‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 120 sur 173 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Porte, ou manqué à ces engagements après les avoir ratifiés : et cette hypothèse est peu vraisemblable. Mais au cas où elle se réaliserait, il appartiendrait à la Porte et, à défaut d'elle, à la France de mettre les beys à la raison. Est-ce donc là une entreprise si difficile? Aux arguments qu'invoquent les résidents pour démontrer la facilité d'une intervention directe en Egypte, on voit qu'à l'idée d'un simple blocus maritime s'est substituée, dans leur esprit, celle d'une expédition militaire. « A voir, disent-ils, la réponse que faisaient les anciens ministres, quand nous réclamions une protection, on dirait qu'à moins d'envoyer en Egypte une armée de 30 000 hommes, on n'obtiendra jamais des beys du Caire la moindre satisfaction. On connaît cependant la faiblesse de ces tyrans pygmées. Six mille citoyens soldats chasseraient les beys du Caire, et les trésors qu'on leur enlèverait dédommageraient amplement des frais de l'expédition. Ils ne s'exposeront pas à ce châtiment quand la République aura des relations directes avec eux; mais, s'il fallait en venir à cette extrémité, on peut dire que la conquête de l'Egypte ne coûterait point de sang. »

Ce n'est, comme ils le disent eux-mêmes, quhypothétiquement que les marchands du Caire admettent « la possibilité d'une expédition des Français en Egypte » . Quant à conserver le pays après en avoir fiait la conquête, l'idée ne leur en vient pas encore, ou

du moins ils ne l'énoncent pas ; car ils demandent instamment qu'un consul soit, en tout cas, installé au Caire.

Sur ce dernier point, satisfaction avait été donnée à leur désir, avant même qu'ils l'eussent exprimé. Un décret du 30 janvier 1793 (1) avait rétabli au Caire le siège du consulat général et nommé à ce poste Magallon. Les circonstances dans lesquelles cette décision fut prise jettent un jour curieux sur les motifs qui l'ont dictée au gouvernement.

Arrivé à Paris dans le courant de 1791, Magallon avait immédiatement entrepris d'émouvoir, sur son propre sort et sur celui de ses confrères du Caire, la pitié des pouvoirs publics. Il intéresse d'abord à sa cause le ministre de la Marine, Thévenard. En janvier 1792, il adresse à l'Assemblée nationale une pétition que le successeur de Tbévenard, Bertrand de Molleville, appuie par une lettre au président du comité du commerce (2). En même temps que l'in-

(1) « Au nom de la République française, le Conseil Exécutif, sur le compte qui lui a été rendu par le ministre de la Marine, ayant jugé à propos de pourvoir d'une manière avantageuse au remplacement du citoyen xMurc, consul général de la République française en Egypte, absent de son poste depuis quatre années, et étant informé du civisme, du zèle et de la capacité du citoyen Magallon, l'a nommé et nomme consul général de la République française en Egypte et lui ;i accordé la jouissance des appointements de 16 000 livres, à la charge par le citoyen Magallon de fixer sa résidence au Caire. » (Ai cli. AIT. étr., correspondance consulaire. Le Caire, 30 janvier \~i\Y.\).

(2) Arch. Aff. étr., correspondance consulaire. Le Caire, 1792.

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