser un projet dont l'exécution tient à cœur à Jauna, mais pour de tout autres raisons. Singulier état d'esprit de la part d'un homme dont la vie semble s'être écoulée dans une carrière administrative, absorbée par des soucis commerciaux! Ce n'est pas le seul rapport sous lequel cet apôtre attardé des guerres saintes paraisse s'être soustrait aux préoccupations de son temps. Tandis que ses contemporains s'attendaient à voir, d'un moment à l'autre, s'écrouler l'empire ottoman, Jauna craignait qu'un sultan énergique et belliqueux, montant sur le trône de Gonstantinople, recouvrât les conquêtes des Turcs et s'avançât jusqu'aux Alpes, et c'était une des raisons pour lesquelles il prêchait l'offensive aux princes chrétiens.

L'extravagance de ce point de départ ne doit pas cependant rendre injuste pour les considérations très raisonnables qu'inspirent à Jauna la valeur politique et économique de l'Egypte, ses ressources agricoles, le commerce de la mer Rouge. S'appuyant sur le témoignage de Tacite, il montrait l'intérêt que les empereurs romains avaient toujours attaché à l'Egypte ; les Turcs eux-mêmes ncn méconnaisaicnt pas le prix et le Grand-Seigneur tremblait d'en être dépossédé : n'était-ce pas la meilleure preuve du profit que ses conquérants européens pouvaient en retirer? Or la conquête en avait toujours été aisée et quelle supériorité ne donnerait pas aux princes du

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