CHAPITRE VHl
de circonstances et de convenances personnelles le transfert du consulat général à Alexandrie en 1777, à exposer les raisons qui rendent impossible le retour de Mure à son poste et à proposer d'y nommer Magallon, en fixant sa résidence au Caire. On y sent déjà l'imminence du décret qui, trois jours après, s'en approprie les conclusions (1).
L'objet même du premier de ces trois rapports, la large part faite, dans le second, à la communication avec l'Inde ne laissent aucun doute sur le motif prédominant auquel a obéi le gouvernement français. L'Angleterre venait de se joindre à la coalition. Elle avait mis une grande célérité à faire parvenir aux Indes la nouvelle de la déclaration de guerre : il importait d'en mettre autant. Cette nécessité et les exigences de la lutte engagée sur mer ramenaient donc l'attention de nos hommes d'État sur les Indes, par suite sur l'Egypte. Servi par ces circonstances, Magallon en a profité pour faire réaliser un vœu qu'il savait très à cœur à ses compatriotes, le rétablissement du consulat au Caire, et obtenir pour lui-même une compensation méritée : sa nomination à ce poste.
Ces mesures étaient prises depuis plus d'un mois quand parvint à Paris le mémoire des résidents français du Caire. Elles étaient certes bien loin de
(1) La nomination de Majjallon comme consul général au (luire fut bientôt complétée par celle de Harallier comme vice-consul à xilexandric, à la place de Butet.
répondre à ce qu'ils attendaient du gouvernement; mais elles pouvaient lui paraître suffisantes à leur faire prendre patience, jusqu'à ce que les circonstances lui permissent de faire plus et mieux. Si peu qu'il fit, il faut lui en savoir gré : la Terreur au dedans, la coalition au dehors n'étaient pas faites pour faciliter sa tâche.
Les propositions de nos négociants étaient d'ailleurs en contradiction avec la politique que le comité de Salut public venait précisément d'inaugurer à l'égard de la Turquie. La guerre engagée avec l'Europe lui avait fait sentir de quel appoint pouvait être pour la France l'alliance de la Porte. Aussi avait-il résolu de renouer avec elle des relations régulières, de faire revivre l'ancienne amitié, et de lui proposer un traité d'alliance en règle contre l'Autriche et la Russie (1) . La mission de faire aboutir ce projet avait été confiée, le 19 janvier 1793, au ci-devant marquis Descorches de Sainte-Croix (2), devenu citoyen Marie Descorches, qui s'était mis en route pour Constantinople trois jours après sa nomination. On conçoit combien, avec de telles intentions, la République devait se montrer soucieuse de ménager le sultan, d'éviter tout ce qui pouvait l'effaroucher. Les dif-
(1) Areh. Aff. étr. , Turquie, supplément 122. Mémoire pour servir d'instruction au citoyen Marie Descorches, envoyé extraordinaire de la République française près la Porte ottomane. — Voyez aussi le mémoire pour servir d'instruction particulière au même envové.
(2) Voyez chap. iv, p. 102.
CTIAPITPxE VIII 257
ficultés que réservaient au nouvel envoyé les intrigues de nos ennemis, les préventions des Turcb contre notre Révolution et le régime qui en était issu, n'étaient déjà que trop grandes pour qu'il fût superflu de les aggraver, en posant à la Turquie une sorte d'ultimatum relatif à l'Egypte. Il ne s'ensuit pas que la République renonçât à s'entremettre en faveur de nos marchands du Caire. Mais elle attendait de l'alliance même qu'elle espérait nouer avec le sultan la confirmation et l'extension de nos privilèges dans tout le Levant, le rétablissement de nos résidents dans leurs droits et prérogatives (1).
(1) « Quant aux différentes branches de commerce qui pourraient s'établir sur la mer Noire, dans l'Egypte et en Perse, ces objets étant liés aux négociations qui doivent être entamées avec la cour ottomane. il sera donné au citoyen Marie Descorches des instructions particulières à cet égard, lorsqu'il en sera temps, sur les propositions qu'il aura faites lui-même au minisire des Affaires étrangères. » (Mémoire pour servir d'instruction particulière. Arch. Aff. étr., Turquie, 22.)