CHAPITRE IX
que l'Angleterre travaillera à joindre à Gibraltar et à la Corse, qu'elle a sans doute la vaine prétention de conserver, de nouveaux échelons pour atteindre à Constantinople, à la mer Rouge et au delà, au golfe Persique (1); » et il la voyait déjà s'établissant à Rhodes ou à Candie, accaparant le commerce de la Méditerranée et le liant par l'Egypte à celui des Indes. Il importait donc de ramener au plus tôt consul et commerçants au Caire et de leur en rendre le séjour possible.
C'est ce que comprit le nouvel envoyé de la République à Constantinople, Verninac. La négociation de la reconnaissance officielle de la République par la Porte absorba d'abord tout son temps. Mais, aussitôt cette affaire terminée, il entreprit de ménager à nos résidents la possibilité de rentrer au Caire et d'y rouvrir leurs établissements. La seule annonce de ses efforts ranima la confiance et l'espoir dans le petit groupe des Français réfugiés à Alexandrie (2). A quelque temps de là, le comité de Salut public avait suggéré à Verninac d'envoyer en mission spéciale en Egypte quelqu'un de son entourage (3). A cette époque se trouvait précisément en Orient un person-
(1) Instructions données à Verninac. (Arch. Aff, étr., Turquie, 189.)
(2) Lettre de Magallon à la commission des Relations extérieures, 20 prairial an III (8 juin 1795). (Arch. Aff. étr., correspondance consulaire. xVlexandric.)
(3) Lettre du 24 pluviôse an III (12 février 1795). (Arch. Aff. étr., Turquie, 190.)
nage aux fonctions mal définies, que le comité avait, un an auparavant, envoyé à Gonstantinople pour y surveiller Descorches. Ge commissaire se nommait Dubois-Thainville. Descorches s'était débarrassé de lui en lui confiant une mission à Smyrne. Verninac saisit avec empressement l'occasion de prolonger son éloignement et d'utiliser ses capacités, qui n'étaient pas nulles, en le chargeant d'aller étudier sur place les moyens de faire donner satisfaction aux Français du Caire et de les ramener à leur poste. Les instructions (1) qu'il lui signa, en juillet 1795, ne dissimulent pas à Thainville la difficulté de sa mission : « Ge n'est pas, disent-elles, qu'on ne puisse assez aisément rétablir au Caire le consul et les négociants fugitifs : il est vraisemblable que les beys n'y opposeront aucun obstacle. Mais il s'agit de faire restituer les sommes qui ont été empruntées de vive force; il importe surtout de fonder sur des bases solides la tranquillité, la considération de ces citoyens et la sûreté de leurs propriétés. » Ge résultat ne pouvait être atteint qu'en opérant, dans les dispositions de Mourad et d'Ibrahim, ce que le gouvernement avait appelé « une espèce de conversion » . Pour y réussir, Thainville était invité à faire valoir d'abord « les succès héroïques, les conquêtes et la gloire de la République « . Il devait ensuite représenter aux beys que
(1) Arch. Aff. étr., Turquie, 190. Thermidor an III,