chapitre: ix
grande place dans les préoccupations du gouvernement. Il n'en est que plus frappant de constater que leurs doléances ont trouvé, dans les comités, un écho, si faible soit-il.
Une lettre du 24 pluviôse an III (12 février 1795), signée Cambacérès, Garnot, Merlin de Douai, Dubois- Crancé, prescrit en effet à l'envoyé de la République à Gonstantinople d'inviter la Porte à « déployer toute son activité politique et religieuse » pour porter secours aux Français du Caire (1).
D'eux-mêmes ou par ordre du comité de Salut public, les commissaires aux Relations extérieures ont à leur tour examiné les moyens de soustraire, directement ou indirectement, nos nationaux à l'arbitraire de Mourad et d'Ibrahim. « Parmi les moyens que la République peut employer directement, écrivent-ils à Magallon (2), se présente d'abord la force. Il est aisé de sentir qu'on ne peut y avoir recours en ce moment. » C'est la première fois, depuis le début des persécutions exercées contre la nation du Caire, que ces mots, la force, paraissent sous la plume des membres du gouvernement. L'idée ne s'en présente encore à leur esprit que pour être, il est vrai, aussitôt éliminée; mais l'élimination n'en est toutefois que conditionnelle, temporaire, et c'est en ce moment qu'un recours
(1) Arch. Aff. étr., Turquie, 190.
(2)j Le 25 pluviôse an III (13 février 1795). (Arch. Aff. étr., correspondance consulaire. Le Caire.)
à la force est déclaré impossible. Rendre, à défaut du mal, le bien pour le mal et combler de présents les oppresseurs de nos compatriotes est un moyen que les commissaires repoussent comme dangereux et illusoire. Reste donc, pour unique ressource, « d'opérer dans l'esprit, des beys une espèce de conversion » , autrement dit de les ramener à des dispositions plus favorables; et c'est à quoi Magallon est invité à s'employer. Indirectement, la République recourra à l'intermédiaire de la Porte, qui sera sollicitée : 1° de faire déclarer aux beys par le pacha du Caire, son amitié avec la République; 2° de neutraliser l'influence du consul impérial sur l'esprit de Mourad et d'Ibrahim; ressources dont il n'y avait guère plus à attendre que de « l'espèce de conversion » prescrite à Magallon
Pratiquement, la recherche des moyens propres à venir en aide aux Français du Caire aboutissait donc, ou peu s'en faut, à la constatation d'une impuissance, dont il faut chercher la cause, non seulement dans la guerre et dans la Révolution, mais aussi dans la politique suivie à l'égard de la Turquie. Le gouvernement venait de renouveler à un nouvel envoyé, Verninac, les mêmes instructions qu'à Descorches (I); la conclusion d'une alliance avec le sultan restait toujours l'objectif de sa politique orientale. De là, une
(1) Ces instructions sont datées du 12 brumaire an III (2 novembre 1794). (Areh. Aff. étr., Turquie, 189.)