‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 127 sur 173 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

crainte extrême de compromettre le succès de cette négociation, non seulement en poursuivant directement la satisfaction de ses griefs contre les beys, mais en voulant obliger le sultan à la prendre en mains.

Sans attendre d'instructions de Paris, Descorches s'était pourtant mis en campagne à l'appel de Magallon, et avait obtenu du grand vizir qu'il adressât au pacha et aux beys du Caire des lettres leur enjoignant de laisser partir les Français (1). Mourad et Ibrahim s'étaient déjà rendus aux instances de Magallon quand leur parvinrent ces injonctions de la Porte; elles les garantirent contre la tentation de se dédire et c'est sans nouvelle opposition de leur part que Magallon put faire sortir du Caire sa petite colonie et la conduire à Alexandrie, où elle arriva à la fin d'avril 1795 (2).

Cet exode accompli, restait à obtenir de Mourad et d'Ibrahim la rentrée des sommes empruntées, le paiement des marchandises extorquées; restait surtout à exiger d'eux des garanties d'avenir suffisantes pour permettre à nos marchands de réintégrer le Caire. Car ni les fugitifs, ni le gouvernement qui avait approuvé leur résolution, ne considéraient

(i) 25 ventôse an III 15 mars 1795.) (Arch. Aff. étr., correspondance consulaire. Le Caire.)

(2) 10 floréal an III 29 avril 1795). (Arch. Aff. étr., correspondance consulaire. Alexandrie.) Quelques commerçants restèrent au Caire où Magallon conserva sa maison montée et laissa sa femme, pour faire croire les beys à son prochain retour.

comme définitif l'abandon de cette capitale. Deux ans après y avoir rétabli le siège du consulat général, la République ne pouvait se résigner à n'y plus voir subsister un comptoir. Abstraction faite de l'intérêt commercial, l'intérêt politique demeurait le même qu'en 1703. La guerre qui durait avec l'Angleterre entretenait toujours le désir d'atteindre l'Inde par Suez et la mer Rouge. Sous ce rapport, Magallon n'avait pu donner qu'un commencement d'exécution aux instructions qu'il avait reçues du gouvernement. En mai 1793, il avait confié à deux Barbaresques un lot de dépêches pour les Indes; par la suite, ses perpétuels soucis ne lui avaient plus laissé le loisir de songer à cette correspondance. Successivement, deux mémoires étaient venus stimuler le zèle du gouvernement pour ce projet : le premier anonyme (l), le second de Barallier, vice-consul à Alexandrie, et daté de nivôse an III (décembre 1794) (2). En même temps, ranimés par la guerre, les soupçons qu'avait toujours suscités la politique anglaise recommençaient à hanter le gouvernement : «Il est certain, pensait-il,

(1) « Indépendamment de nos intérêts commerciaux, l'Egypte peut nous être de la plus grande utilité pour faire passer dans l'Inde les dépêches du gouvernement et même ceux de nos agents et de nos administrateurs que le Conseil exécutif voudrait envoyer par cette route, qui est la plus courte et la plus sûre... On pourrait même faire passer par celte voie un corps de troupe, de trois à quatre mille hommes. » Arch. (Aff. étr., correspondance consulaire. Le Caire,

(2) Arch. Aff. étr., correspondance consulaire. Le Caire.

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