‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 131 sur 173 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

se faire par Suez : on en retirerait, dans l'entrée et dans la sortie, des ressources immenses. » Après le point de vue commercial, le point de vue agricole et proprement colonial : « Vous connaîtrez aisément, citoyennes avantages qu'il y aurait pour nous de rendre la liberté à trois millions d'hommes très laborieux et placés dans un pays où la terre, que l'on ne cultive que très légèrement, rend l'impossible : dans un pays où le Nil, monté à une certaine hauteur, assure la plus abondante récolte, sans qus les objets que l'on sème aient le moindre risque à courir jusqu'à ce qu'on les ait récoltés... » Puis, après une rapide revue des productions de l'Egypte (1), céréales, riz, lin, coton, safran, canne à sucre, indigo, Magallon, en vient à esquisser un plan de politique économique et financière : « Si l'on s'attachait à vouloir profiter de tous les avantages que ce pays offre, on en ferait, en premier lieu, son grenier à blé, ce qui serait pour la France une très grande ressource , pour les années de mauvaise récolte. En occupant ce peupe à la culture des terres, en lui laissant, comme il est juste, ce fruit de son travail, en ne l'assujettissant qu'à des impôts modérés, il serait bientôt riche et en état de faire une consommation des plus considérables d'objets de nos manufactures. L'aisance augmenterait la population, et la population augmentée donnerait lieu à la culture

(1) « Un peuple comme le nôtre, dit Magallon, aurait ici toutes productions de l'Europe et toutes celles de l'Amérique »> .

dune infinité de terrain, qu'on néglige de cultiver par le manque de bras. Le peuple égyptien ne manque pas de conception : si on lui donnait de laisance, et qu'on le tirât de l'avilissement où la tyrannie l'a plongé, on en tirerait le plus grand parti, h

L'acharnement croissant de la lutte avec l'Angleterre, les espérances éveillées par les insurrections de Tippo-Sahib et des Mahrattes donnaient une valeur particulière à l'argument tiré des facilités d'accès aux Indes. Aussi les conséquences politiques et commerciales de ces facilités sont-elles déduites par Magallon avec une remarquable précision. Commercialement parlant, il dépendra de la France, maîtresse de l'Egypte, de dériver vers Suez soit tout le trafic de l'Inde, soit seulement le cabotage de l'Yémen, de Djeddah et les articles de provenance indienne destinés à la consommation de la Turquie et de la Barbarie. Politiquement, la maîtrise de la mer Rouge nous permettrait de « tenir continuellement les Anglais dans la plus grande peine » , par la crainte d'une expédition, dont Magallon se hasarde à tracer le plan. Nos troupes quitteraient Toulon le 20 juin, de manière à arriver à Alexandrie le 10 juillet; en moins de dix jours elles seraient au Caire et, trois jours plus l;u(l, soit le 25 juillet, à Suez. A peine, à cette époque, les Anglais auraient-ils eu connaissance de la destination de cette expédition, qui ne mettrait

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