‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 125 sur 173 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

cun la faculté d'agir à sa guise. Cinq des négociants prennent alors le parti de liquider et de quitter le Caire. Ils avaient déjà gagné Rosette, quand Mourad les fait arrêter, reconduire au Caire et saisit leurs bagages et leurs livres. C'est à grand'peine que Magallon obtient leur élargissement et la restitution de leurs effets. L'unanimité de la nation décide alors de chercher un refuge à Alexandrie et de signifier sa résolution aux beys : mais ces derniers déclarent s'opposer à son départ et les Français restent au Caire, prisonniers de Mourad et d'Ibrahim. Cette situation se prolonge trois mois. Ce n'est qu'en décembre 1794 que, sur les pressantes instances de Magallon, les beys finissent par faire droit à sa demande et consentent au départ des marchands. Encore en coùte-t-il à la nation onze cent trente neuf talaris de pots-devin.

Du commencement à la fin de ces incidents, consul et commerçants n'avaient cessé de donner l'alarme à Paris, à Marseille et à Constantinople. Sans s'obstiner à réclamer une protection matérielle qu'il savait impossible, Magallon n'avait cependant laissé ignorer au gouvernement aucun des dangers courus par ses compatriotes (1). Lorsque les beys s'étaient opposés

(1) Arch. Aff. étr., correspondance consulaire. Le Caire. « Ce n'est point encore la lettre où je dois, citoyen, vous faire connaître cornbien nos négociants sont à plaindre et par conséquent le besoin qu'ils ont que le gouvernement vienne à leur secours... Lorsque vous connaîtrez jusqu'où les injustices à leur égard ont été portées, vous en

au départ de la nation, il avait prié Descorches d'en appeler au sultan de cet attentat contre la liberté des Français et demandé au gouvernement de stimuler le zèle de son envoyé à Conslanlinople (I) . Parvenues à Marseille, les nouvelles du Caire y avaient répandu lémotion parmi les négociants qui exploitaient le commerce d'Egypte. Craignant d'être ruinés par la disparition d'établissements qui n'étaient que les comptoirs de leurs maisons, ils avaient adressé, le 29 brumaire an III (19 novembre 1794), un rapport au comité de commerce et d'approvisionnement et à la commission des Relations extérieures de la Convention nationale (2). a II importe, disaient-ils, à la République française de venir au plus tôt au secours des citoyens opprimés en Egypte en leur accordant une protection digne de sa gloire et de sa puissance. » Ils se faisaient un devoir de mettre sous les yeux de la Convention « la situation désespérée de leurs frères expatriés et d'invoquer pour eux la puissance nationale » .

Dans les conditions où se trouvaient alors l'Europe et la France, le sort d'une poignée de Français opprimés par les beys du Caire ne pouvait pas tenir une

serez sûrement pénétré de douleur. » (6 floréal an II, 25 avril 1794.) « Vous ne pouvez, citoyen, vous empêcher de frémir au tableau de tous les risques dans lesquels nos négociants se sont mis envers les chefs de ce gouvernement. Les sommes qu'ils ont avancées sont effrayantes. » (15 prairial an II, 3 juin 1794.)

(1) Mejjallon à Descorches, 27 vendémiaire an III (18 octobre 1794). Arch. Aff. étr., correspondance consulaire. Le Caire.

(2) Arch. Aff. étr., correspondance consulaire. Le Caire.

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